10 conseils pour réaliser un court-métrage et le diffuser en festival

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500 courts métrages français ont obtenu un visa d’exploitation du CNC en 2013. C’est 25% de moins qu’en 2012 et le chiffre est en baisse constante depuis 2010. Pourtant, pour beaucoup de jeunes et moins jeunes scénaristes et réalisateurs, les courts métrages sont un moyen idéal pour démarrer une carrière au cinéma. Les enjeux sont beaucoup plus faibles qu’avec un long métrage, ce qui permet d’expérimenter et d’apprendre de ses erreurs sans risquer trop de capital ou sa réputation naissante.



  1. Pas de long-métrage sans court-métrage
  2. « En France, un film de court métrage est défini comme une œuvre cinématographique dont la durée se limite à 60 minutes », d’après la dernière étude du CNC, Le court métrage en 2012, Production et diffusion que je vous conseille de lire avant de vous lancer.
    Étape obligatoire : aucun financement de film ne sera accordé à un réalisateur qui n’a pas tourné de court métrage. Tout comme un court peut offrir une liberté de création pour faire des essais et des erreurs, il vous donne aussi la possibilité de vivre toutes les étapes liées à la promotion d’un film, une première expérience que vous pourrez réutiliser pour votre premier long métrage.

  3. Écrivez votre court métrage
  4. Je vous renvoie aux conseils contenus dans un billet antérieur consacré à ce sujet : écrire un court métrage, le rôle prépondérant de la structure.

    Rappel : les droits artistiques sur un court métrage représentent environ 3 à 5% du budget, soit en moyenne un budget scénario compris entre 2500€ et 5000€. Les acteurs sont souvent abonnés au même tarif que les auteurs, l’essentiel du budget servant à payer le matériel, les décors, les salaires des techniciens.
    Remarque : la part consacrée aux droits artistiques est plus faible en fiction que sur les films documentaires ou d’animation dont les budgets globaux sont en général plus élevés.

  5. Maîtrisez l’économie du court-métrage
  6. En 2013, 23,1 M€ ont servi à financer quelques 500 films courts qui ne rapporteront au final que 0,4M€, soit un déficit colossal qui explique une économie à perte complètement assumée par des aides publiques.

    • Le budget moyen d’un court-métrage est de 46k€ ; il était de 72,3k€ en 2012.
    • La durée moyenne est de 19 minutes.
    • Sur l’ensemble des financements nécessaires, un tiers du budget est assuré par les producteurs, un second tiers par le CNC, le reste est apporté par les collectivités territoriales (20%), les chaînes de télévision (9%) et des apports étrangers. L’aide CNC consacrée aux courts métrages ne fait que baisser : si le taux de couverture du budget était de 97,8% en 2006 pour les courts soutenus, il n’est plus que d’environ 30% en 2012.
    • 50% des courts métrages nécessitent entre 4 et 7 jours de tournage.
    • 50% des réalisateurs ont entre 31 et 40 ans.
    • 3/4 des réalisateurs sont des hommes qui habitent pour moitié à Paris.

    Le court métrage s’inscrit dans une industrie particulière où les entreprises de prestations techniques (matériel, post-production, etc.) proposent des conditions tarifaires préférentielles aux producteurs. De même, les autres postes comme l’interprétation et les salaires des techniciens se retrouvent en général avec une décote qui peut aller jusqu’à 100% du prix payé sur un long métrage. Tout le monde fait des efforts pour favoriser la permanence de ce genre couteux sans véritable débouché commercial.
    Remarque : la part de financement couverte par les aides augmente avec la durée des courts métrages, à l’inverse, plus la durée d’un court est réduite, plus il est financé par des fonds privés.

  7. Trouvez un producteur
  8. Le producteur est la première personne qui va vous aider à lancer concrètement la production de votre film. Alors qu’un producteur de long métrage est souvent impliqué dès l’écriture jusqu’à la distribution, un producteur de court métrage peut voir son rôle limité à la production voire à la post-production.

    70% des courts métrages produits sont des fictions, 20% des films d’animation et 10% des documentaires

    N’oubliez pas d’appliquer nos conseils pour trouver le bon producteur pour votre projet.

  9. Préparez votre tournage
    • En 2012, plus de 80% des films produits affichent une durée de tournage inférieure à deux semaines.
    • 50% des courts métrages de fiction sont tournés en 4 à 7 jours en région parisienne.
    • Le poids des dépenses de tournage augmente avec la durée du film : en 2012, elles s’élèvent à environ 30% pour les films à moins de 100 000€.

    Voici quelques conseils qui pourront vous servir pour réaliser votre court-métrage dans les conditions les plus idéales possibles, sachant que vous aurez des contraintes de temps et d’argent à gérer en permanence :


    1. Un bon scénario est le meilleur ami d’un réalisateur de court-métrage : plus qu’en cinéma ou en fiction tv, le court métrage est un format très concurrencé. Seul un high concept vous permettra de vous démarquer. Nous vous renvoyons au film de fin d’études de Cédric qui lui a permis de lancer sa carrière : La muse de M. Botibol.

    2. Quand vous faites votre découpage, essayez d’isoler les moments forts de chaque scène pour les mettre en valeur.

      Astuce : n’hésitez pas à vous servir de la technique du Break down pour écrire dès le départ votre court comme un épisode de série tv qui relance l’attention à chaque acte.

    3. Préférez une approche esthétique : le court métrage est le format roi pour montrer votre savoir faire. Il doit démontrer votre maîtrise du format audio-visuel.

      Astuce : n’oubliez pas le son ! Plus que l’image, le son est vraiment le critère pour différencier les amateurs des professionnels, la masse des futurs talents…

    4. Sur un tournage de court-métrage (et de long-métrage), la qualité essentielle d’un réalisateur est de savoir fédérer les acteurs et l’équipe technique.

      Astuce : ne vous consacrez pas à la mise en scène en oubliant vos techniciens et inversement…

    5. Prévoyez toujours une marge de sécurité : si vous avez plannifié 4 jours de tournage, assurez-vous que les acteurs et l’équipe technique sont disponibles pour 5 jours.
    6. Vous ne réussirez pas à faire un tournage réussi sans l’investissement de votre équipe technique.

      Astuce : assurez-vous de la motivation de vos techniciens et chefs de poste en les incluant dans vos choix artistiques et en les laissant s’exprimer. Toute votre habileté consistera à rester maître de votre plateau tout en permettant à chacun de s’exprimer.

    7. Ne minimisez pas le travail de post-production : le montage et les effets spéciaux prennent un temps considérable. C’est là que vous serez vraiment un réalisateur de talent ou pas…

      Astuce : ne baclez pas. Un film ne se réalise pas au tournage mais au montage. Vous devez dès le tournage vous laisser un maximum de possibilités que vous exploiterez ensuite. C’est à ce moment que vous ferez la différence.

  10. Utilisez les réseaux sociaux
  11. Un court métrage étant une oeuvre à part entière, vous pouvez maximisez vos chances de vous constituer un premier public sur les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, YouTube, Instagram, Tumblr, Google+, etc.

    Astuce Facebook : plutôt que de poster directement votre film comme une actu, n’hésitez pas à lui consacrer une page Facebook pour permettre à votre équipe puis à vos fans / followers / public et à l’ensemble de votre réseau de créer du buzz au sujet de votre film. Facebook a changé récemment sa politique et réduit fortement l’audience et la mise en valeur des pages des petites sociétés. N’hésitez pas à investir un minimum dans quelques campagnes ciblées pour augmenter votre chance d’être vu.

  12. Diffusez votre court-métrage en salle
  13. Contrairement au long-métrage qui se retrouve exploité majoritairement en salle de cinéma, le court métrage se diffuse partout où se trouve un écran : une salle de cinéma mais aussi dans d’autres lieux culturels comme des salles polyvalentes, des auditoriums, des musées, des médiathèques, des cafés, des hangars, etc.

    • Des entreprises spécialisées de distribution très peu nombreuses comme l’Agence du court métrage, ou le RADi (un réseau alternatif de diffusion) vous permettront d’être vu.
    • Sachez cependant que la majorité des établissements programmant des courts métrages se situe dans des villes de moins de 20 000 habitants, la région Ile-de-France abritant 20% des cinémas actifs diffusant du court-métrage.
    • 70% des salles programmant du court métrage sont classées Art et Essai (la plupart d’entre elles ne comptent qu’un seul écran).

    N’hésitez pas à vous rendre sur le portail du court-métrage français, ce site présente les fiches détaillées de plus de 20 000 films courts, Il offre un panorama complet de l’actualité de la diffusion des courts métrages en France et permet de découvrir l’actualité de 363 festivals français dont 186 festivals exclusivement consacrés à la forme courte.

  14. Diffusez votre court-métrage à la télévision
  15. Seules quelques chaînes de télévision ont mis en œuvre une politique de diffusion du film court. Il s’agit principalement de France 2, France 3, Arte et Canal+.

    1. Pour France Télévision, le guichet est unique. Il s’agit d’une entité unique et harmonisée pour les deux chaînes qui regroupe pour France 2 (Histoires Courtes) et pour France 3 (Libre Court).
    2. Sur Arte, le magazine Court-circuit répercute la politique d’achat de la chaîne. Arte mise sur des films d’animation et de fiction dont la durée est limitée à 30 minutes. Pour ces films, le tarif pratiqué est de 550€ par minute, pour l’achat de deux multidiffusions sur une période de 18 mois avec exclusivité pour la France et l’Allemagne.

    3. Sur Canal+, Mickrociné et l’Œil de Links sont les émissions consacrées au format. Les films d’animation, de fiction et expérimentaux d’une durée inférieure à 30 minutes, avec une prédominance pour les films de moins de 15 minutes, sont appréciés par la chaîne. Le tarif d’achat à la minute varie entre 250€ et 800€.

    Beaucoup d’appelés et peu d’élus…

    • En 2012, FTV a acheté ou préacheté 66 films ; Arte, 38 ; Canal+, 108.
    • L’investissement des chaînes dans la production ou la diffusion des courts métrages concernent un petit tiers de la production annuelle.
    • Seuls 13% des films produits de l’année trouvent preneurs à l’étranger.

  16. N’oubliez pas de faire tourner votre court-métrage en festival
  17. Beaucoup de festivals dédiés au court métrage vous permettront de montrer vos courts-métrages qui peuvent parfois effectuer des tournées de plusieurs années et vous offriront des rencontres avec le public et avec des professionnels. Attention, les festivals majeurs sont pris d’assaut et la compétition pour être sélectionné est rude.


    • Le festival de Clermont-Ferrand qui est le festival référence du format : les inscriptions se font via le site www.shortfilmdepot.com, en voici le réglement pour les films français.

      Le prix France Télévisions du court métrage remis à l’occasion du festival de Clermont récompense un réalisateur avec une bourse de 5 000€ et engage France Télévisions à pré-acheter son prochain court métrage.

    Pour connaître les festivals intéressants sur lesquels dépenser de l’énergie, n’hésitez pas à reprendre la liste du CNC fournie dans les pré-requis aux aides à l’écriture :

  18. Consultez l’ensemble des sites internet référents du court-métrage
  19. Nous avons déjà parlé du portail le-court.com, voici d’autres sources d’information intéressantes à ne pas négliger :

    1. L’agence du court métrage : une association de professionnels du cinéma qui favorise la diffusion du court métrage en France. Avec le soutien du CNC, elle assure une mission de service public en faveur du film court, de ses auteurs, de ses producteurs, des salles de cinéma et du public.

    2. Le Kinétoscope : la plateforme pédagogique de L’Agence du court métrage. Moyennant un abonnement forfaitaire annuel, le site permet d’accéder à des services et à un catalogue de plus de 300 courts métrages.
    3. Les lutins du court métrage : l’association permet de diffuser des courts dans toute la France et à l’international. Chaque année, un prix est remis par des professionnels.
    4. Le jour le plus court : une fête qui organise des projections publiques et qui assure une couverture presse aux participants.
    5. Le CNC et ses aides au court-métrage : le CNC soutient le court métrage à tous les stades, de l’écriture à la production, de la promotion à la diffusion par le biais d’aides sélectives ou automatiques.

    6. Le G.R.E.C, Groupe de recherches et d’essais cinématographiques : aide les premiers courts métrages. Vous pouvez proposer vos projets en répondant aux appels à projets, en participant aux concours de scénarios mis en place en Régions, etc.
    7. Périphérie : pour les films documentaires. La structure accueille en résidence de post production une dizaine de projets par an.
    8. Le pôle court métrage d’Unifrance Films : il soutient la diffusion des courts métrages français à l’étranger et vous donne beaucoup d’informations sur les festivals français et étrangers dédiés au court.

    Cette liste n’est pas exhaustive. N’hésitez pas à partager avec nous vos bons plans pour maximiser l’impact de vos courts-métrages.

Un commentaire sur « 10 conseils pour réaliser un court-métrage et le diffuser en festival »

  1. Anonyme écrit le 19 avril 2015 à 17:26

    Bonjour, s'il vous plait, j'aimerai savoir combien sont payés des acteurs pour le doublage d'un court métrage d'animation d'environ 10 minutes, et quels sont leur droit sur le court sachant qu'il ne sera pas commercialisé mais plutôt diffuser dans des festivals?

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