10 règles pour trouver un producteur à Hollywood

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Comment trouver un producteur en démarchant avec un projet ? Max Howard [1], un des grands noms de l’animation d’aujourd’hui, nous a proposé sa vision d’un rendez-vous commercial réussi, lors de la masterclass animation organisée par The Media Faculty les 9 et 10 juin dernier à Annecy. Voici les dix règles fondamentales à respecter pour être sûr de trouver un producteur.

Comment démarcher un studio ou un producteur à Hollywood ?

Voici les 10 règles à maîtriser pour trouver un producteur, un éditeur, un diffuseur quel que soit son genre ou son format :

  1. Break the rules
  2. Toujours connaître les différentes règles de base que l’on peut briser avant de le faire.

    Une fois que vous aurez intégrer l’ensemble des différentes règles où il est possible d’introduire une variation (ce que les Américains appellent un twist), il faudra vous poser une autre question encore plus fondamentale : pourquoi le faire ?

    Exemple : Pulp Fiction commence l’histoire au milieu. C’est une possibilité de différenciation mais il ne faut pas penser à briser les règles parce qu’on ne veut pas faire comme les autres. Il faut le faire en étant conscient des conséquences sur la structure et intégrer ces conséquences dans une stratégie globale de narration, sinon vous risquez l’effet inverse : démontrer votre amateurisme.

  3. Less is more
  4. Soyez précis : il faut vous demander à quoi sert chaque moment dramatique de votre histoire et s’il est absolument nécessaire. Cela vous obligera à condenser votre dramaturgie.

    Astuce : quand un acteur lit un scénario, il regarde toujours combien il a de minutes à l’écran. N’hésitez pas à reprendre cette attitude pour votre protagoniste : combien de temps a-t-il à l’écran et pourquoi ? À vous donc de déterminer à l’avance ce qui est nécessaire et comment le placer pour avoir le plus de fluidité possible. Cela paraîtra naturel alors que cette construction aura été faite de façon parfaitement artificielle.

  5. Self content : « If you can’t explain it simply, you don’t know it well enough » (Albert Einstein)
  6. Pour avoir une chance d’intéresser un interlocuteur, votre projet doit avoir les qualités suivantes :

    • une bonne histoire = un high concept ;
    • une arène engageante : pendant un pitch, il vous faut décrire rapidement en quoi vous apportez un angle nouveau sur une arène que nous connaissons déjà ou au contraire en quoi vous donnez à découvrir un monde que nous n’avons pas encore exploré ;
    • un monde crédible : n’oubliez pas de faire particulièrement attention aux BUMPS (cf. notre guide des retours de lecture suite à l’envoi de vos scénarios). Ces points seront d’autant plus cruciaux à l’oral qu’ils sont capables de faire chuter l’intérêt de façon immédiate.

    Que ce soit en long-métrage ou en série, votre proposition doit être complète. Pour une série, il faudra vous assurer que le monde proposé puisse durer indéfiniment. N’oubliez pas que dès que vous proposez un projet à un producteur, celui-ci pense déjà au merchandising, aux acteurs potentiels, aux nécessités de productions associées (faudra-t-il construire un studio ?). Votre arène doit donc être vraiment rassurante en termes de déclinaisons possibles : elle doit être lisible pour soutenir la promesse d’une centaine d’épisodes. N’hésitez pas à vous reporter aux cours créer une série tv : les 4 parties d’une bible pour bien comprendre les spécificités de tout bon projet de série.

  7. Be fresh
  8. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Hollywood ne cherche pas l’innovation. Les producteurs veulent des choses familières présentées sous un angle nouveau (= des high concept). C’est ce qu’avait apporté Harry Potter en son temps. Nous avions déjà vu des histoires de sorciers avant, mais elles ne se déroulaient pas dans le cadre d’une école, etc.

    N’oubliez pas que la façon de proposer votre histoire doit être accessible immédiatement. Vous devez DIVERTIR en stimulant. Le but n’est pas forcément d’être éducatif mais de parler directement à l’imagination. Ce sera la condition sine qua none pour toucher un public et avant lui, un décideur.

  9. Know your media
  10. Aller au théâtre, au cinéma, acheter une BD ou regarder la télévision sont des expériences « utilisateurs » différentes :

    • la télévision (même payante) n’est pas directement associée à une transaction ;
    • l’achat d’un livre ou d’un billet de cinéma supposent dès le départ une transaction.

    En déterminant à l’avance pour quelle expérience sera faite votre histoire, vous pourrez ainsi ajuster vos possibilités de narration. Un spectateur dans une salle de cinéma sera toujours plus captif qu’un téléspectateur qui a la main sur une télécommande par exemple.

    On peut lire la 3D comme une expression de la peur qu’ont les studios que les gens n’aillent plus au cinéma. Or, ce n’est pas parce qu’on a tous des cuisines chez nous que nous n’allons plus au restaurant. La télévision n’a pas remplacé le cinéma. Les expériences sont suffisamment différentes pour susciter des attentes et des modes de consommation différents. Il vous faut garder cela en tête quand vous pitchez.

  11. The elevator pitch
  12. Le mot pitch provient du baseball (origine du mot) : vous lancez une balle pour vous ouvrir une OPPORTUNITÉ de séduire (=vendre). Voici quelques conseils avant de vous lancer :

    1. Be committed during the pitch ! Si vous ne croyez pas à votre propre histoire, n’attendez pas des autres d’y adhérer. Attention à ne pas en faire trop non plus (pas d’arrogance), le terrain n’est jamais conquis ;
    2. Be concise : Spielberg a l’habitude de dire « pitch me 25 words or less ». Dans l’idéal, votre pitch doit être assez court pour tenir en 2 minutes maximum.
    3. No excuses, be always ready to answer questions. Pas d’excuses. Si vous ne vous sentez pas du tout à l’aise à l’oral, envoyez quelqu’un d’autre pitcher à votre place au besoin.
    4. Don’t tell what you’re not showing : parlez uniquement de ce que vous avez. Il est très dangereux d’improviser ou de parler de possibilités que vous n’avez pas assez explorées pour les maîtriser. Il n’y a rien de pire que de montrer son incompétence ou des contradictions avant même la fin d’un pitch.

    Vous avez forcément entendu parler de ce qu’on appelle à Hollywood « The elevator pitch » : imaginez que vous prenez l’ascenseur et que Steven Spielberg entre au moment où les portes se referment. Vous avez alors 20 secondes pour engager la conversation. Avez-vous un pitch suffisamment fort pour l’intriguer au point de vous donner RDV à un autre moment ? Cette situation sert à illustrer une règle d’or à Hollywood : « don’t pitch too much !!!!
    Retention is the key. » Un pitch ne doit servir qu’à créer un bouche à oreille. Il doit être une machine à buzz de gens qui se pitchent un concept les uns aux autres. Ils ne retiendront que l’essentiel.

  13. Who is your target audience ?
  14. C’est le paradoxe de tout auteur. Nous souhaitons tous séduire la cible la plus large possible et en même temps, nous savons que nous n’écrivons jamais vraiment pour tout le monde :

    • Il faut définir une cible : cette cible peut être restreinte sans pour autant pénaliser votre projet. Vous faciliterez d’autant plus le travail de votre producteur s’il sait que votre film s’adresse d’abord aux ados qu’à leurs parents.
    • Attention donc quand vous annoncez qu’un projet est pour tout le monde : êtes-vous surs qu’un ado sera intéressé par un « preschool movie » ?
    • Know who you are pitching ; your target audience ; what you are selling ; what they are buying : plus ces différents éléments seront clairs, plus vous aurez de chance de convaincre. Vous comprenez donc qu’il est également intéressant de connaître la démographie : combien de personnes potentielles votre cible englobe-t-elle ? Quelles tranches d’âges ? Etc.

    En matière de cible, vous entendrez souvent parler du « ripple effect » : comme les ondes se propagent sur l’eau à l’impact d’un projectile, votre projet pourra atteindre des cibles secondaires. Il s’agit des parents ou du grand-frère qui accompagnent, etc.

  15. Use Marketing
  16. En France, nous avons tendance à dissocier le contenu du marketing. Aux US, contenu et marketing ne font qu’un. Vous entendrez souvent la question « What’s your USP ? » à la fin de votre séance de pitch :

    • U for Unique ; S for Selling ; P for Point : un projet n’a pas 36000 points forts ou des milliers de raisons de se faire. Vous devez être capable de préparer la vente en insistant dès le départ sur le point fort central qui donnera envie à votre audience de se déplacer ou de venir regarder votre show.

    Astuce : inspirez-vous des bandes-annonces. En général, elles insistent sur les éléments clés du projet : de quoi ça parle, qu’est-ce qu’on va voir et c’est pour qui ? En quelques secondes, vous savez si ce projet vous concerne ou pas. Il faut donc que vous sachiez à l’avance ce qui est vraiment unique et spécifique à votre projet quand vous le présentez à un producteur.
    Regardez la bande-annonce suivante tirée d’un projet de la blacklist 2012 : la cible d’audience est ici réduite.

  17. Be coherent
  18. En France, on juge le succès d’un film à son nombre d’entrées, pas à sa rentabilité ; ce qui est l’inverse aux États-Unis. Quand vous vous adressez à un producteur américain, mieux vaut ainsi savoir combien de projets il a en développement et ce qu’il a l’habitude de produire. Dreamworks fait 3 films par an, ce qui veut dire 20 projets en développement. Il serait maladroit de leur proposer un projet similaire à un projet récent qui viendrait de se planter par exemple.

    Rise of the guardians (Les cinq légendes) a été l’un des flops monumentaux du studio. Le film contient des personnages auxquels tous les enfants peuvent s’identifier : des personnages pour les grands et d’autres pour les petits. Résultat : personne ne s’est senti concerné lors de la sortie du film. Même s’il possédait de belles valeurs de production et des ingrédients intéressants, le mix n’a rien donné. Le public n’a pas répondu au film qui était conçu au départ comme le début d’une série de 5 films.

  19. Be aware
  20. En Europe, on parle de qualité intrinsèque, de contenu alors qu’aux US, on parle de rentabilité et de marge. Dreamworks a perdu 95 M$ avec Rise of the guardians et c’est tout ce qui compte. Le studio n’a pas cherché à savoir pourquoi car au fond ça ne change rien. C’est comme cela que sont traités tous les projets : ils sont tous jugés au nombre de dollars qu’ils ont rapporté pas à leur qualité, qui ne veut rien dire en soi.

    Aux US, le marketing d’un projet et son contenu valent la même chose. Un bon film est un film qui rapporte de l’argent. 145 M$ de budget ont été dépensé sur Rise of the guardians qui a laissé une ardoise de 95 M$ à Dreamworks. Le film est considéré comme un super échec malgré ses qualités. Ce fut aussi le cas chez Disney pour John Carter, dont j’avais commenté le flop dans un billet précédent. No excuses…

Nous continuerons à vous proposer un ensemble de billets cet été afin de retirer pour le marché français les meilleures méthodes à appliquer. L’équipe High concept a ainsi été ravie de constater que les méthodes que nous vous proposons d’utiliser pour vos projets sont plus que jamais d’actualité et utilisées dans la meilleure industrie du monde.

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High concept remercie The Media Faculty pour son invitation. La master class Écrire des films et séries d’animation nous a permis de confronter les différentes visions du marché des intervenants, tous de très grande qualité. Comment travaille-t-on en France, aux États-Unis ou au Royaume-Uni ? Quelles sont les grandes différences entre les cultures et comment passe-t-on d’un monde à l’autre ?

[1] Rapide bio de Max Howard à lire sur notre billet précédent : 10 règles pour savoir pitcher à Hollywood.

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