3 méthodes clés pour améliorer la narration de vos histoires

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L’écriture et la narration sont deux faces d’une même pièce, l’une ne devrait pas aller sans l’autre. Or ces derniers temps, j’ai parfois l’impression qu’en France, l’ensemble des acteurs de la chaîne de production de la fiction française négligent cet aspect essentiel de la création.


Beaucoup d’auteurs ont déjà exploré le sujet (cf. notre bibliographie) mais il me parait important de revenir sur le lien entre écriture et narration car à force de vouloir marketer les projets de façon commerciale (ce qui rappelons-le est le job du producteur et des diffuseurs comme je l’illustrais récemment avec mon billet sur la nouvelle série policière de France 2, Caïn), nous en oublions parfois le sens profond de ce que nous devons faire : raconter des histoires à un public de façon originale et addictive. Comment ? En employant les techniques de narration bien précises ci-dessous. La méthode High concept n’a d’ailleurs pour vocation que de les simplifier et de vous permettre de les employer au bon moment. Mais voyons plus loin…

  1. Connaître la différence entre raconter une histoire et simplement l’écrire
    • Si l’on peut définir l’écriture de fiction comme l’art d’écrire une histoire (l’art de peindre un tableau pourrait y être comparé), les façons de la rendre visuelle et intéressante pour un public nécessitent des techniques d’écriture bien précises que l’on résume en France sous le terme NARRATION (les Américains préfèrent le terme STORY TELLING). Vous pouvez décrire précisément par exemple physiquement un personnage, sa maison, ses routines, ses actions, ce n’est pas pour cela que vous allez le rendre intéressant pour un spectateur, ni même construire une histoire qui tienne la route. C’est souvent d’ailleurs, l’une des erreurs des scénaristes débutants.
    • Mais, dès lors que nous parlons d’objectifs, de mystères, de conflits, d’ironie dramatique, de tâche, de climax, en gros toutes ces fonctions dramatiques qui composent le « 1-2-3 » et qui font la base de la dramaturgie (pour en savoir plus, n’hésitez pas à vous reporter aux vidéos pédagogiques qui traitent le 1-2-3 et commencez votre formation scénario), nous entrons dans le domaine de la narration. Dès que nous nous préoccupons de narration, nous nous préoccupons alors du spectateur. Par exemple : inclure une poursuite en voiture dans un film n’a en soi aucun intérêt sauf si nous y corrélons des enjeux, une horloge, des opposants, un objectif, etc. Voyons plus loin.

  2. Maîtriser les fonctions dramatiques d’une bonne histoire
  3. Tout récit peut être décomposé en deux éléments simples :

    • le DÉCLENCHEUR, ce que la méthode High concept appelle le « 1 » du 1-2-3, qui décrit le protagoniste, l’objectif, les obstacles et les enjeux (cf. notre vidéo pour apprendre à maîtriser le déclencheur d’une série). En effet, dans la plupart des histoires, vous avez toujours un héros qui essaie de faire quelque chose. Pour rendre son objectif intéressant, il vous suffit de mettre des obstacles sur sa route. Naturellement, parce que ces obstacles empêchent votre héros de faire ce qu’il veut, du conflit émerge et le conflit est ce qui conduit au divertissement. Quand le spectateur a envie de savoir comment le conflit sera résolu, vous avez gagné. Malheureusement, souvent dans nos séries françaises, si les personnages veulent parfois quelque chose (résoudre un crime par exemple), ils l’obtiennent sans avoir vraiment à lutter. Résultat : nous nous ennuyons et nous zappons.
    • le MYSTÈRE : si vous ne commencez pas votre récit autour d’un personnage avec un déclencheur clair, vous pouvez toujours vous appuyer sur une logique de mystère. C’est l’autre manière de débuter un récit et c’est ce que nous proposent la plupart des séries policières (qui a tué qui et pourquoi ? —cf. notre chapitre dédié pour en savoir plus sur le genre policier et ses techniques d’écriture). En général, le spectateur continue à regarder un film ou une série parce qu’il veut des réponses à ces questions. La série Lost a été construite avec cette technique par exemple. Notez, cependant, que les mystères finissent toujours par être reliés à des objectifs que souhaitent atteindre des personnages. La boucle est bouclée.

    Si vous maîtrisez bien ces deux composantes, vous avez de bonnes chances de pouvoir divertir votre auditoire et d’être un bon conteur. Cela paraît simple et pourtant, de nombreux projets n’arrivent pas à concrétiser au moins l’une des deux méthodes de narration pour raconter leurs histoires. Pourquoi ?

  4. Quand utiliser les fonctions dramatiques dans vos récits ?
  5. Souvent les auteurs (jeunes et moins jeunes) sont tellement pris dans les descriptions de leurs mondes (cf. notre formation pour en savoir plus sur la construction d’une arène de récit efficace) qu’ils oublient d’y inclure parfois des conflits ou du mystère. Or, l’écriture d’un film ou d’une série est avant tout un récit qui doit être visuel et divertissant. Votre style, aussi épatant soit-il, ne pourra pas remplacer vos manques de fonctions dramatiques. Si vos personnages n’ont pas d’objectifs forts ou si vos mystères ne sont pas convaincants, vous ne réussirez pas à captiver votre auditoire. C’est peut-être la raison pour laquelle, il ne suffit pas d’être un bon auteur pour être un bon scénariste et inversement. Si à chacun de vos envois de scénarios, vous avez comme retours : « votre projet est très bien écrit mais il ne nous a pas convaincu », c’est probablement parce que vous avez manqué le distinguo entre écrire et raconter et qu’il vous faut peut-être vous cantonner au roman ou apprendre à consolider vos narrations avec les techniques suivantes :

    • Toujours travailler en amont votre document de concept : avant de se jeter dans l’écriture d’une continuité dialoguée ou d’arches par exemple, il est nécessaire de calibrer un premier document de travail qui résumera l’ensemble de votre histoire avec ses fonctions dramatiques de base (pour savoir comment trouver un bon concept, utilisez nos techniques de brainstorming dispensées dans notre chapitre dédié à la créativité). En effet, grâce à ce premier document, vous allez pouvoir mettre à plat les différents éléments qui vont faire tenir votre histoire debout. Si vous travaillez sur une série par exemple, vous vous assurerez que le moteur dramatique que vous avez conçu est capable de produire beaucoup d’épisodes avec une tâche réifiée et originale (cf. notre cours pour en savoir plus sur la façon de déterminer une tâche originale de série, jackpot de tout scénariste). Si vous travaillez sur une comédie, vous vérifierez que votre histoire repose bien sur un personnage construit avec les archétypes du genre comique, etc.
      • N.B. : ce document est un document technique qui n’a pas vocation à être une oeuvre d’art. Si vous oubliez en chemin vos personnages, leurs déclencheurs, leurs tâches, leurs climax, c’est que vous vous regardez écrire, comme d’autres s’écoutent parler. Certes, il est parfois frustrant de ne travailler un projet qu’à partir de ses caractéristiques techniques mais c’est la base de tout travail sur le médium audiovisuel.
        Plus votre concept sera efficace, plus votre lecteur ou spectateur sera intéressé, plus il vous permettra d’engranger des intérêts dans la profession et de développer ensuite votre histoire.
    • Avoir un concept fort et efficace est une première étape de travail, mais une fois fait (ce qui n’est souvent pas une mince affaire), vous devez aussi vous assurer de la bonne exécution de ce concept dans un synopsis qui permet d’exploiter la promesse de votre histoire (pour en savoir plus, voir nos techniques de rédaction de synopsis). En effet, pour rendre intéressant un concept sur une centaine de pages, ou sur plusieurs épisodes, il nous faut déployer de véritables stratégies narratives. Car, si l’on se contente de décrire l’action principale, même quand un personnage a un objectif et des obstacles, on ne peut tenir qu’une trentaine de pages au maximum (nous l’avons tous expérimentés !). Le secret pour tenir la distance est d’inclure dans chacune des parties de notre récit (début, milieu, fin) un 1-2-3. Il faut donc savoir décomposer son histoire en briques narratives (comme Cédric vous l’a appris avec la technique du break down) et les disposer d’une certaine façon pour construire une pyramide dramatique efficace.
      • N.B. : plus vos différentes briques ou séquences auront leur propre objectif, leur propre mystère, etc. plus votre potentiel d’adhésion sera fort. Si en plus, vous terminez chaque brique sur un climax ou cliff hanger (cf. nos vidéos pour et déterminez des climax aussi forts qu’originaux), plus votre mécanique dramatique sera forte et efficace.
    • Enfin, avoir un synopsis décomposé en briques narratives —on parle de lignes narratives dès lors que vous choisissez de suivre plusieurs protagonistes (cf. notre chapitre série et son focus sur les différentes manières d’entrelacer les différentes lignes narratives d’une série)— est une seconde étape de travail mais de même, une fois fait (après beaucoup de sueur), il vous faut encore décliner cette construction dramatique sur chacune de vos scènes. Cet exercice est de loin le plus difficile et permet de faire le tri entre les pro et les amateurs.
      • N.B. : les scénaristes professionnels sont capables d’injecter dans chacune de leurs scènes les fonctions dramatiques principales (objectifs, mystères, enjeux, etc.) et de les rendre divertissantes pour le spectateur. Ils se servent ainsi de leur palette d’outils scénaristiques comme un peintre maîtrise les différentes nuances sur un tableau (cf. Découvrez comment passer votre ceinture noire de scénariste).

Que retenir pour conclure ?
Ces trois étapes d’écriture de vos scénarios doivent vous permettre de raconter des histoires de façon convaincante sous peine d’ennuyer ferme vos lecteurs ou spectateurs. Et dans notre marché concurrentiel, si vous n’êtes pas une star, vous savez que l’ennui du lecteur est votre premier ennemi pour passer la barre des comités de lecture. Parfois, il ne manque pas grand-chose à une histoire pour devenir un véritable tourneur de pages et c’est grâce aux fonctions dramatiques utilisées qu’une frontière existe entre les auteurs lambdas et les scénaristes à succès. À vous de choisir votre camp ! Vous remarquerez que les romanciers qui utilisent aussi ces fonctions cumulent le style ET l’intérêt, autant de facteurs qui font leur succès.
Ainsi, dans un scénario, on vous pardonnera toujours le style si vous avez la maîtrise de l’art de raconter une histoire en vous servant de bons outils aux bons moments. Bien évidemment, vous pouvez toujours utiliser d’autres petites astuces en parsemant çà et là votre récit de rebondissements ou en utilisant une ironie dramatique par exemple, mais si vous n’avez pas assez structuré en profondeur votre récit, cela ne suffira pas à générer un véritable potentiel d’adhésion sur la durée.

Enfin, peu importe votre qualité d’écrivain, le style de votre prose, les fulgurances de vos descriptions, si vous n’avez pas mis en place les fonctions dramatiques essentielles pour soutenir votre histoire, vous ne retiendrez pas votre lecteur et votre spectateur. L’écriture de scénarios n’est pas un concours des style mais un concours d’histoire. Plus tôt vous l’aurez compris, plus vite vous réussirez dans ce métier.

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