5 conseils pour rédiger votre concept de long métrage

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Comment présenter son projet de long métrage ? Quel est le premier document qu’attendent les producteurs pour démarcher ? Qu’est-ce qu’un leave behind ? Max Howard [1], qui a fait une belle carrière dans l’animation, vous explique les différentes parties qui doivent être présentes dans ce document commercial grâce à cinq conseils qui vous permettront de rédiger correctement votre concept de long métrage et d’éliminer les dernières réticences à la vente de votre film.

Voici cinq conseils pour rendre votre document le plus commercial et auto-porteur possible :

  1. UN DOCUMENT COURT
  2. Un concept ou synopsis court ou encore un « leave behind » est un document qui doit mettre en valeur les points suivants :

    1. Le titre
    2. Le public cible visé
    3. Le concept (le personnage principal, l’arène, le défi, la trajectoire, le climax)
    4. La mécanique dramatique et le genre

    Ce document est un outil fait pour faciliter la vente. Mais comment faciliter la vente ? Le mieux est toujours d’avoir un high concept ! (Vous pouvez vous reporter aux cours : le high concept, voie royale pour vendre un scénario). Max Howard insiste : le high concept est une idée qui permet d’éloigner la PEUR, celle des conseillers de programme à faire du nouveau, à prendre un risque. Car, un conseiller de programme ne peut uniquement se fonder sur la qualité d’écriture d’un scénariste, il a besoin de quelque chose d’autre pour justifier sa décision, pour qu’elle paraisse fondée, concrète, et justifiée. Or, le high concept est une preuve de faisabilité à lui seul, même s’il est mal fait.

    L’objectif de votre document est d’être concis, engagé. En animation, vous pouvez aussi laisser :

    • un story board ;
    • un scénario ;
    • un petit film test ;
    • un design package, etc.

    Butch Hartman laisse toujours quelque chose de physique : un poster, une image, qui encombre le bureau du producteur. Si le poster interpelle d’autres personnes au sein de la société, alors le pitch sera répété, encore et encore. Retenez simplement qu’il faut toujours laisser une trace de son passage, n’importe quoi pourvu que cela soit un peu original…

  3. UN TITRE ACCROCHEUR
  4. Le titre d’un projet doit donner envie. Il doit naturellement être lié à l’histoire que vous racontez. Son choix est donc déjà une indication donnée au lecteur/spectateur parce qu’il propose un point de vue sur ce qui va être raconté. Réfléchissez bien à ce que votre titre va vendre de l’histoire :

    • Attention aux titres trop longs : il faut garder quelques mots incisifs au risque de paraître prétentieux ou trop compliqué. Plutôt que des titres à rallonge, n’hésitez pas à renforcer votre titre en ajoutant ce que les Américains appellent une LOG LINE (exemple avec Mixology, une sitcom présentée l’année dernière par ABC dont la log line était MIXOLOGY, « One bar. One night. Ten single people. » En général, la log line se place directement au-dessous du titre ;
    • N’hésitez pas à jouer sur les sonorités des mots : pour une comédie, c’est important. En anglais, les mots avec un K sont marrants (exemples : « chicken is funny, not beef » ; « Legend of the Guardians, The owls of Ga’Hoole ») ;
    • Dans beaucoup de cas, il vous suffit de reprendre le nom du personnage principal : les exemples sont nombreux (Bambi, Le Roi Lion chez Disney). Il existe des exceptions, Toy story en est une bonne illustration.

    N’oubliez pas que le titre est directement lié au MARKETING du film : il doit être lisible sur une affiche. Pour Moi, moche et méchant, l’affiche de départ montrait un type avec des enfants. Le titre et le dessin étaient peu lisibles voire anxiogènes : le film parle-t-il d’inceste ? La seconde affiche montrait seulement les enfants… Un titre, c’est donc dès le départ un « sales pitch ». N’hésitez pas à vous reporter au billet précédent pour connaître les 10 règles pour trouver un producteur à Hollywood.

  5. UNE AUDIENCE CIBLÉE
  6. À qui se destine votre projet ? Dès le départ, un producteur a besoin de savoir où il se situe et à qui il peut proposer le projet. Que ce soit pour une petite ou pour une plus large audience, vous devez être capable de le justifier. Bref, est-ce vraiment pour tout le monde et pourquoi ? Donnez des chiffres au besoin, citez quelques références de projets similaires, la démographie, etc.

    À NE PAS FAIRE : ne parlez pas de budget ou de planning à ce stade. Le leave behind d’un projet sert uniquement à présenter l’idée principale du film. Parler d’argent serait vraiment mettre la charrue avant les boeufs.

  7. UN CONCEPT VISUEL
  8. Le document que vous allez laisser en partant doit être fidèle à votre pitch. À ce stade, le support doit servir à fédérer, à créer de l’enthousiasme. Le concept doit ainsi présenter l’idée maîtresse, pas les lignes narratives secondaires, c’est à dire le 1-2-3 de votre intrigue principale (pour comprendre cette notion, n’hésitez pas à vous reporter aux cours et à commencer par : créer un concept, le 1 du 1-2-3).

    • Lorsqu’on pitche, on engage la personne dans une conversation (c’est la raison pour laquelle, votre document ne doit pas vous servir de support de lecture). On peut avoir des notes dans la poche mais il ne faut surtout pas les lire ;
    • Le document de concept doit vous servir à passer l’étape suivante qui est de récolter un premier investissement sur le projet = une option. N’hésitez pas à vous reporter aux 10 règles à suivre pour signer un bon contrat d’auteur.

    Le document que vous laissez en partant doit retracer votre engagement et votre ambition pour votre projet. N’essayez pas de vous positionner comme un prestataire de services : vous n’aurez jamais exactement le projet idéal qui correspond aux besoins de votre interlocuteur. Ne vous focalisez pas sur ce que le producteur recherche mais sur ce que vous avez à présenter.

  9. UN CONCEPT COMMERCIAL
  10. L’idée proposée doit devenir un objectif en soi, car il faut que cette idée soit assez bonne pour permettre à tous ceux que vous voulez convaincre de pouvoir la retravailler encore et encore :

    • Un auteur est un vendeur qui vend des histoires à un public. Il faut toujours garder ça en tête surtout dans un monde concurrentiel contrôlé par des cadres qui servent de filtres à projets ;
    • On parle d’appât ou d’hameçon mais ce qu’il faut retenir, c’est que votre document ne doit pas être détaillé et en même temps donner envie. Dans l’idéal, le producteur doit avoir envie d’en savoir plus.

    Le leave behind n’est rien d’autre qu’un ersatz de synopsis. C’est un résumé de l’histoire qui a deux objectifs : un objectif de vente et un objectif créatif.

    • Pour faciliter la vente, le document de concept doit prouver que la promesse contenue dans le titre et la log line peut être tenue. Il s’agit concrètement d’illustrer le déclencheur, la tâche en abordant le problème central et l’action clé pour la résoudre, ainsi que le climax.
    • Créativement, c’est aussi un moyen de s’économiser et d’avoir du recul sur son histoire. Le document doit donc présenter brièvement l’archétype, la faille, l’objectif, le problème et la solution.

    Pour connaître toutes ces notions, n’hésitez pas à vous reporter aux cours : apprendre à écrire un synopsis court.

CONCLUSION

Après avoir remis votre document, vous devez amorcer la vente en incitant le producteur à considérer votre proposition d’un point de vue financier. Call my agent est alors la phrase la plus souvent employée.

  • Remarque : aux États-Unis, il n’est pas rare que certains auteurs fassent signer des NDA (non-disclosure agreement), censés les protéger au cas où le studio refuserait le projet, pour leur permettre de démarcher d’autres partenaires.
  • En France, se montrer trop paranoïaque est considéré comme un aveu de faiblesse ou d’amateurisme. Mieux vaut dans ce cas se protéger en envoyant son concept par mail au lieu de laisser le document directement dans les mains du producteur.

Un mail est une preuve écrite d’antériorité et de communication de votre travail, qui est opposable à une éventuelle contrefaçon. D’un point de vue commercial, ce genre d’envoi mérite d’avoir été préparé par un bon pitch (cf. nos autres conseils pour savoir pitcher vos projets).

N’oubliez pas pour finir que votre concept doit vendre une idée (pas vous). Plus elle sera concise, efficace, originale, plus vous aurez de chance de transformer votre RDV commercial. Faites comme Steve Hickner sur Le Prince d’Egypte : avec votre concept « your job is to move this No to yes ».

Continuez à nous suivre cet été. L’équipe High concept vous proposera de nombreux conseils et autres billets pour mieux préparer la rentrée.

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High concept remercie The Media Faculty pour son invitation à la master class Écrire des films et séries d’animation qui s’est tenue les 9 et 10 juin dernier à Annecy..







[1] Rapide bio de Max Howard à lire sur notre billet précédent : 10 règles pour savoir pitcher à Hollywood.

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