5 règles pour faire du cinéma en Chine

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Comment faire du cinéma en Chine ? Censure, système des quotas… j’ai appris les règles principales qui encadrent le business cinéma avec les chinois lors d’une rencontre organisée par le Média club. Décryptage.

Le plus grand marché du cinéma

La Chine est le deuxième marché du cinéma mondial, mais selon les estimations, il devrait devenir en 2020 le premier marché. En effet, la croissance du cinéma américain est de 1% par an alors que celle de la Chine est de 15 à 20% par an. Fin 2016, la Chine comptait déjà plus de salles de cinéma que les Etats-Unis, avec pour objectif 60 000 écrans d’ici 2020. À cette date, la Chine devrait produire environ 800 films par an, contre 500 pour les Etats-Unis.

Le plus gros box office chinois a été de 870 millions de dollars avec « Wolf Warrior 2 ».

Les trois grandes plateformes du web chinois sont également en pleine expansion :

  1. Tencent (le Google chinois),
  2. IQiyi (le Netflix chinois)
  3. Youku.

Ces plateformes comptabilisent plus de 10 millions d’abonnés et on estime qu’en 2021, le marché chinois atteindra 75 millions d’abonnés. Mais la tendance va vers de plus en plus de contrôles des contenus. C’est la raison pour laquelle de nombreuses séries américaines ont été déprogrammées et censurées, comme « Game of Thrones ». Il y a également de nombreux sites de streaming qui ont été fermés (Itunes est interdit). À noter: une ouverture vient de s’opérer vers Netflix qui a signé un partenariat avec iQiyi en mai dernier.

Un public jeune

Il faut avoir en tête que plus de 85% du public a entre 15 et 25 ans, ce qui explique un fort engouement pour les films d’action. Alors, quels sont les films qui marchent en Chine ?

  • Films d’action avec montage très cut
  • Comédies chinoises
  • Films de guerre (mythologie chinoise)
  • Films de science-fiction
  • Films d’animation

Les films de Pixar ont un franc succès car leur cible est large, de 7 à 77 ans (heureusement, car les adolescents chinois vont assez peu au cinéma, ils se concentrent essentiellement sur leurs études).

Les films étrangers sont surtout des films américains

Les films chinois (en mandarin) représentent 52% du marché, les autres 48% sont étrangers dont 42% sont des films américains ! Pour importer un film en Chine, il faut suivre le système des quotas. Il s’applique à deux sortes de films :

  • Les films dits de studio. Il y a de longues négociations pour savoir quels films seront importés. La moyenne d’importation est d’environ 35 films par an.
  • Les films dits indépendants (« Interstellar » en est un exemple). Egalement pour cette catégorie, 35 films sont importés par an.

A noter que le premier film étranger au box office chinois est un film indien : « Dangal ».

Une censure d’Etat

Pour pouvoir estimer travailler (faire une coproduction) avec les Chinois, il faut se plier à la CENSURE dont une liste d’interdictions est sortie il y a un an. Cette liste contient des exemples de ce qui est censuré :

  • la nudité,
  • l’homosexualité,
  • le sang,
  • les fantômes,
  • le surnaturel,
  • tout ce qui critique le régime chinois ou la morale chinoise,…

Des coproductions très encadrées

Outre la censure, des règles strictes ont été établies pour les investisseurs étrangers :

  1. Un tiers du film doit être financé par les Chinois.
  2. L’histoire doit être culturellement chinoise.
  3. Un acteur chinois doit jouer un rôle de Chinois (Attention ! Les comédiens de Hong Kong ne sont pas considérés comme étant chinois car la Chine ne reconnaît pas Hong Kong pour son cinéma, même si la ville bénéficie d’un régime de faveur).
  4. le film doit correspondre aux axes de développement du gouvernement chinois (ex : le développement de la route de la soie ou prôner le socialisme chinois).
  5. le film doit avoir une happy end (à l’image des histoires de la mythologie chinoise).

Outre les règles explicites, il y aussi les règles implicites. En effet, pour faire des affaires avec les Chinois, il faut comprendre leur philosophie de travail. Alors que pour nous, signer un contrat signifie que l’affaire est conclue, pour eux, ce n’est qu’un début dans les négociations. On pourrait apparenter cela à une déclaration d’amour. Pour les Chinois, il faut faire ses preuves, prouver qu’on est un bon partenaire. Et être un bon partenaire, c’est pouvoir être flexible s’il le faut, c’est également avoir une vision à long terme. La patience est donc une qualité qu’il faut maitriser si l’on veut travailler en Chine.

Conclusion

Une coproduction américaine ayant eu un franc succès en Chine : « The foreigner » avec Jacky Chan est l’exemple mis en avant par les autorités :

  • c’est un film d’action,
  • le comédien principal est très aimé des Chinois.

Vous l’aurez compris, les autorités chinoises font tout pour nous dissuader de faire des films à leur destination, mais si les Américains y arrivent, pourquoi pas nous ?

Je vous conseille donc pour passer à travers la muraille de Chine :

  • D’étudier les héros de la mythologie chinoise et de regarder les films étrangers qui ont marché chez eux,
  • D’avoir en tête les points censurés,
  • Et surtout d’appliquer la méthode high concept en utilisant les genres dont sont friands les Chinois !

Article écrit à la suite du petit-déjeuner organisé par Média club le mardi 5 décembre autour de Julien Favre.

Frédérique CHARLOTTE, HC

Jeune scénariste de cinéma disposant d'une large expérience dans l'assistanat de casting figuration et dans l'administration sur de gros films internationaux (Befikre, War Machine, Renegades, RED 2, The smurfs 2, Midnight in Paris, Chéri, etc.), Frédérique a cosigné un long métrage qui est en cours de financement.

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