Canal+: une chaîne qui peut changer la fiction française?

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Quand Mentalist dépasse les 9 millions de téléspectateurs, qu’on ne vienne pas me dire que la fiction française rattrape lentement son retard. Je ne me souviens d’ailleurs pas quand un épisode de l’une de nos fictions les plus fortes sur TF1 (Clem, Doc Martin, Camping, Profilage, Section de recherches, R.I.S. etc.) a pu égaler un tel score ! J’ai pu lire en effet dans certains rapports officiels du CNC ou de l’OPCA que tout allait bien ou mieux pour notre fiction hexagonale, malgré une précarité grandissante de la situation des scénaristes suite à l’industrialisation de certains process d’écriture


Inutile de dire que ce genre de raccourci mental me laisse perplexe.

Le fond du problème de la fiction française n’est jamais évoqué

Tant que nous n’aurons pas une fiction d’auteurs (et donc segmentante) et qu’on traitera les scénaristes comme des fonctionnaires jetables, tout en plaquant inlassablement les mêmes recettes (des fictions low concepts portées par des stars : pour en savoir plus sur la différence entre un low et un high concept, je vous renvoie au cours Le high concept, ou comment vendre son premier scénario à un producteur) à quelques exceptions près que certains utilisent comme l’arbre qui cache la forêt, les choses ne changeront pas comme l’illustre d’ailleurs bien le dernier palmarès du Festival de la fiction de La Rochelle.
Enfin, s’il y a bien une chaîne qui a compris comment se démarquer du marasme économique de la fiction à la française dans lequel sont embourbées nos chaînes traditionnelles, c’est Canal+ ! D’ailleurs, cela ne trompe personne, à chacune de leur projection presse lors de ce genre de festivals, la claque est grande et s’accentue au fil du temps.

  • Seule Canal+ a su ces dernières années renouveler à elle seule la confection de série à la française, en y incluant certes des productions en langue anglaise mais aussi en coproduisant des mini-séries comme Carlos pour les adapter au marché international.
  • Notre groupe français a même eu l’audace de se battre contre Showtime en produisant une fiction concurrente sur le même thème : Les Borgias, série qui a réalisé les meilleures audiences de la chaîne sur leur créneau de la création originale. Cette avancée significative ouvre la voie à de nouveaux savoir-faire industriels et à un nouveau modèle économique qui se rapproche de nos concurrents américains.
  • Avec en tête le succès de HBO, sa soeur jumelle en terme de modèle de développement, Canal+ a délibérément choisi sa voie en se concentrant sur le sport, le cinéma et la création originale.

50 heures de fiction française sont diffusées chaque année, et son investissement continue de grandir.

Acteur minoritaire il y a quelques années, les productions s’enchaînent pour constituer un véritable catalogue allant de Braquo à Maison close.

Sur les quarante millions d’euros de budget annuel dédié à la fiction, 25 sont alloués aux coproductions internationales. (Le budget devrait augmenter de 8 à 10 millions d’euros sur les deux prochaines années.)
La part mise par Canal dans ces coproductions varie en fonction du nombre de coproducteurs. Sur Borgia, la part Canal a représenté 40% du budget, ce qui lui a permis d’égaler le niveau de financement américain de l’ordre de 2,5 à 3 millions d’euros par épisode.

L’avenir s’annonce radieux en continuant sur ce même schéma : avec deux nouvelles séries en 12 x 52′ par an, sans compter les suites des séries de sa collection, Canal+ a construit de véritables partenariats avec des producteurs/diffuseurs majeurs nord américains et européens.

Le but affiché est de rester leader de la création et de partager des convictions fortes sur la valeur artistique des projets. Une dizaine de projets initiés avec des producteurs variés sont en développement.

En plus des projets dont nous avons déjà parlés, en voici une petite récap :

  1. Les projets maison :
    Canal+ en langue française, ce sont des séries originales confiées à des créateurs reconnus :

    • Projeté à la Rochelle, Les revenants ont donné la mesure de la qualité de la fiction made in canal. Adaptée du film éponyme sorti en 2004, la série est centrée sur le retour des morts qui débarquent à nouveau dans la vie de leur proche sans avoir pris une ride. Ils ne savent pas qu’ils sont morts et cherchent à rentrer chez eux. La vie des autres restés en vie en est bien sûr bouleversée. La fiction sera diffusée à l’automne 2012.
    • L’anarchiste mini série en 6×52’, produite par LGM, écrite par Florient Emilio Siri et Fabien Nury, réalisée par Florient Emilio Siri avec Benoît Magimel dont voici le pitch : la police et l’armée font le siège d’un pavillon de banlieue. À l’intérieur se terre Jules Bonnot, dont les hold-up font la une de la presse depuis plusieurs mois. À la veille de la Grande Guerre, le gouvernement a bien l’intention d’en finir une fois pour toutes avec l’anarchie. Bonnot servira d’exemple.
    • Au service de la France en 12 x 30′, produit par Mandarin Télévision, écrit par Jean-François Halin qui se situe au début des années 1960. Les services secrets français recrutent le jeune André Merleaux, de retour d’Algérie. André se forme auprès de vrais espions davantage préoccupés par leurs notes de frais que par leur mission. La route est longue pour devenir un espion digne de 007 dans un service labyrinthique, kafkaïen et absolument certain de la suprématie française sur le monde.
    • Pink Panthers en 6 x 52′, produit par Haut et Court, écrit par Jérôme Pierrat et Jean-Alain Laban qui retrace le parcours des Pink Panthers, organisation criminelle d’origine serbe connue pour ses multiples braquages de bijouteries à travers l’Europe.
    • Sharks en 8 x 52′, produit par Marco Cherqui et Lauranne Bourrachot (Chic Films) en coproduction avec Made in PM, écrit par Caryl Ferey, écrivain spécialisé dans les romans policiers, qui situe son récit à l’île de la Réunion où la menace des requins est devenue telle qu’elle engendré un cortège de fantasmes malsains face auxquels les pouvoirs publics sont impuissants. Quand la jambe d’une adolescente est retrouvée échouée, tout le monde pense aux squales. Ils se trompent lourdement…

    Canal+ frappe encore avec sa stratégie d’unitaire politique avec :

    • Les anonymes, de Pierre Schœller avec Didier Ferrari, Jean-Philippe Ricci, Nathanaël Maïni, Cyril Lecomte, Karole Rocher, Mathieu Amalric, Olivier Gourmet. Le scénario de cette fiction de 120 minutes est signé Pierre Erwan Guillaume et Pierre Schœller. La production est assurée par Florence Dormoy pour Scarlett Production. Ce film revient sur le groupe dit des « anonymes », qui a été condamné pour l’assassinat du préfet Érignac le 6 février 1998 à Ajaccio. Arrestations, aveux, rétractations, les 96 heures de garde à vue au sein de la DNAT (Direction nationale de l’antiterrorisme) et l’instruction judiciaire sont au coeur du récit.
    • Le sanctuaire, produit par Haut et Court/Capa Drama, écrit par Xabi Molia. Au début des années 1980, en France, les socialistes arrivent au pouvoir. Soucieux d’entretenir de bonnes relations avec la jeune démocratie espagnole présidée par Felipe Gonzalez, le gouvernement français met peu à peu fin à la tolérance des activistes d’ETA sur le sol français considéré jusqu’alors comme le sanctuaire de la cause basque. De son côté, l’organisation basque est la cible des assassins du GAL et en plein bouleversement idéologique. Une nouvelle génération de militants prend le pouvoir sur les anciens.
    • Le soldat blanc produit par Breakout Films, écrit par Olivier Lorelle, réalisé par Érick Zonca. Entre 1946 et 1951, de jeunes Français du corps expéditionnaire – sympathisants communistes ou anciens résistants – débarquent en Indochine, pensant vivre la continuité de la guerre de libération dans les territoires coloniaux. Ils sont en réalité au service d’une guerre coloniale que la France mène contre la résistance conduite par Hô Chi Minh. Certains d’entre eux désertent et rallient les rangs du Viêt-minh.
  2. Les suites :
    • la reconduction du drama Maison Close pour une saison 2 en 8 x 52′ : écrite par Franck Philippon et Cécile Ducrocq, réalisée par Mabrouk El Mechri, produite par Jacques Ouaniche pour NOE PRODUCTIONS INT. Les actrices Anne Charrier, Valérie Karsenti, Jemima West, Catherine Hosmalin, Blandine Bellavoir et Déborah Grall reprennent leur rôle dans le célèbre bordel le Paradis, géré maintenant collectivement par les prostituées. Mais la police des mœurs compte bien mettre fin à cette utopie. Rose, Véra et Hortense, vont donc s’allier à un charismatique gangster parisien qui en profite pour installer son quartier général au Paradis… Pour rappel, la saison 1 avait pulvérisé l’audience des fictions françaises de la chaîne avec le record historique de 24,6 % de PdA abonnés et 1.477 million d’abonnés pour le premier épisode de la série.
    • Cf. notre point sur les séries policières de la rentrée, Canal+ déroule ses collections maison avec Engrenages (saison 4), Braquo (Saison 3), Mafiosa (saison 5).
    • Cf. notre point sur les séries comiques de la rentrée, les comédies Canal ont aussi la cote :
      • Kaboul Kitchen saison 2 (12×26) : produit par Chic film/Scarlett, écrit par Marc Victor, Allan Mauduit, Jean-Patrick Benes, réalisé par Allan Mauduit et Jean Patrick Benes qui racontent l’histoire d’un ex-baroudeur qui décide d’ouvrir un restaurant français à Kaboul, pour profiter de l’arrivée des occidentaux. Sa fille, qu’il n’a pas élevée, arrive pour une mission humanitaire, pétrie d’idéalisme.
      • Working girls Saison 2 en 12 x 13′ : une série à sketchs qui a rencontré le succès en saison 1, avec 750.000 téléspectateurs en moyenne (15% d’abonnés). Clémence Faure et Alice Belaïdi rempilent aux côtés de Claude Perron (Karine), Laurence Arné (Déborah), Blanche Gardin (Hélène) et Vanessa David (Nathalie). Audrey Lamy campera une cantinière et déléguée syndicale qui ne veut pas se laisser bouffer par la hiérarchie tandis que Lannick Gautry jouera le Beau-gosse qui ne laisse pas insensible Déborah. Les working girls auront au programme : déménagement, incendie, amour, promotions, plantations, cost killer, visite médicale, lipdub, plan social, adoption.
      • Platane Saison 2 en 12 x 30′ : (la saison 1 avait été écrite par Eric Judor, François Reczulski et Hafid F. Benamar, réalisée par Eric Judor et Denis Imbert et produite par Eric Judor pour 4 mecs en baskets en association avec Jean Cottin). La saison 2 devrait reprendre la même équipe avec au casting Eric Judor (Eric) qui joue son propre rôle. Après un an de coma suite à un accident de voiture contre un platane, Eric se réveille et constate que son acolyte Ramzy Bedia connaît le succès dans HP, la suite (fictive) de la série H. Lui vient alors l’illumination qui va prouver à tous son talent. La première saison de 12 épisodes comptait des invités de marque tels que Monica Bellucci, Guillaume Canet, Vincent Cassel, Clotilde Courau ou encore Mathieu Amalric. Si les audiences ont été en chute libre après le lancement, Canal a de nouveau accordé à la série une saison 2 qui verra Eric Judor, dans une situation encore pire que dans la première saison.
    • En langue anglaise :
      • Borgia 2 avec un budget augmenté de 28 millions d’euros, la série a été déjà vendue dans 40 pays dont les États-unis avec Neflix. Produit par Atlantique, écrit par Tom Fontana (OZ), réalisé par Oliver Hirschbiegel (La chute) et Philippe Haim (Secret défense), le clan Borgia est à jamais associé aux intrigues, crimes fratricides et histoires d’amours incestueuses de l’Italie du XVe siècle. Le destin sulfureux du Pape Alexandre VI et de ses enfants, César et Lucrèce fera le bonheur des amateurs.
  3. Les coproductions internationales en développement :
    • Versailles, développé par Capa Drama en coproduction avec Marathon et Zodiac en 12 x 52′ pour un budget de 30 millions de dollars, écrit par le couple André et Maria Jacquemetton, dont la filmographie inclut l’Américaine Mad men, la future série placera son récit dans la ville-titre, en 1669, époque où le château n’est encore qu’un vaste chantier et, surtout, le fantasme de Louis XIV. Après la fronde, épisode humiliant et fondateur de son enfance, le jeune roi Louis XIV décide de faire construire à Versailles un palais qui par sa magnificence incarnera la grandeur et l’absolu de son pouvoir. Versailles, par ses fêtes, ses coucheries et un protocole lourd et futile divertit, divise et confine à la cour les puissants, faisant de Louis un monarque absolu.
    • Les oligarques, qui reprend le thème des oligarques russes sur une période démarrant vers la fin de l’époque Mikhaïl Gorbatchev, avant l’arrivée de Boris Eltsine. Le projet est piloté par Eric Rochant, qui a notamment oeuvré pour la chaîne crypté sur Mafiosa. Associé à Alex Berger (un ancien de Canal), le projet s’est doté d’un budget de 20 millions d’euros et cherche des coproducteurs et des scénaristes américains.
    • Pharaoh, développé par Tetra Media en coproduction avec Amana et E One en 12 x 52′, écrit par John Milius, l’un des créateurs de Rome sur HBO, réalisateur de Conan le barbare ou encore scénariste, entre autres, de L’inspecteur Harry ou d’Apocalypse Now, et par Daniel Knauf, le créateur de Carnivale sur HBO. La série se passe au XVe siècle avant JC. L’Égypte est dirigée par un roi ayant pour mission de veiller à l’harmonie entre les hommes et les dieux. À sa mort, débute une période d’incertitude et d’instabilité. La lutte pour le pouvoir fait rage entre deux pharaons : le jeune Thoutmosis III, qui deviendra le plus grand conquérant de l’Égypte, et sa belle-mère, la reine Hatchepsout, l’une des femmes les plus influentes de l’histoire ancienne. Voleurs, soldats, prêtres, scribes et concubines vont se mêler aux événements historiques.
    • Barbarella, dernier projet annoncé par Canal+ en 2013 qui sera le remake du film culte de R. Vadim (1968) avec J. Fonda. Un projet pour les geeks et les amateurs de cuissardes. La série a déjà trouvé son réalisateur en la personne de Nicolas Winding Refn (Drive). Adaptée directement depuis la BD éponyme de SF de jean-claude Forest, reste à trouver l’actrice mythique pour incarner l’héroïne principale.
    • Canal a aussi annoncé une très grosse série, le Tunnel en coproduction avec Sky et Shine Films (côté français) qui consiste en l’adaptation d’un format suédois et danois BROEN dont elle vient d’acquérir les droits. La série comptera 10 épisodes de 52 minutes (le tournage a commencé dans la région de Calais en France et de Douvres au RU). Le budget (19 millions d’euros) met l’épisode à environ 2 M€, soit presque le double d’un épisode franco-français de la chaîne. Le cinéaste Dominik Moll (Harry, un ami qui vous veut du bien, ou encore Le Moine) sera à la réalisation. Le pitch forcément proche de la série d’origine reprend le même déclencheur quand une célèbre femme politique française est retrouvée assassinée dans le tunnel sous la Manche, coupée en deux à la frontière. Les choses se compliquent quand les policiers découvrent que le bas du corps sectionné appartient en fait à une prostituée anglaise. Cet incroyable double homicide n’est que le début d’une vague de violence jamais vue auparavant. La police des deux pays frontaliers est contrainte à une difficile collaboration pour lutter contre un meurtrier en série qui se définit comme terroriste de la vérité, pointant au fil de ses meurtres, la banqueroute morale de la société moderne européenne.
  4. Les productions Luc Besson :
    • XIII.2, sur un budget de 35 millions de dollars, écrit par Roger Avary en 13 x 45′, la saison 2 sera diffusée en octobre.
    • Le vol des cigognes, sur un budget de 10 millions d’euros, réalisé par Jan Kounen en 2 x 100′. La mini-série sera diffusée en janvier-juin 2013.
    • La Patrouille Perdue/The Lost Patrol, une série de 12×52′ en développement.
  5. Les productions de la nouvelle trilogie produites par Gilles Galud pour La Parisienne d’Images sous la direction de Bruno Gaccio pour La Fabrique feront la part belle à la comédie et la jeunesse avec notamment :
    • L’île aux cons : un unitaire qui met en scène un homme qui découvre qu’il a le pouvoir de faire disparaître les cons qui lui pourrissent la vie. Ces cons atterrissent sur une île. Une île où il finira par atterrir lui-même et sur laquelle il vivra son pire cauchemar : vivre au milieu des cons, qu’il exècre. Un huis clos doublé d’une comédie sur la tolérance.
    • Loin de chez nous : un unitaire qui montre une troupe de soldats français en Afghanistan qui vit de petits trafics et de grandes plaisanteries. Mais lorsqu’une journaliste débarque pour filmer leur retrait, toute leur organisation est menacée. Une comédie politiquement incorrecte, écrite par un ancien soldat.
    • Sweet dream II : nous retrouvons, cinq ans après leurs déboires d’ados, Capucine, Julien et Enzo, la petite vingtaine, immergés dans le monde des jeunes adultes, avec leurs désirs et leurs problèmes bien particuliers. Vocations, convictions, interrogations… sauront-ils trouver leur voie ? Toujours inspirés par des faits réels, Gaëlle Royer et Jean-Philippe Amar nous montrent la vraie vie des jeunes, sans paillettes ni tabous.
    • Hard Saison 3 : après deux premières saisons vendues dans plus de quarante pays, Hard revient avec la joyeuse bande sexo-libérée de SophX qui se reconstitue autour d’un nouveau projet, loin du porno… mais pas si loin que ça. Personne n’échappe à son destin !

Un budget en hausse, une ambition affichée…

La future HBO se prépare. La rentrée de Canal est construite avec deux événements : les Revenants, la première série fantastique et le Vol des cigognes.
Canal+ peut-elle tout changer ? En affichant ses ambitions financières et artistiques, en reprenant Direct 8, il nous reste une lueur d’espoir, devant le déshonorant panorama de la fiction française actuelle qui fleure bon le sapin.
Certes, Canal+ ne fait pas forcément travailler les scénaristes et les talents français (préférant s’entourer de stars du grand écran et étrangères) mais les autres chaînes ne les favorisent pas vraiment non plus (cf. la dégradation des conditions de travail des auteurs). Nous pouvons donc peut-être espérer que face à cet acteur dynamique qui arrive sur leur territoire, TF1, M6 et France TV (80% du financement actuel de la fiction et du cinéma) vont sortir de leur torpeur. Espérons ! Qu’en pensez-vous ?

5 comm. sur « Canal+: une chaîne qui peut changer la fiction française? »

  1. Anonyme 007 écrit le 19 septembre 2012 à 19:44

    Un constat subjectif mais porté sur plus de 10 ans de visionnage et de comparatif sur les fictions françaises, toutes chaînes et tous genres confondus : Canal+ est la seule chaîne qui, massivement (c'est à dire de manière continue et régulière) produit de la fiction en s'appuyant sur des projets "originaux", c'est à dire faisant en grande partie confiance à des "idées" de fiction. C'est une stratégie qu'ils tiennent depuis le début. Ce sont les seuls.

    Je ne dis pas que tout est idyllique, loin de là; il y a parfois des plantages, des choses moins convaincantes mais ils ont, semble-t-il, compris une chose: on peut, on doit se servir des échecs (qu'ils soient d'audience ou narratifs) pour essayer de faire mieux. Et chercher à innover, quitte à passer à autre chose si ça ne marche pas.

    Grosse ombre au tableau: leur propension à fonctionner avec des stars (tant au casting qu'en conception;cf showrunning étranger ou co-productions internationales), qui laisse peu de places aux scénaristes français. Espérons que ça puisse évoluer…sans se faire trop d'illusions,non plus, a starification, les paillettes, le sens du grand spectacle étant dans leurs gênes.

    Résultat: qu'on aime ou pas les différentes fictions Canal+, ce sont celles qui brassent la plus grand diversité de genres, de formats, de style, etc. Quelle autre chaîne peut en dire autant?

    Arte y arrive parfois mais leur grille est plus confidentielle, leur audience limitée, leurs budgets plus restreints. Mais je crois qu'ils ont eux aussi une ambition éditoriale.

    TF1? Au moins leur positionnement est clair; cynique mais clair: on ratisse le plus large possible et on évite les sujets qui fâchent. Une obsession du "populaire" qui peut virer au populisme fictionnel (voir les diverses déclarations de la responsable fiction qui oppose systématiquement, et de manière très défensive, le bon goût du public à une vision supposée élitiste des auteurs; quand on sait que la fiction tv est le symbole parfait de la pop culture, c'est assez consternant). Bref de la télé conservatrice, en retard d'une grosse décennie…Ca durera ce que ça durera…

    Le plus problématique (et à mon sens le plus inacceptable) est le service public: avec une telle masse de fictions à produire, avec une mission et, en théorie, moins de pression d'audience (puisque moins de pression publicitaire), comment en est-on arrivé à un tel robinet d'eau tiède et de projets politiquement correct? Mais quand on est trop inféodé au pouvoir (ce qui est le cas du Service publique audiovisuel en France), l'intérêt n'est pas d'innover mais de garder sa place.

    Tant qu'il n' aura une réforme drastique de Fr2/Fr3, sur le modèle de la BBC par exemple, la notion d'innovation, de prise de risque créative ne sera qu'un discours de colloque….

  2. Ecrit écrit le 20 septembre 2012 à 08:09

    @007 : oui à toute votre démonstration. Pour expliquer pourquoi le groupe FTV continue de se gauffrer (70% de la production de fiction française quand même), c'est qu'il court encore dérrière l'audience malgré l'arrêt de la pub après 20h et malgré tous les beaux discours des politiques et des patrons de chaînes. Voilà pourquoi sur Arte c'est mieux, c'est que de toute façon, leur audience est très réduite, ils sont donc plus libres de tenter des choses (comme sur Canal d'ailleurs qui fait de la com institutionnelle avec ses productions maison tout en essayant de se faire un petit business à l'export). Tant que F2 essaiera de battre TF1, que F3 essaiera de battre M6, ils continueront de se prendre des bouillons…

  3. Erwan écrit le 25 septembre 2012 à 01:54

    la série n'est pas encore bien vue du côté des réal/acteurs & co. Ils sont peu nombreux à avoir fait une série alors qu'aux Etats-Unis, les plus gros programmes sont des séries. Ca va changer, il faut du temps.

    Oui Canal propose la meilleure offre mais y a des ovni ici ou là. Dommage qu'ils ne proposent pas la même exposition que sur Canal où l'on trouve rarement ces bonnes séries en prime.

  4. Anonyme écrit le 7 février 2013 à 12:56

    BROEN n'est pas diffusé sur Arte, vérifiez vos sources. Sinon article très intéressant. Merci

  5. Ecrit écrit le 7 février 2013 à 14:36

    @Anon : merci d'avoir rectifié cette erreur. Il me semble que c'est Canal+ qui en a acquis les droits. Il aurait été en effet préjudiciable pour la chaîne de voir diffuser la série originale sur une chaîne concurrente. Confirmez-vous ?

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