Et Clash a fait plouf!

Sujet(s) abordé(s) :

Encore raté : décidement, France 2 n’a pas de chance avec ses nouvelles séries. La chaîne lançait mercredi 9 mai 2012 Clash, série de prime time avec des protagonistes ados, vendue comme une sorte de Skins à la française.


Pour les néophytes, Skins est une série britannique dont le casting a mis en lumière des jeunes acteurs inconnus et qui raconte la vie dissolue d’un groupe de copains qui fréquentent tous le lycée fictif de Roundview Sixth Form College à Bristol, dans le Sud-Ouest de l’Angleterre. Jusqu’ici, rien de nouveau sous le soleil si ce n’est que la cible adulte du programme a permis de construire un ton trash et volontairement rebelle pour aborder les composantes de la jeunesse d’aujourd’hui où la sexualité, la toxicomanie, l’anorexie, l’homosexualité… en sont les problématiques quotidiennes, ce qui en fait presque un high concept (cf. le cours Le high concept, ou comment vendre son premier scénario à un producteur).
Résultats de notre côté de la Manche : le pilote de Clash s’est crashé et n’a intéressé que 2,66 millions de curieux (soit 9,7% de pda) et le second épisode de la soirée, encore pire, plus que 2,2 millions de téléspectateurs pour 8,4% de pda.

Une déculottée en règle : France 2 a fini quatrième de la soirée

Derrière Les Experts sur TF1, Des racines et des ailes sur France 3, et Pékin Express sur M6 !
Pour mémoire, même Antigone 34 qui vient d’être supprimée, avait fait mieux lors de son premier prime !
Après le lancement raté de la semaine dernière, j’attendais la réaction du public pour les épisodes du 16 mai : une sanction sévère pour le premier épisode suivi par à peine 1,64 million de fidèles (6,7% de pda), une claque sur le deuxième qui n’a réuni qu’1,4 million de curieux (6,1% de pda), ce qui équivaut à une perte de près de 900 000 téléspectateurs sur une semaine. Ce mercredi, la série a fini sa traversée du désert par un naufrage annoncé. En effet, pour sa troisième semaine de diffusion, les épisodes 5 et 6 ont fini leur course devant une moyenne 1,6 million de téléspectateurs (6% de pda).
Clash bénéficiera-t-elle d’une deuxième saison ? Je vous renvoie à ma brève

8 comm. sur « Et Clash a fait plouf! »

  1. tony écrit le 17 mai 2012 à 12:41

    Le problème de clash c'est peut-être justement aussi cette envie de proposer un ton réaliste comme l'ont clamé les producteurs de la série. Sur ce point, c'est réussi, les histoires tiennent la route et les personnages sont très identifiables mais y a-t-il vraiment un intérêt à proposer une série réaliste et surtout à un public jeune en France ?

    Je pense que justement au contraire, ce qui a fait la force de Skins dans notre pays, c'est cet univers fantasmé où le trash est poussé à l'extrême, où les personnages sont tellement torturés, tellement paumés, qu'ils en deviennent fascinants.

    Je ne pense donc pas qu'il y ait un réel intérêt à représenter des jeunes ados comme l'a fait France TV car on ne veut pas voir du documentaire mais avant tout de la fiction et je pense que France TV l'a oublié en cours de route…

    Il y a aussi ce problème de ligne éditoriale en effet car avec ce mélange adultes-ados mis sur le même pied d'égalité, on voudrait faire de cette série une série familiale et ça ne fonctionne pas du tout. Je pense qu'une comédie comme Fais pas ci,.. peut atteindre cet objectif grâce à ses qualités de comédie, une série policière peut aussi fonctionne dans ce sens mais une série avant tout dramatique ça me parait très utopique

  2. Fabrice O. écrit le 18 mai 2012 à 11:20

    Bonjour Julie !

    " tous les échecs des séries copiées telles quelles dont les codes de narration et de thèmes pourtant francisés n'ont pas rencontré d'échos : … Braquo sur Canal+ vendue comme un The Shield français "

    Sur Braquo je ne vous suis pas car la saison 1 a suffisamment bien marché pour avoir une suite. Après pour la qualité de la série … c'est une autre histoire. Malgré des qualités évidentes et de bonnes intentions, les cliffhangers des trois premiers épisodes sont inefficaces au possible. Et puis les différences de réalisations entre Marchal et Schoendoerffer sont assez hallucinantes. J'avais l'impression qu'il n y avait eu aucune concertation, ou ligne éditoriale dans la mise en scène et que chacun faisait ce qu'il voulait.
    Il est clair que Braquo n'atteint pas le niveau de The Shield, mais je crois qu'il faut éviter de comparer parce que ce n'est pas le même niveau. En fait on devrait éviter de comparer nos séries et les séries américaines sur les produits finaux. Par contre, il est primordial de s'inspirer de leurs méthodes de travail au niveau de l'écriture et de la production … J'écris ça mais en fait ce n'est pas à vous que je devrais l'écrire -_^

    Concernant Clash, j'ai vu les deux épisodes de ce mercredi. Ca ne casse pas des briques, mais ça se laisse regarder sans trop d'ennui. Les acteurs jouent bien et la réa est plaisante. Sauf la caméra portée du deuxième épisode. ( Les gars faut arrêter avec le syndrome Bourne hein !)
    Comme pour les hommes de l'ombre les histoires fonctionnent mais sans plus. Ca manque d'un "je ne sais quoi". En fait j'ai l'impression que ça ne va pas très loin. Je ne sais pas c'est peut être parce que les scénaristes, les prods et la chaîne veulent des fictions réalistes … Si c'est la vision qu'ils ont du réel, j'ai l'impression qu'ils sont un peu à côté de la plaque.

  3. Ecrit écrit le 19 mai 2012 à 07:38

    Merci Tony et Fabrice O. de nous avoir fait partager vos points de vue très intéressants. D'ailleurs je vous rejoins sur vos critiques principales mais nul besoin de tirer sur l'ambulance à ce niveau d'audience. Et pourtant, cette fiction a été faite par des gens très intelligents d'une part et talentueux d'autre part (j'ai travaillé pour Scarlett et je connais au moins une des auteures). Ce n'est donc pas un problème de contenu en soi, il s'agit d'une erreur conceptuelle de départ.
    Peut-être, faut-il rappeler qu'en fiction, comme dans tous les domaines, on ne part pas de zéro. Si vous voulez parler des ados en prime time, Skins a labouré le champ avant vous. Quand vous arrivez sur ses traces, vous devez chercher comment vous en démarquer, mais pas seulement : il va vous falloir créer un projet qui en soit suffisamment différent tout en vous appuyant sur la référence pour donner envie (en deux mots : il faut en faire un high concept, vous n'avez plus le choix). En effet, il ne suffit pas de se dire, le traitement sera plus réaliste, on parlera aussi des parents… donc ce ne sera pas pareil.
    Tout l'objet de cet article était de démontrer l'inverse : ce sera juste pareil mais, en moins bien ! On n'écrit pas en différenciation, car il n'y a aucun intérêt à le faire pour le téléspectateur et tôt ou tard, il préférera toujours l'original (cf. votre analyse sur Braquo). La fiction est concurrentielle, nous vivons dans la mondialisation et il n'y a rien de pire pour un créateur que de refaire ce qui a déjà été fait. Mais apparemment, tant que les diffuseurs continueront de soutenir ce genre de projet, la fiction française n'avancera pas. Je le répète : il faut arrêter de copier… quand on fait un poulet basquaise, ce n'est pas parce qu'on met plus de sel, moins de poivre et des épices que ce n'est pas un poulet basquaise …

  4. Ph. Lafitte écrit le 19 mai 2012 à 10:58

    Très intéressant ce débat qui évoque, au delà des éventuels "démarquages" de séries, un critère de sélection qui me paraît porter à confusion chez les diffuseurs, voire certains producteurs (et auteurs?): ce fameux critère de "réalisme". En quoi, pour un projet de fiction, ce critère est-il intéressant? N'y a-t-il pas confusion avec vraisemblance? Quelle est sa plus-value réelle au sein d'un projet? Une thématique précise justifie-t-elle ce critère? Si je conçois que pour une série historique (ex.Un village français), la notion de réalisme soit compréhensible ou souhaitable suivant le thème traité (encore qu'un Tarantino soit capable de se saisir d'un sujet à trame historique pour en faire une fiction totalement pas réaliste: cf Unglorious bastards), je ne vois pas trop en quoi ce serait un critère d'excellence pour un projet de série, y compris pour des sujets contemporains.Et je suis d'accord avec vous: ce qui fait l'intérêt de "Skins", ce n'est pas que ce soit spécialement réaliste, mais plutôt que la série pousse au contraire, la transgression jusqu'au bout. C'est aussi une vision très fantasmée de l'adolescence, mais ça permet, justement, de dire et de montrer ce qu'un réalisme programmé n'aurait pas permis.
    J'ai l'impression, qu'en France, on a un peu de mal avec la notion de "bigger than life" appliquée à un projet de série. Comme si on avait peur de ne pas être "crédible". So what? Oublie-t-on qu'une fiction, un roman , sont des transpositions du réel et non pas LE réel? Oublie -t-on que le spectateur qui se pose devant une série exprime en premier lieu un "contrat implicite" qui est d'accepter ce qu'on va lui donner à voir? Après, c'est la qualité de l' histoire, des personnages, ce qu'ils font résonner en nous (le cancer de Walter White dans B.Bad et la métamorphose d'un mec banal), ce qui nous fascine et nous trouble (Dexter, serial killer "sympathique"), bref, son intérêt original de récit, ses thématiques, qui vont faire que l'on restera ou que l'on décrochera très vite.
    Désolé d'avoir dévié du sujet initial (préférer l'original à la copie…;-) mais j'ai l'impression que le critère mal digéré, ou réflexe de vouloir faire une fiction "réaliste" (sous prétexte que le sujet s'y prêterait: ados, journalisme, hommes politiques, flics, etc) est peut-être un de ces éléments qui plombent la fiction française….Vouloir être "réaliste" n'est-il pas un prétexte plus ou moins conscient, de ne pas aborder l'audace d'un parti-pris, son originalité spécifique, autrement dit se cantonner au domaine du "low concept"…

  5. Ecrit écrit le 20 mai 2012 à 11:45

    @Phil : Je vous appuie sur votre analyse et sur la réponse que vous apportez à la question du réalisme en fiction. Beaucoup de diffuseurs ne veulent pas voir la différence entre vraisemblance et réalisme. Lorsque la première établit un code narratif et un contrat avec le spectateur (cf. le billet de Cédric dédié sur ce sujet), le second provient d'une esthétique de traitement qui doit se justifier par la vision d'auteur.
    Pour apporter de l'eau à votre moulin, et je reviendrai dessus avec des billets dédiés cette année (cf. le programme high concept 2012), les diffuseurs n'aiment pas faire de la fiction (risquée et peu rentable), et ils ont l'impression que plus le degré de fiction augmente, plus le risque augmente, ce qui a été contredit par le succès de nombreuses séries étrangères et notamment US. Mais, quand on leur oppose cet argument, c'est là qu'ils nous disent qu'en France, on ne sait pas faire et que les high concept, c'est bon pour les américains.
    C'est aussi une technique pour balayer d'un revers de main le point de vue d'auteur. En effet et je raccroche ici sur le thème initial du billet : il n'y a pas de mal après tout à faire du low concept si le point de vue et la vision du monde apportée par l'auteur sont forts (cf. Skins), or sur Clash, cette vision est absente, d'où cette soupe sans saveur, certes réaliste, mais où nous n'avons rien à nous mettre sous la dent. C'est bien construit, crédible, en un mot réaliste au sens documentaire, mais il y manque quelque chose. Ainsi, quand au nom du réel, on abolit la vision d'auteur, on obtient ce qu'on mérite. Et si en plus, on n'est pas le premier sur le thème, c'est encore pire. Cela traduit aussi le déséquilibre actuel des pouvoirs : les scénaristes qui construisent des concepts, créent des univers sont les derniers à pouvoir imposer leur vision et ne reconnaissent en général pas leurs bébés au final. Ils sont trahis et le téléspectateur aussi.

  6. Anonyme écrit le 26 mai 2012 à 16:46

    Personnellement j’ai regardé les deux premiers épisodes de cette série, et j’ai senti un « malaise » dans la narration. Le concept se développe sur le principe « Un épisode = Une famille », avec des adolescents ayant des problèmes différents.
    C'est parce que la série semblait à cheval entre le concept « fais pas ci-fais pas ça » et celui de « skins », en oubliant de développer son propre style et son potentiel, qu'elle a échoué.

    La série était trés "politiquement correcte", alors qu'elle était présentée comme "réaliste" et limite "trash".
    Résultat : La (courte) rébellion des adolescents était tout de même gentillette et les parents étaient très présents à l’écran.

    Mentir aux spectateurs n'est pas une bonne politique et se paie cash.

    Et puis, que voulait-on nous raconter, exactement ?
    Les problèmes de l'adolescence selon le point de vue des adolescents, ou celui des parents d’adolescents ?

    Ce n'est pas très clair, et l'interaction des personnages (pour ce que j'en ai vu) était très limitée.
    Sinon, le propos n'était pas déplaisant. Mais pas trasnscendant non plus.

    Dommage, mais après tout, on apprend beaucoup des "échecs".

  7. Fabrice O. écrit le 30 mai 2012 à 08:05

    Je ne résiste pas à l'idée de vous faire partager ce lien http://denyscorel.over-blog.com/article-34414720.html qui donne une idée du pourquoi du comment d'un Clash !

  8. Ecrit écrit le 30 mai 2012 à 09:13

    @anon : merci de votre analyse qui rejoint tout à fait la mienne. Je n'ai rien de plus à ajouter sinon que cette façon de faire de la fiction ne pourra pas tenir la distance sur les prochaines années, enfin je l'espère ;-)…
    @Fabrice : et même si les pratiques de certains producteurs évoluent peu…! Merci d'avoir partagé ce retour d'expérience tout à fait représentatif d'une certaine profession ! C'est en partie pour ça que Cédric et moi ne faisons pas de commande : quitte à prendre tous les risques, autant se servir, non?

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