Comment écrire un bon méchant?

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On dit souvent en scénario qu’il n’y a pas de bon héros de fiction sans bon méchant à battre, mais comment trouver les caractéristiques qui ont fait les meilleurs antagonistes de fiction ? De Dark Vador en passant par Buffalo Bill, ou encore Hans Gruber, le Joker, le T-1000 mais aussi le Duc de Guise, Folcoche et beaucoup d’autres ; les méchants emblématiques ont tous un petit quelque chose de terrifiant.


Curieusement, quand j’y pense, beaucoup de noms de méchants de films américains me viennent en tête (Hannibal, Norman Bates, Michaël Corleone, le Sheriff de Nottingham, Keizer Söze, etc.) alors que du côté français, à part certains personnages historiques (Richelieu, Mazarin, etc.), ma tête est vide. C’est que la plupart des grands méchants du cinéma US sont en fait des méchants de films de genre (d’action ou de thriller par exemple), genres encore trop peu usités en France, face à l’omniprésence du drama, film psychologique par excellence, rempli d’antagonismes internes.
Tout dépend donc de la situation dramatique, du genre et du type d’histoire racontée. Mais voyons plus loin, c’est parti !

Faire un bon méchant en se servant des genres et de leurs archétypes

  1. Écrivez votre méchant à l’aide d’archétypes de méchants
    • Le méchant séduisant : c’est ce type de méchant qu’on trouve en général intéressant bien que mauvais. Dark Vador, Hannibal Lecter en sont de bons représentants. Malgré leur essence pervertie, il y a toujours quelque chose de fascinant en eux, un mystère, des aptitudes surnaturelles, etc. La plupart du temps, ce type de méchants coexiste avec un autre méchant bien pire. On les trouve du coup toujours plus acceptables et au final, on a presque envie de les sauver même s’ils ont fait le mal. Dark Vador est un petit joueur face à l’Empereur dans Le retour du Jedi, Lecter a l’air d’un chaton face au serial killer Buffalo Bill dans Le silence des agneaux, etc. Attention cependant à ne pas les rendre trop sympathiques au risque de perdre votre force antagoniste et donc votre source principale de conflits !
    • Le méchant torturé : c’est un méchant à plusieurs détentes. En général, l’histoire nous explique pourquoi il est devenu méchant même si au départ, ce n’était pas une mauvaise personne. Ce type de méchant a une profondeur psychologique, il a un passé et une faille (cf. le cours dédié pour connaître la différence entre faille psychologique et faille morale). Javier Bardem incarnant Silva dans Skyfall en est une parfaite illustration. En général, l’histoire nous donne les clés pour comprendre ce type de personnage, qui fait qu’on pourrait presque sympathiser avec lui. Le danger de ce type de méchant est d’en faire un être plus attractif que votre héros (car il vit plus de conflits). Une bonne façon d’éviter cet écueil est de montrer son côté obscur de façon claire (Bardem n’hésite pas à tuer une innocente par plaisir par exemple ou de s’en prendre à quelqu’un sans défense) quitte à justifier l’injustifiable…
    • Le méchant très très méchant : c’est le méchant standard en somme. Il est mu par une force intérieure maléfique et ne reculera devant rien pour détruire votre héros. Annie Wilkes (Misery), Buffalo Bill (Le silence des Agneaux) en sont des exemples. Ce sont par nature de mauvaises personnes mais attention à ne pas rester superficiel avec ce type de méchants : si vous ne leur donnez pas assez d’épaisseur psychologique, vous les videz de leur substance et ils ne sont plus terrifiants, ils sont juste bêtes et méchants. C’est l’erreur de beaucoup d’amateurs. Leurs méchants font le mal juste parce qu’ils sont méchants. Pour remédier à ce problème, n’oubliez pas d’ajouter une solide motivation à leurs actions. Hans Gruber (Die Hard) veut son argent, Annie est obsédé par les livres de Paul Sheldon, le Terminator veut trouver et tuer Sarah Connor. Le secret est de donner à votre méchant sa part d’humanité, n’en faites pas une personne entièrement mauvaise ou bien assurez-vous que ses objectifs soient les mêmes que ceux de votre héros pour créer un conflit récurrent.
  2. Écrivez votre méchant à l’aide du genre (cf. notre cours pour apprendre à différencier les genres marketing, des genres du scénariste)
    • Le méchant de comédie : en général, il repose sur l’archétype du Salaud (ou Bastard, cf. les 8 archétypes de comédie). Il est souvent drôle en soi, mais il doit tout de même être capable d’être menaçant, d’où la difficulté à le travailler. Attention à ne pas le rendre complètement stupide sous peine d’éradiquer toute forme de menace sérieuse. Ce sont des personnages comme le Capitaine Monastorio dans Zorro. Une des façons les plus sûres de composer un méchant de comédie efficace est de lui ajouter un trait de caractère secondaire comme l’arrogance qui nous donne tout de suite l’envie de le voir à terre.
    • Le méchant de polar (cf. notre cours sur l’écriture du genre policier) : comme trouver l’identité du méchant constitue l’enjeu du mystère policier à résoudre, il n’apparaît souvent qu’au dernier acte. Vous vous retrouvez donc avec un manque d’antagonisme pendant l’ensemble du film. Or il faut toujours une force antagoniste pour contrer les actions du héros. Pour être sûr de ne pas se rater lors du climax (cf. le dévoilement du mystère lié aux impératifs du genre), il faut donc que vous trouviez une autre force antagoniste. Dans Usual Suspect par exemple, cette difficulté a été évitée en donnant une tâche conflictuelle à l’équipe de malfrats (cf. notre cours pour apprendre à trouver une tâche originale). La police, Keizer Söze incarné via son avocat et d’autres malfrats rivaux sont les antagonistes relais pendant les deux premiers actes. Il est donc important avec ce genre que vous vous donniez la peine de créer d’autres antagonistes pour générer du conflit jusqu’à la révélation finale.
    • Le méchant du film catastrophe : comme il faut toujours un antagoniste face à votre héros, la plupart des scénarios de ce genre incarnent l’opposant par une force antagoniste destructrice. C’est le cas dans tous les films de survie ou catastrophe où le méchant n’est autre que l’ouragan, le volcan, etc. Ce type d’adversaire est d’ailleurs souvent très puissant. Dans Le jour d’après, les héros se battent contre une tempête, dans Twister contre des ouragans. Mais même dans ce genre de films catastrophes, il y a toujours des antagonistes incarnés : des gens du groupe qui ne veulent pas suivre les ordres ou qui prennent des risques, des individualistes qui veulent sauver leur peau à tout prix aux dépens des autres, etc. C’est le cas dans Lost avec le personnage de Sawyer par exemple. Quand des forces destructrices s’acharnent contre vos personnages, l’opposant est incarné. Par sécurité, n’oubliez pas de rajouter d’autres opposants, cela vous aidera à structurer et à créer du conflit supplémentaire.
    • (Ces quelques exemples ne constituent pas bien sûr une liste exhaustive.)

  3. Écrivez votre méchant à l’aide de traits de caractérisation secondaires
  4. Croiser le méchant type d’un genre avec un archétype n’est pas suffisant pour incarner un bon méchant, il vous faut maintenant lui donner des vices spécifiques qui feront que nous adorerons le détester. Ce sont des traits de caractérisation secondaires propres qui vont lui donner encore plus d’épaisseur, en voici quelques exemples :

    • La fourberie : tout le monde déteste les menteurs ou les opportunistes qui retournent leurs vestes ou renient leurs promesses sans même se soucier de ceux qui en pâtissent. C’est presque le défaut le plus souvent donné à un méchant. Pensez à Norman Stansfield (dans Léon) magistralement incarné par Gary Oldman. Nous détestons tous ce type de personnages.
    • L’arrogance : un défaut au plus haut point agaçant qui nous donne immédiatement l’envie de rabattre son caquet à un méchant qui peut aller jusqu’à souhaiter sa mort. C’est le cas pour le Joker dans Batman, ou pour Simon Phoenix dans Demolition man.
    • La perversion : froids et anormalement calmes, ce sont les méchants sociopathes qui ne ressentent aucun remords lors des meurtres terrifiants qu’ils commettent. Ils ont juste ce regard vide sans émotion sur leur visage : pensez à Kevin Spacey dans Seven, à Javier Bardem (encore lui) dans No Country For Old Men ou encore au T-1000 dans Terminator 2 qui même s’il n’est pas humain se comporte comme un véritable serial killer extrêmement puissant.
    • L’intelligence : qualité rare pour un méchant, quand l’intelligence est utilisée pour faire le mal, elle créé un effet amplificateur de la force de votre méchant, ce qui constitue une menace puissante quand l’antagoniste est au même niveau que votre héros. Faire de son méchant, un homme ou une femme intelligente donne ainsi une autre dynamique à votre histoire parce que votre héros ne peut pas juste compter sur sa force ou ses qualités athlétiques. Pensez à Keiser Söze qui berne les flics et les malfrats, Moriarty, le seul à pouvoir se mesurer au grand Sherlock Holmes ou encore à Hannibal Lecter ou même le T 1000 (un robot ultra perfectionné) !
  5. Servez-vous de votre méchant pour structurer
    • Le méchant incarne la faille du héros : avec ces quelques défauts, vous constatez que vos méchants sont en fait rarement méchants en soi. Ce sont juste des personnages ultra-motivés et prêts à tout pour arriver à leur fin, quitte à balayer d’un revers de main la morale et la justice. Leurs failles sont en général liées à leur activité illégale ou monstrueuse (l’avidité, l’avarice, la volonté de puissance, l’égo, la perversion, etc.) car ils incarnent en fait la faille du héros. Le méchant est ainsi le plus fort là où votre héros est le plus faible. Cette mécanique vous permet de créer de l’antagonisme de façon récurrente sans vous fatiguer. Prenez l’exemple de Seven, l’inspecteur Mills (Brad Pitt) voit le monde en noir et blanc et sous-estime son adversaire qu’il prend pour un psychopathe imbécile. Sa faille est alors incarnée par un serial killer, aussi froid que l’inspecteur aime sa femme et aussi intelligent que l’inspecteur est bas du front.
    • Le méchant est surmotivé : la plupart des méchants ne sont inquiétants que parce qu’ils sont prêts à aller jusqu’au bout pour leurs objectifs. Prenez le T-1000 dans Terminator 2 par exemple : il a été programmé pour éliminer John Connor afin que les machines gagnent la guerre dans le futur. C’est un objectif simple et fort. Nous comprenons ainsi pourquoi il poursuivra John Connor jusqu’au bout. Certains méchants n’ont pas forcément des objectifs aussi forts et intangibles mais ils se trouvent d’une façon ou d’une autre sur la route de vos héros et ils doivent constituer une menace sérieuse à l’obtention de leurs objectifs. Si vous ne leur donnez pas d’objectifs forts, vous risquez de rendre vos méchants illégitimes et il n’y a rien de pire pour un spectateur.
    • Le méchant est puissant et plus fort que votre héros : bien évidemment, si votre méchant est plus faible que votre héros, nous n’aurons jamais aucune inquiétude sur la capacité du héros à atteindre son objectif. C’est ainsi qu’un méchant n’est pas juste un obstacle, c’est une épine dans le pied de votre héros. Le spectateur doit pouvoir douter de la capacité du héros à le vaincre. Quand Luke Skywalker se retrouve seul face à Dark Vador, nous avons toujours un doute sur sa capacité à le vaincre. Nous savons qu’il devra se surpasser et vaincre ses propres failles de confiance en lui pour le vaincre.
    • Le méchant a souvent une histoire triste à raconter : vous pouvez utiliser une Backstory pour donner de la profondeur à votre antagoniste, pour expliquer comment votre méchant est devenu un mauvais type. Cela vous sert à donner du relief à votre histoire, à ajouter une pastille qui n’a pas besoin d’être longue mais qui donnera une indication du passé du personnage, une trame de fond. Quand Silva dans Skyfall (Spoilers !!!) explique qu’il a été trahi par le MI6, ce qui l’a obligé à avaler du cyanure et à être brûlé de l’intérieur, nous n’avons pas besoin d’en savoir plus pour comprendre ses motivations.

En espérant qu’avec ces quelques conseils, vous arriviez à concocter de bons méchants, n’hésitez pas à partager avec nous vos propres recettes pour créer de bons vilains car il n’y a rien de plus délicieux que de jouer avec les vices de nos antagonistes. À vous !
Vérifiez que vous avez acquis tous les outils pour construire vos personnages avec la check-list du protagoniste.

Un commentaire sur « Comment écrire un bon méchant? »

  1. Natacha écrit le 16 novembre 2012 à 13:16

    De très précieux conseils surtout pour les débutants qui auraient tendances à faire des "méchants très méchant" un peu vide !

    Merci

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