Comment écrire un film émouvant et faire pleurer le spectateur

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En dramaturgie, faire pleurer peut s’apprendre, au même titre que faire rire ou surprendre. Pour cela, je conseille de maîtriser au moins deux techniques, car émouvoir est au fond l’objectif de tout auteur.

  • Premier moyen : utiliser la frustration du spectateur. Un personnage qui vit du conflit n’est pas suffisant pour émouvoir. Le conflit est certes visuel, mais il n’est cependant pas suffisant pour nous tirer des larmes. Grâce au conflit, vous intéressez et vous générez un moteur dramatique, mais pour émouvoir, il faut construire vos scènes sur le mode de l’INCAPACITÉ. La caméra se porte sur le visage de celui qui est dans l’incapacité d’agir, nous ressentons la frustration du personnage et… c’est émouvant (snif !)

    Une mère voit son bébé dans son landau dévaler les escaliers (Le Cuirassé Potemkine, Sergueï Eisenstein, 1925, scène reprise en 87 par Brian de Palma dans Les incorruptibles). C’est parce que le personnage ne peut rien faire à la catastrophe qu’il voit se dérouler pour un être qu’il aime, que c’est émouvant.

    Cette incapacité est déclinable à l’infini (exemple : un homme humilié en public par son patron).

  • Seconde méthode : faire payer une ironie dramatique (méthode qui doit être préparée en amont avec des inserts et un paiement final). Pour cela, il faut que le spectateur dispose d’une information que le personnage n’a pas encore (l’essence même de l’ironie dramatique). En donnant des informations au spectateur, vous l’avertissez en quelques sortes d’un retournement final. Quand vous faites payer l’ironie dramatique, vous créez artificiellement un climax pour votre personnage. Celui qui n’avait pas une information cruciale va apprendre la vérité. Le spectateur attend cette réaction. Plus l’information est grave, plus l’effet peut être grand.

Il est évidemment possible de cumuler les deux techniques dans une même scène. C’est le cas dans la vidéo ci-dessous (hélas supprimée de Youtube), extraite de Toy Story 3, Oscar 2011 du meilleur film d’animation, dans laquelle les jouets découvrent l’un après l’autre — et après le spectateur —, leur mort imminente. Est-il besoin de préciser que plus nous avons vécu des choses avec les personnages avant cette scène (cf. le cours vidéo pour apprendre le principe de l’identification secondaire), plus nous sommes émus ?
Et vous mes chers lecteurs, quelle scène vous a ému aux larmes récemment ?

10 comm. sur « Comment écrire un film émouvant et faire pleurer le spectateur »

  1. Tom Wit écrit le 25 avril 2013 à 13:21

    la fin de Toy Story 3 justement, l'aspect nostalgie m'a bluffé
    Après c'est souvent lié a des convictions personnelles. La mort d'animaux m'émeut plus que la mort d'enfants dans les films

  2. Anonyme écrit le 25 avril 2013 à 14:34

    Je pense tout de suite aux films de Clint Eastwood et plus précisément Mystic River. Sean Penn se rend sur la scène de crime ou a été découvert le corps de sa fille. Bien sur auparavant leur relation "fusionnelle" nous avez été présentée. La douleur de cette "ancienne" brute (personnage campé par Sean Penn) contenue dans ce cri, et cette mise en scène lente et aérienne me fait toujours un effet fou 😉 Grosse larme…

    Sinon, en général les films ou le perso principal veut atteindre le rêve de sa vie qui est à des années lumières de lui. Ce petit moment juste avant la réussite… J'adore…

    Peut être parce que je rêve de devenir scénariste 😉

  3. Emeric Jacquot écrit le 25 avril 2013 à 14:46

    La fin de Lost, de BattleStar Galactica, de Fair Game, (le moment de la réconciliation du couple).
    Sur les séries: on s'attache généralement plus facilement aux personnages, vu la durée des histoires et l'évolution de leur personnalité, qui captivent le spectateur, est plus longue qu'un film.

  4. thierry écrit le 25 avril 2013 à 16:18

    Gros fail pour la poussette cédric, c'est dans les Incorruptibles !
    🙂
    corrigez et effacez ce message.

  5. Paul Dubois écrit le 25 avril 2013 à 17:44

    Bonjour !

    Je ne parlerais pas de scène émouvante à proprement parler, mais d'un film émouvant. J'ai vu récemment Il était une fois en Amérique, il confirme son statut de chef-d'œuvre, de mythe inclassable que la musique d'Ennio Morricone transcende.

    Les œuvres de Sergio Leone donnent l'impression de vivre des opéras lyriques, constituées de scènes simples, insignifiantes pourtant jubilatoires et d'autres plus intenses (ma préférence va pour la première catégorie), qui amorce une montée dramatique croissante. Avec Robert de Niro dans le rôle titre, le réalisateur arrive à nous raconter une épopée sanglante et nostalgique sur le gangstérisme des années 1930 ; c'est, avant tout, le récit d'une amitié, d'un amour et surtout d'une vie.

    Ma préférence se dirige vers le superbe flashback accompagné de la musique intense qui nous rappelle ce que nous avions vu 3 heures plus tôt (le film est d'une longueur exceptionnelle, 4 heures) ce qui renforce le sentiment de nostalgie.

    En ce qui concerne l'ironie dramatique, dans Il était une fois dans l'Ouest, on pourrait citer la scène de la gare où Claudia Cardinale attend son époux qui ne viendra jamais (il est tué juste avant par des mercenaires) et croit qu'il l'a abandonnée.

    J'en profiterais d'ailleurs pour vous demander où en était ma petite contribution (il n'y a rien de mieux que de de se rafraîchir l'esprit).

    Cordialement,

  6. Ecrit écrit le 26 avril 2013 à 12:38

    @Tom Wit: En effet, certaines choses nous touchent plus que d'autres en fonction de notre vécu. Mais heureusement pour nous autres scénaristes, les spectateurs partagent tout de même des valeurs morales et culturelles communes, sur lesquelles nous pouvons jouer. Enfin normalement… Si vous pleurez à la mort d'animaux mais pas à la mort d'enfants, vous n'êtes pas sur le bon site ;o)

  7. Ecrit écrit le 26 avril 2013 à 12:45

    @Anon: Bon exemple, cette scène de Mystic river, merci. Clint Eastwood est en effet passé maître dans l'art d'utiliser ces deux techniques ! (Gran Torino, César 2010 du meilleur film étranger… et Kleenex d'or en ce qui me concerne.)

  8. Ecrit écrit le 26 avril 2013 à 16:27

    @Emeric Jacquot: Bien vu. Je dirais qu'on s'attache beaucoup aux personnages de séries, mais pas plus facilement. Au prix de nombreuses heures passées avec eux au contraire ;o)

    @Thierry: Je ne vois pas du tout de quoi vous voulez parler… ;o) Blagues à part, merci pour cet erratum !

  9. P. Etienne C. écrit le 13 mai 2013 à 09:14

    Le cri silencieux du parrain dans la parrain 3 à la mort de sa fille. Mais qui doit beaucoup a l'interprétation et à ce hurlement de silence presque façon "Buto".
    rivière de larmes pour moi !
    Sinon c'est également vrai aussi pour LE Clint et plus pour moi "The Bridges of Madison County" et La fin de Battlestar Galactica.

  10. Ecrit écrit le 14 mai 2013 à 14:18

    @P. Etienne C.: Si si, la scène finale du Parrain III est une belle illustration de cette technique, merci ! (Pacino y est excellent, mais on attribue souvent aux comédiens l'émotion qui est en fait principalement induite par la dramaturgie et la grammaire cinématographique; cf. l'expérience de Koulechov).

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