Comment éviter les erreurs du scénariste débutant?

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Voici un petit récap des erreurs types du scénariste débutant que j’ai répérées en lisant plusieurs scénaristes américains qui racontaient leurs expériences soit en tant que lecteurs, soit en tant qu’auteurs. Je ne résiste pas à vous en faire une petite synthèse.

  1. Le scénariste débutant ne veut pas réécrire ou réécrit très peu son texte

  2. Beaucoup de débutants pensent que leur premier draft est assez bon comme ça. Ils ne le font pas beaucoup relire, ne tiennent pas compte des remarques ou des critiques. Ils veulent juste entendre des compliments (qui ne le souhaite pas d’ailleurs, c’est légitime même si c’est une erreur).

    C’est souvent la raison pour laquelle peu de producteurs font l’effort de lire ce qui leur arrive par la poste (cf. le billet que j’ai écrit Envoyer un scénario : Comment être lu ?). Ils n’ont pas de temps à perdre.

  3. Le scénariste débutant croit qu’il va avoir le César à son premier essai

  4. Il faut parfois des années de travail pour acquérir les techniques de base du scénario. C’est tout l’enjeu de la formation dispensée sur ce blog. C’est un métier difficile, c’est pour ça que vos premiers scénarios seront mauvais que vous ayez des facilités ou pas, des bonnes idées ou pas. Les histoires de ceux qui ont perçé à leur premier scénario ne sont que des légendes.

    Personne n’a jamais réussi du premier coup (pensez à Néo dans Matrix, même l’élu tombe la première fois du gratte-ciel).

  5. Le scénariste débutant crée souvent des personnages clichés

  6. Plus que tous les autres défauts, celui-ci est le plus révélateur. Les personnages des auteurs débutants sont souvent sous-développés, peu motivés ou passifs (sans réels objectifs), les méchants ne le sont pas assez, les alliés n’ont pas de complexités… C’est pourquoi il est difficile de s’attacher à eux et de s’intéresser à l’histoire même si elle peut être originale par ailleurs.

  7. Le scénariste débutant oublie de tendre ses histoires ou d’installer une horloge dramatique

  8. La première règle quand on écrit est de river le télespectateur à son siège. Cela veut dire capter l’attention du public (des techniques vous ont été données à ce sujet dans le chapitre sur les séquences d’ouverture : Identification secondaire : comment accrocher le spectateur par exemple).

    On peut aussi jouer sur les émotions, et notamment créer un maximum de conflits et de tensions entre les personnages. Mais le plus souvent, les jeunes auteurs se laissent gagner par l’inertie de leur écriture et ils perdent en tension à mesure que les pages défilent au point parfois de perdre leur lecteur qui finit par se désinteresser du sort des personnages ou de la fin de l’histoire.

  9. Le scénariste débutant se focalise sur l’IDÉE et non pas sur l’EXÉCUTION

  10. Il est normal d’être excité par une idée originale, un déclencheur fort mais cela ne suffit pas, et loin de là (cf. la construction du 1-2-3 et la rédaction du synopsis : comment écrire un synopsis, exemple de synopsis court).

    Il est essentiel de vous contraindre à travailler votre histoire dans sa globalité en rendant originale la tâche de vos personnages même si c’est la partie la plus rébarbative.

  11. Le scénariste débutant ne comprend pas que le cinéma et la TV sont des sports d’équipe

  12. Le rôle d’un scénariste est d’inspirer une équipe entière. Du réalisateur, en passant par les costumiers, jusqu’aux acteurs, le scénariste n’est pas censé être un expert de tous les autres métiers du cinéma, mais il doit en avoir une compréhension générale.

    Écrire pour un budget est ainsi une qualité essentielle de tout scénariste professionnel. Beaucoup de débutants écrivent ainsi leur premier film sans tenir compte au minimum des contraintes de production telles que le fait de devoir prévoir un studio, ou trouver des extérieurs qui correspondent. Résultats : leur matériel est inexploitable pour les autres professionnels.

  13. Le scénariste débutant ne se focalise pas sur la structure, à tort

  14. Très souvent, les jeunes scénaristes se jettent dans des dialogues ou des scènes d’action sans se préoccuper de savoir si ces scènes s’intègrent à leur structure, à leur genre, où si elles sont vraiment importantes pour leur histoire. De même, beaucoup de jeunes auteurs choisissent d’écrire des chroniques, ou d’exploiter des pages de vie quotidienne. Toutes les histoires peuvent se raconter sous la forme d’une chronique, mais cela reste encore trop général.

    Il faut rechercher les genres spécifiques de votre histoire si vous voulez retenir l’attention du public. Ce dernier n’ira pas voir une chronique de tel ou tel personnage, mais sera volontiers intéressé par un thriller, ou une comédie romantique, etc. Les gens vont au cinéma pour voir des histoires. Choisir un genre (cf. notre cours sur les genres du scénariste) peut vous permettre de mieux marketer votre projet et de le faire distribuer plus correctement.

  15. Le scénariste débutant ne donne pas un objectif concret à ses personnages
  16. Une des lois majeures du scénario est de créer un ou des objectifs concrets pour un personnage (concret signifiant filmable, ou réifié par un objet, etc.) Les auteurs débutants se contentent souvent d’objectifs vagues tels que X veut s’échapper de sa vie monotone (infilmable), souhaite quitter Paris (trop vague, comment, en combien de temps…), aspire à un changement dans sa vie (trop général), etc.

    Les objectifs dans vos histoires doivent pouvoir être mesurés : si votre personnage veut quitter Paris, il faut préciser comment et à quelle heure, contre quels obstacles. L’objectif devient alors concret et filmable.

  17. Le scénariste débutant ne créé pas de failles à son protagoniste
  18. Les auteurs professionnels donnent toujours à leurs personnages des failles et des problèmes qu’ils doivent résoudre en même temps que leur objectif. Le protagoniste aura un problème (déclencheur), un objectif concret, et des obstacles à gérer, mais il aura aussi à gérer ses propres problèmes, ou sa faille.

    Pour caractériser une faille, vous pouvez la prendre sous deux angles, soit psychologique (faille interne qui blesse la personne elle-même), soit morale (faille externe qui blesse les autres). Le défi du personnage est ainsi double, sa faille est d’ailleurs associée en général au problème qu’il doit régler, et dont il aura la révélation à la fin. Plus la faille de votre personnage vous touchera, plus vous aurez à coeur de la mettre en valeur, et de la rendre intéressante pour le spectateur, autant que pour le personnage.

  19. Le scénariste débutant n’a pas une écriture visuelle
  20. Un très bon scénario est un scénario que vous pouvez visualiser. Les images sortent en quelques sortes de la page. Tout le défi pour l’auteur est de créer un style personnel qui conjugue image et mots pour donner à voir une histoire. Les scénaristes professionnels écrivent en images avec des mots… à méditer.

  21. Le scénariste débutant ne lit pas de scénarios

  22. Aussi étrange que cela puisse paraître, beaucoup de jeunes auteurs ne font pas l’effort de lire des scénarios. Il est vrai qu’il est plus difficile d’en trouver en France qu’aux États-Unis, mais avec un peu d’acharnement, on arrive à en trouver (au moins pour les films à succès). C’est une dimension essentielle. Pourriez-vous imaginer un musicien qui n’aurait jamais étudier de partitions ?

    Lire un scénario, regarder un film, relire, et re-regarder un film sont absolument nécessaire à tout scénariste qui veut devenir professionnel. Il est aussi important de voir concrètement par écrit comment un auteur a structuré ses intrigues. N’hésitez pas à consulter le cours sur le break down inspiré des techniques de showrunner américain.

La liste n’est pas exhaustive et chaque scénariste doit faire avec ses forces et faiblesses. Mais quand vous vendrez vos premiers projets, n’oubliez pas ces petites recommandations…

8 comm. sur « Comment éviter les erreurs du scénariste débutant? »

  1. Anonyme écrit le 5 mars 2012 à 11:45

    Bon ben voilà quoi! Merci Julie!
    Ce qui est sûr c'est que je me reconnais bien là-dedans…
    Il faut se former, j'en conviens, et encore une fois merci de cette formation et de ces conseils. Mais alors où trouver des lecteurs qui nous aident à repérer nos erreurs et à progresser?
    Fanny

  2. Ecrit écrit le 7 mars 2012 à 12:35

    Chère Fanny, merci de votre retour. Pour progresser, vous pouvez toujours mettre à contribution vos proches mais rien ne vaut un point de vue professionnel évidemment. J'ai synthétisé une série de conseils dans un précédent billet intitulé Envoyer un scénrario : comment être lu qui vous aidera peut-être à récolter plus d'avis critiques sur vos oeuvres. A très bientôt et tenez nous au courant de vos progrès.

  3. Anonyme écrit le 1 mai 2012 à 08:19

    Bonjour Julie,

    Merci bcp pour ces conseils éclairants et éclairés 🙂
    Le dernier m'interpelle, en effet, car j'ai bien essayé de lire des scénarios de films qui m'intéressait mais cela relève bien du parcours du "Padawan" ! 😉
    Si vous pouviez prévoir une petite "capsule" la dessus, ce serait sans nul doute très utile aux novices dont je fais partie 🙂
    Sur ce excellente fête du Muguet 🙂
    Merci, merci;
    Linda

  4. Ecrit écrit le 1 mai 2012 à 08:36

    Chère Linda,
    Je sais qu'il n'est pas aisé de lire facilement des scénarios en France. Certains scénarios de grands films ont été publiés, mais pour lire des projets en développement, c'est quasi impossible si vous ne travaillez pas dans le secteur. Il n'y a pas de marché de "specs scripts" en France, c'est-à-dire qu'un auteur ne développe jamais un projet totalement, il écrit d'abord une bible en TV, et ne commence à écrire un long-métrage que s'il a une commande d'un producteur, qui en détient donc les droits.
    Il ne vous reste donc malheureusement que les scénarios anglais ou américains mais il faut savoir parler la langue. Vous en trouverez sur des sites Internet spécialisés, et même sur le site de la BBC par exemple.
    Cédric et moi allons essayer de remédier un tout petit peu à ce problème en vous donnant quelques exemples de notre travail cette année.
    Merci par avance de votre fidélité. JS

  5. Anonyme écrit le 4 mai 2012 à 07:37

    Bonjour Julie,

    Merci beaucoup pour votre réponse détaillée et rassurante dans une certaine mesure ! 🙂 . Vous confirmez ce que je pensais à savoir que je m'épuisais dans le désert à chercher quelque source d'apprentissage (tel que conseillé dans le dernier point de votre 'post') grâce aux scénarios de professionnels (en langue française) et/ou tout simplement parcourir le synopsis d'une œuvre que j'ai eu plaisir à voir sur le grand écran 🙂
    Au hasard d'une brocante printanière, j'ai toute de même pu mettre la main sur un petit ouvrage qui reprenait le scénario du film de P.Almodovàr, 'La Mauvaise éducation'. Et depuis, c'est bien la seule publication que j'ai pu trouvée dans une édition bilingue !!!

    Alors, si je vous comprends bien il faudrait, pour la France, que les producteurs acceptent de publier les scénarios pour avoir accès à ce type de littérature en français ??! Grrrrrr ;

    En tout cas, je renouvelle mes 'Mille merci' à vous deux pour toute la la considération formatrice et conviviale que vous apportez !
    Linda (Fidèle lectrice, assurément 🙂
    Belle journée.

  6. Natacha écrit le 15 mai 2012 à 20:44

    Oui moi aussi je veux bien lire des scénarii si vous en trouvez faites moi signe parce qu'ils sont rares ! pourtant ça aiderait bien pour en apprendre beaucoup sur leur structure…

  7. cocodemontreuil écrit le 11 juin 2012 à 17:07

    Je mets un tout petit bémol, Julie, à l'idée qu'un spect d'un débutant ne peut pas être acheté. J'ai rencontré un scénariste (dont je tairais le nom)qui a écrit en tandem un premier scénario qu'il a vendu ensuite très très cher, sans agent, parce que toutes les prods se le sont arraché.
    Le problème pour moi, c'est que quand il m'a raconté ça il y a des années, j'ai pensé que c'est comme ça qu'on arrivait puisque ça lui était arrivé. Et j'ai fait l'erreur de rester comme ça dans mon coin, écrivant en solitaire et envoyant mes projets par la poste en espérant qu'on viendrait me chercher, sans penser à créer mon réseau. Et je suis restée en carafe. C'est en rejoignant un collectif d'auteur que je décolle (un peu), enfin !
    Donc, au finish, même s'il y a des exceptions qui confirment la règle, c'est bien toi qui a raison.

  8. Ecrit écrit le 12 juin 2012 à 15:55

    Chère coco,
    Merci de nous rapporter votre expérience très écclairante sur le sujet. Et effectivement, je vous suis complètement sur votre analyse car quand je dis qu'il n'y a pas de MARCHÉ du spec script en France, vous avez bien compris que cela ne signifie pas qu'on ne peut pas vendre un spec à un producteur directement même lorsqu'on est inconnu (c'est souvent le cas en Cinéma d'ailleurs), cela veut juste dire que la démarche n'est pas industrialisée (les portes ne s'ouvrent pas toujours facilement cf. votre propre expérience et cf. mon billet : envoyer un scénario, comment être lu?). Aux US, il existe une sorte de "bourse" des specs ou un auteur (débutant ou pas) peut vendre son scénario aux enchères via des réseaux établis (des boards professionnels, ou via sa représentation). Plus le projet est bon, plus les enchères montent. Ce n'est pas le cas en France, où il vaut mieux avoir un agent pour démarcher et se construire un réseau professionnel de producteurs qui connaissent votre travail. Pour tenter de remédier (dans la mesure de nos capacités) à cette opacité du marché français, Cédric et moi allons proposer bientôt un service de script doctoring/lecture en ligne (à un prix imbattable) pour permettre à ceux qui le souhaitent d'avoir un premier avis professionnel sur leur projet, ceci afin de les aider à le marketer en fonction du marché cible (TV, ciné, nouveaux médias) qui leur conviendrait le mieux. Wait & see…

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