film d’horreur: comment créer un monstre qui fait peur?

Sujet(s) abordé(s) :

Lorsqu’un pouvoir s’exprime de façon effrayante suite à un péché originel nous sommes dans le sous-genre de l’HORREUR. Le propos de ce genre est donc de tester les limites de ce qui est humain. Il pose la question d’un point de vue négatif. Mais comment le décliner sans tromper les attentes du spectateur ? Voici quelques pistes…


L’HORREUR s’exprime sous la forme d’un monstre (fantastique ou non) qui est né des péchés de la société. Ce genre réduit l’espace d’action du protagoniste et augmente celui de son antagoniste jusqu’au climax, afin de pousser l’humain dans ses retranchements et répondre à des questions existentielles, comme :

  • quelles sont les différences entre l’homme et les machines, entre l’homme et les animaux ?

  • Qu’est-ce que la mort ?
  • Peut-elle être empêchée, détournée, repoussée ?
  • L’homme peut-il créer un homme ?
  • Quels sont les côtés obscurs de l’humain ?
  • Peut-on vraiment s’émanciper de son passé ?
  • Quelles sont les grandes peurs des hommes ?
  • La pire des créatures peut-elle être humaine ? etc.

Il faut préciser que le genre horreur se tourne souvent vers la religion pour répondre à ces questions.

Aidez-vous du GHOST pour construire vos personnages principaux

C’est un outil très puissant et indispensable pour traiter du genre horreur. En effet, le ghost est une épreuve du passé que n’a pas réussi à surmonter votre protagoniste et qui vient le hanter comme un fantôme (parfois au sens propre) en lui créant un problème dont il a parfaitement conscience.
Ce peut être une scène hors champ qui a eu lieu avant la page une de votre scénario, ou une scène que vous donnez à voir.
Le ghost est soit :

  • un événement vécu par votre protagoniste ;
  • un péché de ses parents ou de la communauté (un pacte avec le diable, un compromis sur l’éthique médicale, etc.) ;
  • une malédiction qui se répète de génération en génération (cycle familial : une grand-mère folle, une mère folle, une enfant qui devient folle) ;
  • un processus mental d’auto-suggestion (un doute, une peur qui grandit).

Pour créer un ghost, suivez les étapes suivantes

  1. créer un crime fort qui a eu lieu dans le passé ;
  2. puis le connecter à un crime effrayant qui a lieu dans le présent (opposant) ;
  3. relier le ghost à la faille de son protagoniste.

Travaillez ensuite l’ANTAGONISTE

C’est le personnage qui envahit la communauté du protagoniste et qui est connecté à son ghost. C’est en quelque sorte le double maléfique du héros. Suivez ces différentes étapes de création :

  1. Déterminez la grande PEUR du héros : peur d’être noyé, mangé, des araignées ;
  2. Personnifiez cette peur.
    Demandez-vous si l’opposant représente :

    • une régression (La planète des singes). Cela vous permettrait d’emphaser les pulsions négatives de votre héros (ex : le personnage ne refoule plus son côté animal, comme dans La mouche) ;
    • une évolution négative de la société et de la science (Frankenstein) ;
    • une peur sociale ou un tabou, comme les déviances sexuelles, l’ostracisme, l’humiliation (Psychose, Carrie, etc.).
  3. Décidez si vous souhaitez un opposant surnaturel (qui a des pouvoirs par exemple) ou plus ancré dans le réel (Massacre à la tronçonneuse).
    Stephen King mélange souvent les deux ! Il prend un tabou humain et créé un opposant parmi les proches ou les membres de la famille.

Enfin, voici une liste d’erreurs courantes de mauvaise gestion du genre Horreur à éviter

  • faire un enchaînement de scènes gores ;
  • construire une intrigue qui repose entièrement sur le passé et la back story du protagoniste (le ghost) ;
  • construire un protagoniste trop faible, stupide, sans désir (besoin), ou en faire une innocente victime ;
  • établir un antagoniste sans système de valeur propre (méchant en carton ou « diablo ex machina ») ;
  • construire une intrigue simpliste et prévisible ;
  • trop réduire l’arène (dans un espace trop confiné, le héros n’a pas de latitude pour réagir et le suspense est tué) ;
  • construire une histoire trop répétitive (attaques du monstre encore et encore) ;
  • ne pas assez décrire l’arène fantastique (si le monstre est de nature fantastique, nous avons besoin d’une véritable description de l’univers, c’est pourquoi les romans fonctionnent souvent mieux que leurs adaptations ciné) ;
  • ne pas assez décrire la faille et les obsessions du protagoniste ;
  • ne pas traiter la trajectoire morale du héros (qu’a-t-il appris de son aventure ?).

Une dernière astuce pour la fin

Dans un film d’épouvante ou d’horreur, la plus effrayante version du monstre est celle qui existe à l’intérieur du crâne du téléspectateur (cf. Alien de Ridley Scott qui exploite cette force de manière virtuose). La bête qui apparaît au final à l’écran n’est qu’un prix de consolation.
À vos scénarios pour nous créer des monstres vraiment effrayants. Maintenant, vous savez comment faire !

2 comm. sur « film d’horreur: comment créer un monstre qui fait peur? »

  1. EFranck écrit le 3 mai 2012 à 14:46

    C'est plutôt rapide comme note. Mais si j'ai bien compris il faut que le monstre suggère plus de peur qu'il n'en provoque ? Ou que le monstre doit être le reflet/représentation d'une peur du spectateur ?

  2. Ecrit écrit le 3 mai 2012 à 19:14

    Cher EFranck,
    En effet, la qualité du monstre se jauge à la peur qu'il inspire. À mon humble avis, plus la peur fait echo à une peur universelle (peur du noir, peur de l'inconnu, peur de mourir dans telles ou telles conditions), plus c'est efficace. Le monstre n'est donc en quelques sortes qu'une résonnance d'une peur plus primaire, plus ancienne, plus infantile. Ce n'est pas sa laideur où ses pattes crochues qui nous font peur, c'est surtout l'identification à un personnage qui tente de lui échapper par exemple… Merci de votre intérêt. JS

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