Comment écrire la description d’un personnage dans un script

Sujet(s) abordé(s) :

Via notre HOTLINE « mise en page », l’auteur du livre Savoir rédiger et présenter un scénario, répond amicalement à la question de notre lecteur Marco.


La description d’un personnage dans un script, selon Philippe Perret


« Oui, c’est une bonne mesure de précaution de mettre le personnage en capitales lors de sa toute première apparition. C’est une indication « intuitive » dans le sens où le lecteur, même lorsqu’il s’agit d’un néophyte, comprend rapidement qu’est signalé par cette typographie l’apparition d’un nouveau personnage. Il n’a pas à le rechercher dans sa mémoire.« Quant aux caractéristiques, la ligne de conduite « le moins d’indications possible » qui doit être appliquée au scénario dans son ensemble doit s’appliquer aussi à la description du personnage. Le message à envoyer au cerveau du lecteur, c’est : « tout ce que je te dis est essentiel ». C’est ce qui force son attention. Le message contraire l’incite à une lecture de plus en plus distraite, fatale au projet. Donc il est bon de n’indiquer sur le personnage que ce qui est vraiment indispensable.
L’âge, pourquoi pas, en considérant qu’un personnage sans indication d’âge a toujours environ la trentaine.
L’aspect vestimentaire, on s’en fiche la plupart du temps, une histoire n’est pas un défilé de mode. D’autre part, le scénario n’étant pas un texte descriptif mais suggestif, trouver le détail « parlant » est plus pertinent que de décrire en profondeur l’aspect du personnage.« Une autre bonne ligne de conduite est de se dire que chaque caractéristique devrait avoir un « sous-texte ». Si j’indique que le personnage est en jeans, je ne dis rien d’autre que… le personnage est en jeans. Information superfétatoire. Si en revanche j’indique qu’il est en uniforme de la marine, le sous-texte, c’est que le personnage est un militaire, ou un personnage qui se fait passer pour un militaire, l’information peut être pertinente.« Pour finir, je dirais que plus que les informations vestimentaires ou physiques, les informations émotionnelles ou d’humeur ont une puissance bien plus grande sur le lecteur. Elles sont essentielles, ce sont pourtant elles qu’on oublie en priorité. On peut trouver ces principes en application dans moult scénarios. Un exemple au hasard tiré de The Social Network :

(Extrait du scénario original de Aaron Sorkin) MARK ZUCKERBERG is a sweet looking 19 year old whose lack of any physically intimidating attributes masks a very complicated and dangerous anger. He has trouble making eye contact and sometimes it’s hard to tell if he’s talking to you or to himself.
ERICA, also 19, is Mark’s date. She has a girl-next-door face that makes her easy to fall for. At this point in the conversation she already knows that she’d rather not be there and her politeness is about to be tested.(Qu’on pourrait traduire approximativement par) MARK ZUCKERBERG est un jeune homme agréable de 19 ans dont la décontraction apparente semble masquer une colère complexe et menaçante. Il a le regard fuyant et il est parfois difficile de savoir s’il vous parle ou s’il se parle à lui-même.
ERICA, 19 ans également, est le rancard de Mark. Son visage est si avenant qu’il est facile de tomber sous son charme. Au point de la discussion où ils en sont, elle sait déjà qu’elle ferait mieux de se trouver ailleurs et sa politesse est sur le point de rendre les armes.

« On notera, alors que c’est la toute première apparition des personnages, à quel point l’accent est mis sur l’émotionnel, et non le simple descriptif.Bonne écriture !Phil »

10 comm. sur « Comment écrire la description d’un personnage dans un script »

  1. Ludovic écrit le 17 juin 2013 à 13:24

    On peut noter aussi que sur le script Avatar, que le scénariste fait une présentation de son personnage, voici ce que ça donne :

    "JAKE SULLY, un vétéran négligé et handicapé, assis dans un vieux fauteuil roulant
    en fibre de carbone. A 22 ans, ses yeux sont endurcis par la sagesse et la prudence de
    celui qui a souffert pendant plusieurs années. Jake lève les yeux sur les niveaux de la
    ville. Des trains Maglev passent à toute allure dans les airs, sur des rails élevés, à
    travers le ciel remplit de publicités criardes"

    C'est simple et efficace, d'un autre côté.
    On voit, toute de suite, à qui on a faire.

  2. Anonyme écrit le 17 juin 2013 à 17:10

    @Ludovic,
    Franchement :" Un vétéran, aux yeux endurcis par la sagesse et la prudence de celui qui a souffert pendant plusieurs années. " Je l'imagine très bien, mais si on me dit qu'il a 22 ans je suis perdu! J'aime beaucoup Avatar mais ce film m'intéresse pour ses images, pour les couleurs, pour la 3D, pour voler sur des animaux fabuleux.
    Je trouve le scénario bien banal et heureusement. J'ai vu ce film des dizaines de fois, l'histoire ne m'a jamais intéressé, c'est juste un prétexte pour pouvoir nous emporter dans un autre monde. Je suis persuadé qu'un scénario palpitant aurait nuit à ce film. Est-ce que je vais aussi être renvoyé dans mon monde avec perte et fracas?
    Cordialement.
    Eric

  3. Anonyme 007 écrit le 18 juin 2013 à 08:39

    C'est vrai qu' associer "vétéran négligé et handicapé, assis dans un vieux fauteuil roulant" à "22ans " puis ensuite "sagesse", il y a une sorte de hiatus archétypal…même si bien sûr, dans la "vraie vie", il a existé des vétérans du Vietnam, des guerres d'Irak, d'Afghanistan, etc, sûrement très jeunes, il n'empêche: pour une première lecture spontanée du scénario, ça crée une sorte de frein par rapport à nos présupposés… Ou alors il faudrait insister un peu sur ce paradoxe: un jeune handicapé qui a déjà vécu plusieurs vies et pas des plus sereines… mais on rentre peut-être trop dans des détails superfétatoires… de la difficulté de trouver les mots justes…

  4. Anonyme écrit le 18 juin 2013 à 10:58

    @007,
    Bonjour, Je crois que c'était un habile message politique. Le talentueux scénariste américain (mes excuses pour le pléonasme) voulait nous faire comprendre que, dans le futur, l'US Army pourrait enrôler des enfants soldats si nous ne veillons pas à défendre la "démocratie". Malheureusement les méchants producteurs ont saboté son scénario en donnant au personnage plus de 30 ans.
    La preuve que la description du personnage est capitale. Cordialement.
    Eric

  5. Anonyme écrit le 23 juin 2013 à 13:57

    Désolé de poser ma question ici, mais j'aimerais bien savoir comment réussir un Cliffhanger ? Qu'est ce qui fait qu'on a absolument envie de voir la suite…ou pas ?

  6. Fabrice O. écrit le 25 juin 2013 à 11:57

    Je suis un peu surpris de voir cette description de Sorkin cité comme exemple. Dans le sens où elle m'apparaît littéraire. Le scénario n'est-il pas censé montrer ? Là on nous parle de l'humeur d'un personnage au quotidien et pas sur la scène.

  7. Philippe Perret écrit le 4 juillet 2013 à 12:37

    Hello @Fabrice O. Ne vois-tu pas le personnage, en lisant cette description ? Si c'est le cas, alors le scénariste a fait son travail ;-). Comme je l'explique dans l'interview que m'a accordée Cédric, un (bon) scénario doit ""suggérer"" plutôt que ""montrer"". Car montrer restera toujours impossible, avec le peu de mots qu'il est possible d'utiliser dans un script.
    Bien à toi
    Phil

  8. Philippe Perret écrit le 4 juillet 2013 à 12:39

    Pour @les autres : j'ai peur que cette discussion autour de la description de Jake Sully soit un peu vaine, dans le sens où le terme utilisé dans le script est "Combat vet", qui a été traduit un peu vite par "vétéran", qui n'a pas le même sens commun en français et en anglais, dans ce contexte ; le terme signifie ici qu'il s'agit simplement d'un combattant qui ne combat plus, avec une petite connotation sur le fait que c'était un soldat expérimenté. Si Jake a été blessé gravement à 18/19 ans et a dû quitter l'armée et les zones de combat, à 22 ans, c'est un "Combat Vet".

    Bien à vous,

    Phil

  9. Fabrice O. écrit le 6 juillet 2013 à 22:09

    Cher Philippe !
    De l'interview accordée à Cédric je n'ai pas retenu la suggestion plutôt que la monstration dans un scénario. Pourquoi ? Parce qu'il y a dix ans en lisant Savoir rédiger et présenter un scénario, j'ai lu ça " Les autres formes de littérature sont par essence destinées à être lues, quand bien même elles seraient descriptives. Un scénario est strictement écrit pour être vu et entendu. Aussi, sera-t-il bon de ne parler que d'image, et de proscrire autant que possible tout ce qui relève des intentions,des pensées, et en général tout ce qui est de la lecture "non visuelle" et "non-auditive" d'une situation."
    On pourra toujours dire "Objection votre honneur l'exemple fait mention d'une situation et pas d'une description".
    Ce à quoi je répondrais "C'est faux ! Oui mais bon quand même un scénario c'est pas de la littérature !! ;-)"
    Bon au final je vais arrêter la quadricapillolyse car ce qui compte c'est de voir le personnage en lisant la description qu'elle soit visuelle ou sorkinienne !

    Cordialement

    Fabrice O.

  10. Philippe Perret écrit le 7 juillet 2013 à 17:40

    Cher Fabrice O. ! 🙂

    Merci pour tes remarques, elles me permettront d'améliorer l'édition 2023 du bouquin. 🙂

    Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'à partir du moment où le texte provoque une #image mentale#, que ce texte soit suggestif ou démonstratif, il est valide dans un scénario.

    Compare par exemple avec cette (horrible) présentation d'un personnage :

    """
    FABRICE, 30 ans, est un mec qui, tous les ans, se demande où il va bien pouvoir partir en vacances. Au point de la conversation où nous le surprenons, il a la ferme intention de poser ces RTT dès le lendemain.
    """

    Ça te provoque une image mentale ? Évidemment que non. Ça n'est pas du tout visuel.

    Compare avec la version se Sorkin. On "voit" tout à fait les personnages. C'est du visuel.

    Peu importe les moyens employés, mais l'important est provoquer une #image mentale# dans la tête du lecteur. C'est ça, du "visuel" ;-). Et force est de constater qu'un texte #suggestif# est plus évocateur, dans beaucoup de situations scénaristiques (mais pas toutes), qu'un texte qui détaille une image sans rien provoquer (demandant au cerveau une activité de reconstruction bien trop grande pour qu'il ne s'en donne la peine).

    Bien à toi,

    Phil

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