Êtes-vous fait pour être auteur? 7 indices pour vous le prouver

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Quand certains se lamentent sur leur manque de talent ou quand d’autres rêvent à une postérité médiatique alors qu’ils n’ont encore rien écrit, il est possible parfois d’être perdu quant à sa réelle vocation d’auteur. Pourquoi j’écris ? Est-ce que mes idées valent quelque chose ? Dois-je continuer ? M’étant également posé ces questions, je vous propose de répondre à un questionnaire simple qui vous indiquera ou pas si vous avez raison de persévérer…


Ces questions, nous nous les sommes tous posées un jour avec une vague idée de réponse mais sans certitudes. Quand je parle à des collègues (en consulting ou lors d’événements mondains), je finis toujours par entendre à mots couverts cette crainte cachée de n’être au final pas vraiment doué, ou juste assez bon pour écrire. Alors, y a-t-il des critères objectifs pour être sûr d’être à la bonne place ? Comment mesurer son talent ? Bref, comment se rassurer dans une carrière de créateur à l’avenir toujours incertain ?
Si vous pouvez répondre par l’affirmative à au moins l’une d’entre elles, vous pouvez être sûr que vos écrits valent quelque chose et que vous êtes probablement à la bonne place. Si vous avez obtenu plusieurs « oui », il n’y a alors aucun doute que vous soyez sur le chemin du succès.

Faites le questionnaire des auteurs et rassurez-vous

  1. Avez-vous une bonne maîtrise de la grammaire, de l’orthographe et de la ponctuation ?
    Le premier matériau de l’auteur est la maîtrise de la langue dans laquelle il écrit. Je crois fermement que la grammaire, l’orthographe et la ponctuation sont une base d’évaluation du potentiel d’un texte. Ces trois domaines comptent d’ailleurs pour l’un des critères objectifs d’évaluation de nos analyses de script-doctoring (pour consulter nos différents forfaits, cliquez ici). Ces critères de forme ne sont pas l’essentiel certes, mais ils jouent un rôle important. Ne vous inquiétez pas si vous faites encore des fautes ou si vous n’avez pas eu beaucoup d’instruction formelle dans ces domaines : de nombreux grands écrivains les ont abordés de manière plus ou moins intuitive et tout le monde peut avoir recours à des correcteurs (votre serviteur y compris). Cependant, si vous pouvez compter sur cette base, vous avez de bonnes chances d’avoir déjà un bon pied dans l’écriture.

    Astuce : pour tester votre niveau en orthographe ou en grammaire, prenez un de vos textes récents ou ceux de collègues et tentez de repérer les fautes d’orthographe, de ponctuation ou les erreurs grammaticales. Vérifiez si les tournures de phrase vous semblent correctes et essayez de les reformuler quand vous repérez des erreurs. Comme un musicien fait ses gammes, la grammaire, l’orthographe et la ponctuation se travaillent. Avec le temps, la pratique devient plus aisée et on peut même y prendre un certain plaisir.

  2. Avez-vous des bases solides en dramaturgie ?
    Vous êtes-vous déjà retrouvé à froncer les sourcils en lisant un concept ou un texte ? Avez-vous déjà renoncé à un projet après quelques pages en étant à cours de matériel dramatique ou en ayant épuiser votre idée ? Pouvez-vous identifier les différents actes d’un film au cinéma ? Bref, savez-vous repérer les différents éléments constitutifs d’un concept ? À savoir ce que la méthode high concept appelle le 1-2-3 ? (pour maîtriser ces éléments essentiels, cliquez ici). Si vous trouvez qu’il est facile de repérer les erreurs de structure d’un texte, si vous arrivez à mettre le doigt et à identifier ce qu’il faut changer dans un projet, vous êtes probablement à un bon niveau de rodage de votre propre travail.

    Astuce : la prochaine fois que vous tombez sur un article mal écrit, un concept bancal ou une histoire mal structurée, amusez-vous à formuler les changements nécessaires à leur amélioration. Vous seriez parfois surpris de constater combien vos propres propositions pourraient grandement contribuer à rendre ces projets meilleurs.

  3. Vous a-t-on déjà félicité pour l’un de vos écrits ?
    Peut-être qu’il s’agissait de l’un de vos professeurs de lycée, peut-être que vous étiez en formation, mais toute félicitation concernant l’un de vos écrits (une bonne note, un commentaire élogieux, etc.) peut servir de réponse affirmative à cette question. Car, contrairement aux idées reçues, il n’est pas rare, lorsqu’on prend le risque d’écrire, d’impressionner un producteur ou l’un de ses collègues auteurs parfois renommés. La critique étant très fréquente (cf. les diverses demandes de réécriture que vous aurez à subir dans votre carrière), toute félicitation ou toute satisfaction éprouvée (ne les dénigrez pas sous prétexte qu’elles sont parfois courtes) chez l’un de vos collaborateurs (quel que soit son rang ou son niveau professionnel) indique que vous êtes sur la bonne voie. En effet, si les gens pensent que vous êtes un bon auteur, il y a de très fortes chances pour que vous le soyez réellement.

    Astuce : pour tester votre niveau, prenez le risque d’envoyer l’un de vos projets à un collègue ou à un producteur pour avis (c’est parfois effrayant, mais c’est un excellent moyen pour obtenir des retours impartiaux quand on sait les décrypter (cf. notre guide des retours de lecture.)

  4. Savez-vous identifier votre niveau de scénariste ?
    Il est parfois difficile de prendre du recul sur soi et d’être capable de cerner son propre niveau d’auteur (cf. les différentes ceintures du scénariste). Néanmoins, lorsque vous reprenez vos anciens textes, vos premiers projets, êtes-vous capable de discerner des différences techniques avec ce que vous écrivez aujourd’hui ? Avez-vous l’impression d’avoir progressé sur des points/sujets précis (maîtrise de la structure globale de vos histoires, utilisation d’une tâche, construction des phrases, personnages construits avec des archétypes, etc.) ? Si oui, c’est que vous êtes probablement un bon auteur —ou du moins en train d’en devenir un.

    Astuce : reprenez les différentes versions du projet que vous avez mené le plus loin. Comparez la première mouture à la dernière. En supposant que vous y avez passé un certain temps, vous devriez être capable de décrypter vos différents axes d’amélioration.

  5. Avez-vous déjà été publié ?
    Que ce soit des articles sur un blog autre que le vôtre, ou d’un journal, ou toute autre contribution à une somme éditoriale extérieure (avec plus ou moins d’audience), si vous avez déjà été publié, c’est que vous êtes passé par un sas de sélection qui n’est pas donné à tout le monde. Ne minimisez pas vos prouesses, car décrocher un espace d’expression aujourd’hui (quel que soit le support) est une réalisation majeure. La plupart des sites internet, journaux, éditeurs, etc. ont des normes de sélection élevées (cf. les grilles d’évaluation des lecteurs). Être un contributeur régulier d’un ou plusieurs blogs, de journaux, etc. est un signe évident que votre travail est bon.

    Astuce : vous n’avez pas besoin d’être un bloggeur connu pour poster des articles (vous n’avez même pas besoin d’avoir un blog). Il vous suffit d’identifier le ou les sites que vous lisez régulièrement et de rédiger quelques pages sur le sujet qui vous intéresse et sur lequel vous pensez avoir quelque chose à dire. En prenant le risque de soumettre votre article, vous avez déjà fait la plus grande part du travail.

  6. Avez-vous déjà gagné un prix, un concours pour l’un de vos écrits ?
    Les différentes aides du CNC (Fonds d’Aide à l’innovation par exemple) ou de la SACD, les bourses (Beaumarchais, Lagardère, etc.) ou les résidences d’écriture offrent de multiples occasions de pouvoir être sélectionné par des jurys professionnels. Beaucoup de concours sont d’ailleurs ouverts aux débutants. La France ne manque pas d’aides de soutien à l’écriture sous toutes ses formes. Il est d’ailleurs utile de se renseigner pour savoir celles auxquelles vous pouvez prétendre. Si vos premières tentatives ont été infructueuses, il est sûr cependant que vous pourriez tout-à-fait faire partie de la liste des lauréats avec un peu de persévérance. D’autre part, si vous avez déjà été sélectionné (dans le cadre d’une compétition quelconque même petite), vous pouvez vous dire que c’est aussi un signe que votre niveau est assez bon pour pouvoir impressionner positivement un jury.

    Astuce : postulez en choisissant vos combats avec votre meilleur projet. Que vous gagniez un prix ou pas, l’essentiel est de pouvoir être sélectionné à partir d’un grand nombre d’autres projets en compétition. Cette attitude vous mènera surement sur la voie du succès.

  7. Avez-vous déjà été payé pour écrire ?
    L’indice le plus révélateur de tous. Les producteurs et éditeurs n’investissent leur argent sur un auteur que s’ils sont convaincus d’obtenir un succès ou du moins un bon retour sur investissement. Vous pouvez toujours vous convaincre que vous avez obtenu une option ou une commande par chance, mais vous n’irez pas très loin sur cette logique. Etant donné la petitesse du marché de la création originale (les 4 vérités sur la fiction française à connaître pour vendre vos projets), vous pouvez considérer qu’avoir obtenu une somme d’argent (même petite) pour un travail d’écriture est LE signe qui vous destine à une belle carrière d’auteur. Si vous avez été payé pour écrire —même si vous ne pouvez pas encore en vivre—, c’est que vous êtes assez bon par rapport au marché et aux autres professionnels de l’écriture.

    Astuce : il n’y a pas de petits écrits. Si vous pouvez obtenir une rémunération récurrente en tant que contributeur d’une production, d’un journal, d’un blog (grâce à des articles, des nouvelles, etc.), ou toute autre forme d’écriture même en étant pigiste occasionnel, vous pouvez vous dire que c’est un critère de validation puissant de votre future carrière d’auteur.

Que retenir ?

J’espère que toutes ces questions vous ont aidés à réaliser que vous avez votre place en tant qu’auteur et que vos écrits ont une valeur.
N’hésitez pas à partager avec nous dans les commentaires vos propres doutes afin que nous les dissipions et que nous puissions vous encourager à persévérer, car bien entendu, comme vous le savez au fond de vous-mêmes, on ne devient pas auteur par hasard ! Alors, qu’attendez-vous ?

9 comm. sur « Êtes-vous fait pour être auteur? 7 indices pour vous le prouver »

  1. Milo Kapovic écrit le 27 novembre 2012 à 06:00

    J'ai que des oui ! ^___^

  2. Anonyme écrit le 27 novembre 2012 à 10:44

    Julie ,
    Je suis venu au scénario,par hasard, en ayant une formation scientifique et pas du tout littéraire. C'est en lisant que le scénario n'était pas une forme d'écriture littéraire que j'ai osé m'y essayer. Je me demande souvent si c'est si vrai que cela mais je m'accroche à cette idée. Votre questionnaire bienveillant me donne un peu plus de conviction. Mais que c'est difficile de consacrer du temps à une activité si peu productive quand une multitude de tâches pratiques vous tend les bras. Tout en vous remerciant pour ce billet stimulant je me permets de vous suggérer d'ajouter à vos activités la branche " orientation professionnelle". Car si pouviez, seulement, dire si, oui ou non, nous devons persister dans l'écriture je serais d'accord pour vous payer un bon prix.
    Afin de tester mes capacités d'extralucidité je me permets de vous demander si l'invasion de poissons sur votre blog et du slogan:" Petit poisson, grandes idées" est à rapprocher de votre patronyme? Faites bien attention: vous êtes dans le Net.
    Amicalement.

  3. Natacha écrit le 27 novembre 2012 à 14:57

    La première fois que j'ai eu des compliments sur une de mes histoires, je devais avoir 13 ans : "un certain talent se cache entre les lignes." Ce jour là je m'en souviendrai toute ma vie, j'ai d'ailleurs dédié mon premier ouvrage à la personne qui m'a fait ce compliment ! par contre pour la maîtrise écrite de ma langue, j'ai encore du boulot… hum hum… mais je remplie déjà 3 critères c'est pas mal^^

  4. Anonyme 007 écrit le 27 novembre 2012 à 15:08

    J'ai huit indices sur sept, c'est grave docteur?
    Plus sérieusement, je ferais trois remarques complémentaires à cet article.
    1. La vocation d'auteur, le succès et le talent sont des éléments relatifs, voire fluctuants. On peut très bien faire un carton (ou même un succès) et se prendre un râteau la fois suivante. Chaque projet est un pari; parfois on gagne. Ou pas.
    2. Le talent n'a pas forcément toujours à voir avec le succès. Il suffit de voir des fictions qui cartonnent tout en étant, heu, comment dire, d'une autre époque (pour rester poli) ou faisant appel à toute une panoplie de grosses ficelles d'écriture (bien professionnelles) alors qu'il paraît évident qu'elles font appel à une pratique éprouvée sans forcément faire appel à un "talent" particulier dans sa conception, son écriture spécifique, etc…Même chose pour le succès éditorial qui, si il est indexé sur les ventes, ne l'est pas toujours sur une force d'écriture singulière: on a tous lu (ou feuilleté) des histoires correctement ficelées mais dont l'univers, la vision, l'écriture est pauvre, cliché, attendue, déjà vue…tout en faisant des cartons de ventes (romans) ou d'audience (séries, téléfilms). C'est la dure loi du milieu artistique qui est tout sauf démocratique. Ce qui m'amène au
    3 (qui pourrait être un autre indice de votre article): la capacité à développer un réseau de personnes, de contacts, de rencontres utiles au développement de sa carrière. On connaît tous des gens qui sont bien plus talentueux à créer cet entregent professionnel qu'à écrire des projets talentueux… certains auteurs font même une longue carrière là-dessus, en cinéma, au théâtre, en littérature, en télé. Ce qui s'appelle, dans tous les domaines créatifs, "avoir la carte" qui permet d'être au bon moment sur les bons projets. Pas facile, souvent contradictoire avec le talent, mais c'est une donnée à ne pas négliger, dans le monde impitoyable du paf ou dans "la grande famille" du cinéma.

    Bien entendu, être lucide sur les attentes du métier n'empêche pas d'avancer, bien au contraire. Et une certaine capacité à la stratégie relationnelle n'exclut pas le talent. Un dernier indice permet peut-être de "supporter" les doutes et les échecs inhérents aux métiers créatifs, il est même essentiel je crois, et complémentaire au talent et à l'envie : la ténacité.
    Savoir y croire, y compris dans les périodes de refus ou d'attente, tout en gardant une certaine distance pour éviter de s'accrocher obstinément à un projet qui ne mérite peut-être pas de voir le jour (ça aussi, ça arrive à tout le monde); bref, garder une grosse confiance en ses projets et ne pas renoncer. Quitte à retravailler comme une brute pour oublier….;-)

  5. Ecrit écrit le 27 novembre 2012 à 18:33

    @Anonyme et 007 : si je pouvais vous dire qui est fait ou pas pour être auteur en ayant commercialisé une offre bien alléchante (non, notre scriptdoctoring ne sert pas à ça!), je crois bien que je n'aurais plus de problèmes d'argent depuis longtemps mais ce serait-là une manière bien malhonnête de gagner sa vie, non? Un homme très sage (ex-présentateur TV disparu des écrans, ne cherchez pas…) m'a dit un jour : si vous ne croyez pas en vous-même, n'attendez pas des autres de le faire pour vous. Je crois que cela est juste. Il n'y a donc que vous pour pouvoir répondre à cette question : êtes-vous un auteur? autrement dit, avez-vous une vision du monde à partager? et le plus important peut-être, avez-vous envie d'en faire votre métier, c.-à-d. d'y consacrer la majorité de votre vie ? Le reste, c'est du travail ! Je ne crois absolument pas au talent/don/pouvoir, etc. qui viendrait du ciel. Ce n'est que du marketing fait par certains auteurs de la place pour décourager les nouveaux entrants et justifier parfois d'obsessions bien personnelles. Les habiletés diverses (construire un réseau, se placer) ne sont que des moyens pour une fin. Après, le jugement du contenu de ce que vous faites (=votre univers) n'est de toutes les façons pas entre vos mains mais dans celles du public (ne pas se torturer donc à ce sujet)… Alors ne vous laissez pas prendre par le marketing. 007 a raison, seule la ténacité fait la différence… et en scénario, le travail paye et se voit à l'écran ou sur le papier, ce qui est plutôt valorisant, non ?

    @Natacha : il faut persévérer sur l'orthographe, ça va venir !

  6. Ecrit écrit le 27 novembre 2012 à 18:46

    @anon : ah j'oubliais… le (petit) poisson de notre nouveau logo est un symbole que nous avons choisi avec soin et qui nous convient bien. Il se trouve par ailleurs que notre patronyme s'y réfère avec une race particulièrement tenace (qui n'hésite pas à aller contre-courant pour se reproduire)… Cela ne pouvait donc que nous satisfaire. Bien vu néanmoins de votre part !

  7. Pierre-Antoine Favre écrit le 27 novembre 2012 à 19:08

    Mince alors, et moi qui n'avais pas fait le rapprochement pour le poisson… Cela dit, le symbole est bien trouvé ! 😉

  8. Anonyme écrit le 28 novembre 2012 à 07:02

    Julie,
    High concept=Salmon-idée ou vice versa.
    Que la morale de la fable se réalise:
    Petit poisson deviendra grand…
    Amicalement.

  9. Ecrit écrit le 28 novembre 2012 à 12:12

    @Anon : merci de vos encouragements qui nous poussent à persévérer même quand le courant fait des remous comme en ce moment. Le temps n'est pas forcément favorable aux créateurs mais nous devrions y venir. A bientôt, alors !

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