HD1: TF1 veut relancer la fiction française… low cost

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En mars dernier, TF1 obtenait face à son concurrent JLA, une fréquence sur la TNT pour son projet de chaîne HD1 dédiée à la fiction. Aujourd’hui qu’elle vient de signer sa convention avec le CSA pour un lancement prévu en décembre 2012, elle en dévoile un peu plus sur la ligne éditoriale. HD1 pourrait-elle devenir un nouveau creuset de l’innovation pour la fiction française ?


C’est Fabrice Mollier qui a été choisi pour prendre la présidence de la chaîne, tout en conservant sa mainmise sur l’ensemble des autres chaînes thématiques du groupe, il sera donc assisté de Céline Nallet, précédemment Directrice des Opérations de la Fiction de TF1, au poste de Directrice Générale.

La ligne éditoriale est claire : HD1 sera une chaîne féminine en journée, familiale le soir avec un parti pris fort sur la création originale en cinéma et en fiction.

Comme d’ailleurs presque toutes les chaînes actuelles, cf. mon billet sur

8 comm. sur « HD1: TF1 veut relancer la fiction française… low cost »

  1. Pierre-Antoine Favre écrit le 7 juillet 2012 à 12:41

    Le pronostic est sombre mais il est sans doute assez juste pour avoir de grandes chances de se réaliser…

    On se souvient que lors de la privatisation de TF1, c'est Bouygues qui avait obtenu le morceau sur la base du critère du "mieux-disant culturel". Une similitude ici, dans l'autorisation du projet de TF1 face à celui de JLA ? D'abord un discours qui paraît respecter au mieux le cahier des charges, puis un résultat qui risque de s'éloigner de la promesse initiale ?

    Sinon, n'étant moi-même absolument pas un connaisseur sur le sujet, y avait-t-il vraiment une différence entre les deux projets proposés, par TF1 et par JLA respectivement, sur la qualité au final des œuvres produites, sur les conditions de travail et de rémunération des scénaristes ?

    Et encore une question : même si l'effet d'émulation sera sans doute limité, l'avènement d'une chaîne dédiée à la fiction pourra-t-il être de nature à encourager des initiatives concurrentes sur la TNT ? Ou bien est-ce vraiment trop rêver ?

    PS : c’est la première fois que j'interviens et j’en profite donc pour vous adresser un grand bravo et un grand merci à vous deux, Julie et Cédric. Lecteur aussi avide qu'enthousiaste de vos contributions, je me joins avec plaisir à ceux qui saluent leur intérêt et leur valeur ajoutée. Bonne continuation et longue vie à votre blog !

  2. Ecrit écrit le 7 juillet 2012 à 13:23

    Cher Pierre-Antoine, votre analyse rejoint tout à fait la mienne. Le mieux est de vous faire vous même votre opinion en regardant l'audition de TF1 sur le site du CSA, ainsi que celle du projet ID France 1. HD1, se propose d'être la chaîne de la création française, en s'appuyant sur le savoir-faire de TF1. L'objectif est de réaliser une centaine d'heures de fiction par an en recrutant des nouveaux talents (pas forcément des scénaristes, mais plutôt des acteurs Internet, des nouveaux comiques, etc.). Ainsi, l'ambition est grande et il faut rester ouvert, attendons de voir ce qui va en découler. Sinon n'hésitez pas à intervenir plus souvent, ce site est aussi une tribune pour discuter ensemble de l'avenir de notre profession.

  3. Anonyme 007 écrit le 7 juillet 2012 à 14:08

    Entre les beaux discours d'intention et le résultat, il y a le réel. Qui ne pardonne pas les promesses non tenues. Historiquement, TF1 n'a JAMAIS été une chaîne innovante de la fiction télévisuelle. Quel enjeu pourrait bien la pousser à changer de paradigme? Une mort annoncée? Même pas sûr.
    Ce qui est inscrit dans "le code génétique" de la chaîne, ce n'est pas l'intérêt pour la fiction, c'est le PGDCPMC: plus grand dénominateur commun de profit mal compris. Rien à voir avec une ambition créative (ce vilain mot, interdit de réunion). Ce que TF1 n'a jamais voulu accepter, c'est que l'on pouvait faire du profit (succès d'audience = annonceurs) sans pour autant véhiculer une image médiocre et des programmes ennuyeux qui font fuir son public.
    Il suffit de regarder son concurrent Canal+ lui tailler des croupières, faire du profit ET proposer des séries originales pour comprendre que c'est un pur problème de vision stratégique. Pour reprendre l'agaçante expression managériale, "c'est dans son ADN" . Rappelons le slogan canalien: "créateur de séries originales". Il y a deux mots de trop pour TF1 dans cette punch-line, saurez-vous les retrouver?.
    Chez TF1, c'est le calcul à court terme qui prévaut, égal à la durée de vie d'un décideur. Et on ne construit pas l'avenir d'une chaîne avec une armée de décideurs qui décident…de ne rien faire d'innovant.
    Pourtant, continuer de NE PAS vouloir investir sur l'intelligence stratégique, en prônant des séries low cost donc sans moyens sur l'écriture, c'est non seulement un manque total de vision d'entreprise mais c'est un suicide lent…
    Quand le dinosaure s'enfonce dans la boue et finit par s'étouffer sous son propre poids, il a beau proclamer, en panique, que désormais il VEUT être léger, des ailes ne lui poussent dans le dos pas par magie. Il continue de s'enfoncer au profit d'espèces plus légères, plus réactives, plus intelligentes. C'est la dure loi de l'adaptation au marché.
    Ce que TF1 n'a pas compris non plus (mais elle n'est la seule), c'est que le Graal de la ménagère fédératrice" est mort depuis dix ans. Depuis que les chaînes (ironie de l'histoire, TF1 la première) abreuvent son public de séries internationales, celui-ci a intégré dans sa culture télévisuelle des critères de qualité qui vont bien au delà du niveau des projets low cost. Pourquoi des publics qui se retrouvent avec plaisir devant des séries de qualité, pourtant grand public, comme "Dr House", "Urgences", "Lost", "Dexter", "Desesperate houswives", iraient se contenter de remakes d'"Hélène et les garçons", du "Miel et les abeilles" vaguement reliftés ? C'est ne rien comprendre au phénomène mondial de la "Pop culture", dont les séries sont l'un des éléments incontournables. Quand on a trop longtemps le nez sur les profits à court terme, on ne voit pas arriver le virage. Sortie de route assurée.
    Alternative possible qui se profile à l'horizon? Un énorme accident industriel, une chute brutale des audiences qui provoquerait une remise en cause de tout l'organigramme; une mission de la dernière chance avec arrivée massive de nouveaux responsables des programmes, directeurs littéraires, renouvellement des producteurs dédiés. Autant dire une révolution industrielle pour TF1. Mais ça, c'est de la politique-fiction.

  4. Ecrit écrit le 7 juillet 2012 à 16:39

    Cher 007 : qui sait, tout est possible… Ce sera au public de décider ce qu'il préfère regarder. Ce qui est bien avec l'arrivée de la TNT, bientôt 25 chaînes en tout, c'est que les équilibres traditionnels sont obligés de bouger. Un jour où l'autre, il faudra que les français s'alignent sur les standards américains, soit en copro, soit en propre, et à ce jeu là, il faudra un vrai contenu innovant. Wait & see donc, et merci pour cet argumentaire qui mérite le débat.

  5. Anonyme 007 écrit le 7 juillet 2012 à 17:12

    Chère Julie, je me réjouis comme vous de l'arrivée de nouvelles chaînes si elles permettent la création de programmes et de fictions innovantes, ou disons qui pourraient améliorer la qualité générale; peut-être même en diluant enfin ce concept marketing d'un autre âge du "tout fédérateur". La question que je me pose c'est de savoir si elles auront les moyens de leurs ambitions affichées. Là encore, la place crédible du scénariste est aux premières loges de cette possible évolution; si c'est pour ajouter de l'eau tiède à l'eau tiède, c'est plus embêtant. Mais n'insultons pas l'avenir des scénaristes qui n'ont pas besoin de ça. Wait and see…mais pas trop non plus…;-)

  6. Ecrit écrit le 8 juillet 2012 à 09:34

    Cher 007, tout comme vous, je ne crois pas que la TNT puisse constituer en soi un réservoir d'innovation pure en totale rupture avec ce qui se pratique actuellement (puisque ce sont les mêmes qui produisent et financent), mais petit à petit, elles font se rétrécir les parts du gâteau, et vont obliger les plus gros diffuseurs à devoir se démarquer. C'est ce qui s'est passé il y a 30 ans aux US avec l'arrivée du câble et du modèle payant. Espérons donc qu'on attende pas aussi longtemps qu'eux pour avoir des programmes de qualité…

  7. Pierre-Antoine Favre écrit le 8 juillet 2012 à 20:42

    Merci pour les liens des auditions devant le CSA, très intéressants !

    Les questions des membres du CSA sur les deux projets sont sensiblement les mêmes, ce qui est logique. Ce qui est instructif, c'est d'observer les réponses. A ce titre, il m'a semblé – mais peut-être n'est-ce qu'une impression personnelle – que TF1 réussissait à botter habilement en touche sur les sujets sensibles.

    Par exemple, sur la question de savoir si la ligne éditoriale de la chaîne thématique saura assez se démarquer des chaînes déjà existantes (HD1 par rapport à TF1, ID France 1 par rapport à IDF1) : Paolini explique que la recherche de la taille critique sera tout à fait bénéfique à la qualité des programmes (l'amortissement de leur coût profitera d'une plus grande surface de diffusion), Azoulay explique qu'il y aura fatalement des transferts de programmes entre les deux. Sur le fonds, cela signifie sensiblement la même chose, si ce n'est que la première réponse réussit à pointer l'intérêt de l'opération là où la seconde évoque avec honnêteté son inconvénient.

    Au final, c'est le projet de TF1 qui triomphe sur celui de JLA même s'il ne paraît manifester aucune supériorité définitive sur le fonds. Sauf à imaginer le super joker de la promotion du talent "made in banlieue" se révéler une véritable trouvaille ? Si TF1 réussit sur le "mieux-disant social" comme il a réussit sur le mieux-disant culturel…

    Sinon, pour rebondir sur les interventions qui précèdent : le paysage hertzien limité à six canaux principaux avait furieusement tendance à encourager les rentes de situations, ce qui n'était guère propice à l'audace créative en matière de fiction. L'avènement de la TNT traduit incontestablement un espoir de changement.

    Un bémol et une inquiétude cependant. Le bémol : la création de fiction était absente des lignes éditoriales/thématiques des nouvelles chaînes jusqu'à maintenant. L'inquiétude : lorsqu'il y a ouverture d'un nouveau créneau pour la création de fiction, c'est TF1 qui s'y engouffre… cela va-t-il transformer TF1 de manière positive ou bien au contraire, TF1 va-t-elle grâce à cela anesthésier toute velléité de changement véritable en neutralisant ce qui aurait pu constituer un aiguillon concurrentiel ?

  8. Ecrit écrit le 9 juillet 2012 à 09:39

    Cher Pierre-Antoine, vos questions sont pertinentes et rejoignent celles d'un bon nombre de professionnels du secteur. Pour ma part et à mon humble avis, la diversification, même si elle ne produit pas à court terme de l'innovation (les mêmes produisant la même chose en moins cher), conduit inexorablement à ouvrir l'univers des possibles. Quand TF1 premium fera en moyenne 10% de pda (comme les anciennes grandes américaines), il y aura de la place pour de nouveaux entrants ou de nouveaux business. Petit à petit, la concurrence se jouera sur la fiction… Les américains ne sont pas devenus les rois de la fiction TV en un jour. À ce titre, je conseille vivement la lecture de Watching TV: Six Decades of American Television et de Television's Second Golden Age: From Hill Street Blues to Er, ouvrages très instructifs pour comprendre comment la TV américaine est devenue ce qu'elle est aujourd'hui : l'industrie la plus puissante des USA.

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