Jouez avec nous au jeu des 7 erreurs de l’incipit

Sujet(s) abordé(s) :

Suite à notre chapitre dédié aux séquences d’ouverture que vous pouvez d’ailleurs commencer avec un premier cours sur comment commencer un récit, je vous propose maintenant de compléter votre formation scénario en faisant une petite liste des erreurs les plus communes de l’incipit…


Prendre l’incipit par le côté négatif pourra, je l’espère, vous donner d’autres astuces pour comprendre comment combattre vos mauvaises idées d’intro et ainsi retenir votre lecteur, graal de tout scénariste.

  1. N’écrivez pas vos histoires par le début : quand on débute un récit, comme tout sportif qui s’échauffe, on commence toujours lentement par s’étirer, se mettre en condition, etc. Or, le début d’une histoire, c’est comme une poignée de main, c’est le premier contact que vous donnez à votre lecteur, et comme partout, au final c’est la première impression qui compte. Il faut que les dix premières minutes soient à la hauteur de l’intérêt de votre audience, et mieux vaut pour vous qu’elles soient réellement bonnes, d’une part, cela vous permettra de vous différencier, d’autre part, de construire votre fameux contrat avec vos spectateurs. Il est donc indispensable de soigner particulièrement votre incipit, et une bonne façon de le rédiger est de le faire quand vous avez posé toute votre structure, et quand vous avez fini votre histoire. Vous êtes ainsi dans la bonne énergie pour travailler votre intro.
  2. Le mieux est l’ennemi du bien, n’en faites pas trop : en mettre plein la vue, condenser toutes les forces de votre histoire au début n’est pas forcément la panacée. D’une part, il faudra suivre ce rythme infernal tout au long du film (ce qui est impossible), et d’autre part, si vous donnez tout au début, il ne vous restera pas de biscuits pour la fin, et vous aurez déçu votre spectateur. Comme en amour, il ne faut pas partir trop vite, et comme en musique, aucun auteur n’a jamais commencé une chanson par le refrain. Il vous faudra donc sélectionner avec minutie vos premières scènes, car si vous choisissez la méthode in media res par exemple, assaillir votre spectateur par une grande scène d’action ne vous mènera à rien, certes vous aurez son attention, mais pour la perdre immédiatement après si cette scène ne fait pas partie intégrante de votre structure, ou si elle ne sert pas directement la caractérisation d’un personnage. L’idée est toujours de commencer en suivant la règle de base qui est de susciter l’intérêt, et cela peut-être fait de manière lente, ou en respectant le ton que vous avez choisi pour votre histoire. Demandez vous ainsi toujours pourquoi vos spectateurs auront envie de connaître la suite.
  3. Ne donnez pas trop d’informations à votre spectateur : beaucoup de jeunes scénaristes laissent les clés de leur histoire à leur lecteur en se disant que s’ils donnent rapidement toutes les informations de base, leur histoire aura plus de chances d’être bien assimilée. Faux ! Une des meilleures façons d’attirer l’intérêt est de jouer le mystère, et surtout au début d’une histoire. Si vous avez l’impression de ne rien comprendre, vous aurez envie d’aller plus loin pour savoir ce qui se passe. C’est donc exactement à vous de doser le niveau d’information dont aura besoin votre spectateur pour ne pas décrocher. Plus il aura l’impression qu’on lui cache quelque chose, plus il aura envie d’en savoir plus. Comme une femme coquête, ne dévoilez pas le pot-aux-roses tout de suite mais gardez-en toujours sous le coude pour surprendre votre spectateur.
  4. Ne donnez pas les solutions aux problèmes que vous posez : quand vous commencez un récit par un problème, ce qui est une bonne façon de le faire par ailleurs, veillez toujours à complexifier ce problème pour qu’il soit un véritable dilemne. Si votre personnage a tout de suite en tête un plan, ou une issue de secours, ce n’est pas un problème pour lui, ni pour votre spectateur. Par contre, si son problème est compliqué, et qu’en plus, il concentre plusieurs enjeux associés (risques sentimentaux, professionnels, familiaux, etc.), alors vous aurez une ficelle pour garder l’intérêt de votre spectateur jusqu’à la fin.
  5. Ne misez pas tout sur l’objectif : en fiction comme dans la vie, ce ne sont pas les objectifs des personnages qui sont importants en soi, mais ce qu’ils signifient pour la personne qui les porte. Plus vous aurez un personnage intéressant (originalité couplée à la faille) avec une problématique particulière (quels sont ses enjeux), plus il vous sera facile d’intéresser votre spectateur à son destin. Son objectif, bien que nécessaire, ne sera pas en soi le point de focus du public, mais il révèlera en quoi votre héros est intéressant, en quoi il doit surmonter sa faille pour le réussir. Bien qu’il soit nécessaire à tout protagoniste, l’objectif que vous aurez choisi devra vous permettre de caractériser votre héros et de constituer le déclencheur essentiel à votre histoire. C’est parce qu’il a un objectif, et que des obstacles se dressent devant lui, qu’un personnage va commencer une histoire et qu’un spectateur aura envie de savoir s’il va l’atteindre ou pas.
  6. Ne montrez pas tout votre jeu dès le début : commencer un récit est comme commencer une partie de Poker. Le spectateur va vouloir savoir si vous bluffez, alors une bonne façon de le faire languir est de savoir gérer les effets de surprise que vous allez lui montrer. D’ailleurs, la gestion de la surprise va de paire avec la gestion du rythme et du ton, tout est une question de gradation. Introduire vos personnages et vos lignes narratives tout en vous appoyant sur une ou plusieurs surprises sur les révélations que vous allez faire peut vous permettre de tenir la distance. Ne dévoilez pas tout votre jeu dès le départ sinon vous risquez de perdre la saveur de l’intérêt pour votre histoire. La gestion de la surprise peut par ailleurs vous permettre d’installer un rythme plus lent par exemple. Ce rythme ne sera pas pénalisant car la surprise viendra stimuler l’intérêt de vos specateurs.
  7. Ne nous montrez pas ce qui va bien : quand vous établissez un contrat avec votre spectateur au début d’une histoire, inutile de préciser les relations positives de vos personnages les uns avec les autres, vous aurez tout le temps de les aborder pendant le reste du film. Pour retenir l’attention de vos spectateurs, il est toujours utile de commencer par ce qui ne va pas. C’est donc grâce au conflit que vous distillerez dans vos séquences d’ouverture que vous pourrez nous intéresser à votre histoire, car qui dit conflit, dit antagonisme, dit problème, dit failles, dit objectifs, dit obstacles, etc. Plus vos conflits seront puissants (armés avec des enjeux corrélés), et plus ils auront des conséquences sur les trajectoires de vos personnages, plus vous maintiendrez de la tension, et intéresserez vos spectateurs.

Bien évidemment, ce petit jeu des sept erreurs n’est qu’une sujétion, et cette liste n’est pas exhaustive, mais elle me permet de vérifier de temps en temps que je suis bien sur la bonne route. j’espère qu’elle vous aidera de même à écrire des incipits épatants. N’hésitez pas à nous donner votre avis dans les commentaires. Une chose est sûre cependant, c’est que toute histoire aura toujours besoin de susciter de l’intérêt, veillez donc à vous en assurer dès le départ, quelle que soit la méthode que vous utiliserez.

6 comm. sur « Jouez avec nous au jeu des 7 erreurs de l’incipit »

  1. Fabrice O. écrit le 2 juin 2012 à 17:38

    Merci Julie pour ces conseils avisés. J'avoue que l'incipit est un des mes points faibles. C'est aussi compliqué que d'écrire une bonne fin ! Je me suis souvent pris les pieds dans le tapis dans mes courts métrages. Ca demande beaucoup de doigté et de talent pour écrire une intro efficace et accrocheuse.

  2. Anonyme écrit le 21 juin 2012 à 09:34

    Je n'ai trouvé qu'une erreur mais , comme d'habitude, c'est une erreur révélatrice:
    En 3:" La femme coquête" est en perdition car toute femme coquette risque de devenir co(n)quête. Est-ce une expérience personnelle?

  3. Ecrit écrit le 21 juin 2012 à 14:55

    Cher anon,
    Merci d'avoir relevé cette coquille. Pour l'analyse, je pencherai plus néanmoins pour la co-quête, celle que je mène avec mon mari Cédric pour amener le plus de gens à réfléchir sur le scénario et à partager avec nous quelques convictions et méthodes sur l'écriture.
    Je ne résiste pas à vous renvoyer à cet article intéressant qui montre comment de grands auteurs ont analysé le symbolisme dans leur oeuvre. Sans me comparer à eux le moins du monde, je pense néanmoins qu'il faut écrire sans se préoccuper du reste. (:-) J'espère pouvoir toujours compter sur votre vigilance, et vous faire partager d'autres réflexions dans de futurs billets. En vous remerciant de votre fidélité.

  4. Anonyme écrit le 22 juin 2012 à 07:20

    Chére Julie je ne suis pas Anon bien qu' ânon par certains côtés.
    Déjà je suis incapable de lire un article en anglais.
    Ayant une petite expérience en arts plastiques, j'ai eu l'occasion de constater que les spectateurs d'une sculpture ou d'un tableau peuvent y voir des allusions qui n'étaient pas du tout conscientes à l'auteur. Le créateur manque-t-il de talent ou c'est le spectateur qui en a trop? Je crois que c'est le propre d'une oeuvre d'art de déstabiliser le receveur à l'insu du créateur. Cette coquille en est un parfait exemple.
    Vous pouvez compter , non sur ma vigilance, mais sur le plaisir que j'ai à lire vos billets. Bonne continuation.
    Eric

  5. Ecrit écrit le 22 juin 2012 à 09:10

    Cher Eric,
    Merci pour votre réponse. Nous sommes absolument d'accord ainsi.
    Merci de votre fidélité et de vos interventions pertinentes (:-) qui ne manqueront pas d'égayer mes futurs billets. A très bientôt donc sur le blog.

  6. vincent écrit le 22 juin 2012 à 14:37

    Exactement tout ce qu'il faut pour un jeune scénariste . Merci beaucoup pour ce que vous et votre prince charmant faites pour nous jeune scénariste.

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