L’amour flou : enfin un film d’auteur français réussi ?

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L’amour flou écrit, réalisé et joué par Romane Bohringer et Philippe Rebbot a une structure faible et pourtant j’ai passé un très bon moment en salle. Mon analyse.

L’AMOUR FLOU est un film d’auteur que l’on peut mettre dans la catégorie Dramédie, soit 60% Drama (pour le genre structurant) et comédie pour le reste.

L’amour flou, le pitch


Ce film raconte la véritable histoire de Romane Bohringer et Philippe Rebbot.

Après dix ans de vie commune et deux enfants, Philippe et Romane se séparent car ils ne sont plus amoureux, mais pourtant ils s’aiment encore. Ils décident alors de s’installer dans un « sépartement », deux appartements séparés, mais communiquant par la chambre de leurs enfants, sous le regard circonspect de leur entourage. Peut-on refaire sa vie dans ses conditions ? Est-ce que chacun y trouvera sa place ?

Le film d’auteur (ou drama) : les clés du genre

Le Drama est un genre parfait pour traiter de thèmes ayant rapport au sens de la vie. Il s’intéresse au quotidien, à notre condition humaine et à notre imperfection et pose les questions types : qu’est-ce qui m’empêche d’être heureux ? Quel est le sens de la vie ? etc. Sa structure donne ainsi toujours l’illusion du réel car le genre (dans sa conception hollywoodienne du terme —rappelons que les genres sont une invention du cinéma US pour traiter des thématiques principales occidentales) questionne le quotidien et a pour objet d’analyser les personnages dans un milieu restreint, souvent la famille. Un des outils performants pour traiter le genre est alors l’ironie dramatique ! En effet, quoi de mieux que de disposer d’informations essentielles que le protagoniste ignore ou interprète mal pour créer de l’empathie et du suspense ?

Le mauvais drama

L’erreur commune que les auteurs commettent en écrivant du drama est de ne pas créer un ou des antagonistes externes, laissant les personnages se heurter à leurs failles internes (je ne suis pas capable de surmonter un deuil, je suis dépressif, etc.). Cela donne souvent des structures dramatiques assez répétitives où le personnage principal vit un même conflit décliné sans progression.

Le bon drama

Dans un bon film d’auteur, l’ironie dramatique joue à plein, les antagonistes externes sont bel et bien présents, et au climax, le personnage principal prend conscience de ses problèmes (ses antagonistes le confrontent, ses alliés l’aident à affronter sa faille) et trouve le courage de changer (ou pas, quand il n’y a pas de happy end). Il atteint ainsi l’objectif que le spectateur espérait pour lui depuis le début même si le prix à payer (il échoue souvent à remplir la mission qu’il s’était fixée) est souvent important.

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Mon analyse

L’amour flou manque de structure, c’est-à-dire qu’il y a des attentes spectateurs non remplies, cependant j’ai passé un très bon moment, explication.

De très bons gags

  • Les moments de conflits sont répétitifs et il n’y a pas de montée en puissance (les personnages passent leur temps à protéger leur intimité et à essayer de reconstruire chacun leur vie amoureuse) MAIS les charnières dramatiques sont efficaces et il n’y a pas de ventre mou.
  • Cela est également dû à l’excellente utilisation de la comédie : les moments drôles sont très bien amenés et le sont à un rythme soutenu.
  • Les répliques sont tendres et fines.
  • Et surtout, les acteurs jouent formidablement bien.

Des personnages attachants

  • L’enjeu des personnages principaux est faible (il n’y a pas grand chose qui leur pend au nez si la cohabitation échoue) et le climax est peu satisfaisant… MAIS la caractérisation des personnages est claire (failles et compétences bien identifiées).
  • Le conflit principal est certes intéressant et clair (ce qui permet une bonne identification) mais surtout les personnages sont sympathiques. C’est fondamental pour nous attacher à leur histoire, ce qui ici, fonctionne à plein.

Le plus : c’est un biopic

  • Il n’y a pas d’antagonisme externe fort MAIS le public d’Angoulême a décerné un Valois à ce film. Surfant sur la grande tendance actuelle du biopic (genre où la fiction rejoint la réalité), L’amour flou reprend les codes du réel (on pourrait même avoir l’impression dans ce film qu’il s’agit de téléréalité) quand les auteurs racontent leur propre histoire.
  • Il est ressorti que les spectateurs d’Angoulême ont trouvé le film généreux et qui parle avec le cœur car ils savaient que le film racontait un quotidien réellement vécu bien que romancé.

    Comme le dit Philippe Rebbot dans l’une de ses répliques : « Je n’embrasse pas avec ma langue mais avec mon cœur ».

Pour aller plus loin : les indiscrétions du chef opérateur, Bertrand Mouly

Même si le film a été tourné avec une équipe plus que légère : un chef opérateur, un ingénieur du son, Jean-Luc Audy et un perchman (c’est tout !), et qu’il a été au départ auto-produit puis épaulé par Escazal Films, on peut penser qu’il s’agit d’improvisations successives. Eh bien non ! Toutes les répliques et les situations ont été écrites. Le film s’est tourné sur une durée de 8 mois pour coller à la vie de Romane et Philippe en temps réel, et toutes les scènes familiales sont jouées par les véritables intéressés dans leurs appartements et lieux respectifs.

Soulignons ici l’excellent travail de montage qui a été fait : plus de 85 heures de rush ont donné un premier ours de 3H30 pour finir sur un film d’1h37 ! Et pour un budget de 400.000 euros !!!!

Pour les fans, la production prévoit un DVD avec en bonus les 3H30 de l’ours initial.

Gageons que si la sortie en salles se passe bien, le film aura plus que tenu sa promesse. Verdict, cette semaine. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Frédérique CHARLOTTE, HC

Jeune scénariste de cinéma disposant d'une large expérience dans l'assistanat de casting figuration et dans l'administration sur de gros films internationaux (Befikre, War Machine, Renegades, RED 2, The smurfs 2, Midnight in Paris, Chéri, etc.), Frédérique a cosigné un long métrage qui est en cours de financement.

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