La notion d’anti-héros: trois erreurs à éviter

Sujet(s) abordé(s) :

Depuis que l’anti-héros a débarqué dans nos fictions au siècle des Lumières, des milliers d’étudiants et scénaristes se méprennent sur cette notion.



  1. Ne pas donner des compétences à son anti-héros
    L’erreur n°1 chez les étudiants qui sollicitent notre service en ligne d’aide à la création de fictions : créer un anti-héros aux traits plus négatifs les uns que les autres, pour le plaisir de choquer.Un personnage est attachant non en ce qu’il EST (Dr House est un connard égoïste), mais en ce qu’il FAIT (Dr. house est le meilleur diagnosticien du monde). C’est pour cette raison que nous raffolons de personnages a priori antipathiques : ce n’est pas tant leur immoralité qui nous séduit que leur habileté à échapper au carcan social et à ne pas payer le prix de leurs comportements rebelles. Attention donc à ne pas charger négativement un personnage sans démontrer ses talents d’une façon ou d’une autre.
    Comme n’importe quel héros, c’est ce que nous le verrons FAIRE qui sera important pour construire le coeur de votre récit (cette technique d’écriture s’appelle la tâche, ou le 2 du 1-2-3).

  2. Ne lui faire subir que des demis-échecs
    L’anti-héros est un personnage ordinaire et banal qui se définit par ses faiblesses (contrairement à un Rodrigue dans Le Cid par exemple, qui réunit toutes les qualités nécessaires à son statut héroïque). Mais même sur le terrain de l’échec, l’anti-héros est un héros caché. En effet, l’échec est LA technique du scénariste pour caractériser un héros classique ! Plus grand est l’échec, plus grande est la difficulté surmontée, et plus grande est notre empathie pour le personnage.
    Indiana Jones est le héros classique par excellence. Courageux, check. Compétences d’action hors du commun, check. Choisi de Dieu—voire immortel, check.Et pourtant dans les Aventuriers de l’arche perdue, il accumule les échecs. Il perd l’idole, il laisse Marion se faire kidnapper, il n’arrive pas à la libérer, il trouve l’Arche mais se la fait prendre, il menace de la détruire mais personne n’accroche à son bluff… Loooooser.

  3. Créer un anti-héros pour rompre avec la structure héroïque
    L’euphorie générale contemporaine pour les anti-héros n’a rien d’originale. Depuis le siècle des Lumières, l’idéologie des auteurs les poussent à prendre le contre-pied de la notion d’héroïsme classique. Dans l’Antiquité, le mot héros est synonyme de demi-dieu; il est en fiction une représentation idéale dans laquelle toute une nation se reconnaît, une sorte de champion.
    Turnus décide, à la fin de L’Enéide, d’affronter seul Énée : « C’est décidé : je vais me battre avec Énée, je souffrirai jusqu’à la mort toutes les duretés de ce combat ». (La classe, non ?)

    Mais si Zola ou les Nouveaux romanciers du XXe siècle n’ont pu déconstruire totalement ce statut héroïque, il faut s’y faire : le trajet héroïque est précisément le schéma constitutif de toute fiction. L’anti-héros est donc un héros comme les autres, Dr House ou pas.

J’espère que ce plan de route vous aidera à définir des anti-héros aussi magnifiques que Walter White dans Breaking Bad (« Yo ! Mr Whiiiiiiiiiite ! »). Et vous, quel est votre anti-héros favori ?

8 comm. sur « La notion d’anti-héros: trois erreurs à éviter »

  1. Anonyme écrit le 7 février 2013 à 14:21

    Un anti-héros qui a fasciné toute ma vie: Antoine Peyralout(Darry Cowl) dans le Triporteur ( J. Pinoteau- 1957).
    A cette époque on parlait d'anti-héros pour un homme ordinaire qui réalisait des exploits parfois sans même le faire exprès.
    Il semblerait que la définition a changé.

  2. Ecrit écrit le 7 février 2013 à 15:23

    @Anon: Oui bien vu ! Ce personnage correspond bien à la définition générale de l'anti-héros (et même ici de anti-Éros…) La critique contemporaine emploie au sens large la notion « d’anti- héros » chaque fois qu’il y a, au sein d'une fiction, une caractérisation de personnage en négatif de l'héroïsme romanesque (parodique ou non).

  3. Anonyme écrit le 7 février 2013 à 17:29

    Ok pour votre analyse d'un DR House mais quid de personnages trash comme Hank Moody (californication) ou Kenny Powers (Eastbound down) ? On ne peut pas dire qu'ils font vraiment des actions héroiques bien au contraire et ils sont finalement attachants par leurs actions négatives.

    Sur le même schéma, on pourrait penser à des films de cinéma comme Young Adult, The Killer inside me où les personnages ne font rien de positif

  4. Natacha écrit le 7 février 2013 à 22:21

    "…le trajet héroïque est précisément le schéma constitutif de toute fiction. L'anti-héros est donc un héros comme les autres, Dr House ou pas." lol oui c'est exactement ça ! c'est un bon rappel^^

  5. Ecrit écrit le 8 février 2013 à 11:32

    @Anon: Bonjour et merci de me donner l'occasion d'être plus clair. Un anti-héros peut évidemment commettre des actions critiquables (caractérisation de ses valeurs morales négatives) et être fédérateur, mais seulement s'il possède également des compétences valorisantes pour le spectateur, c.-à-d. si sa tâche est valorisante, parce que l'identification est une question d'égo (voir les trois formes d'identification en fiction dans le chapitre 6 de notre formation en ligne sur les séquences d'ouverture). Il est par exemple très valorisant de choisir Hank Moody comme pôle d'identification, parce que sous couvert d'être un looser, il possède en fait un savoir-faire de séducteur que nous envions (entre autres).
    Bien à vous,
    Cédric

  6. Ecrit écrit le 8 février 2013 à 11:32

    @Natacha: Merci ;o)

  7. Anonyme écrit le 22 mars 2013 à 01:55

    Hank Moody pourrait être tout à fait détestable si il se contentait d'enchainer des conquêtes sans discernement. Ce qui fait qu'il m'a plu, c'est qu'il est encore fou amoureux de la mère de sa fille. Il ne court pas après toutes les femmes de Californie en réalité, mais après l'amour de sa vie.
    Et le fait qu'il se plante constamment dans cette quête le rend attendrissant.

    Et ses histoires foireuses nous font bien rire aussi, il faut l'avouer ^^

  8. Ecrit écrit le 26 mars 2013 à 17:07

    @Anon: Belle analyse, c'est exactement ça. Son masque de Don Juan cache paradoxalement un grand romantique; l'anti héros étant aussi, encore une fois, un héros comme les autres, pour les nécessités de la dramaturgie (identification oblige).

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