Les meilleures séries sont françaises

Sujet(s) abordé(s) :

« L’industrie des séries en France se heurte, non à un manque de talent, mais à un manque de volonté des chaînes… » Pourtant nos diffuseurs veulent faire la meilleure fiction du monde, si, si… Qu’ils n’y arrivent pas est un autre problème qui s’explique logiquement !

Démonstration en 10 raisons 

Quasie absente du TOP 100 des audiences annuelles (phénomène unique en Europe) et ce, depuis plusieurs années, la fiction française n’en finit plus de décevoir. Quand on cherche pourquoi, on se tourne automatiquement vers les chaînes qui la financent : TF1, FTV, Canal+, ARTE et M6 seraient ainsi les coupables idéales. Elles y mettraient de la mauvaise volonté à en croire certains journalistes…

  1. Un système destabilisé avec l’introduction des séries US et de la TNT
    • Entre France Télévision qui commande près de 60% de la production et TF1 le cinquième, la fiction française est liée à ces deux acteurs majeurs aujourd’hui en perte de vitesse en termes d’audiences (la part de marché de TF1 a baissé de 27% entre 2005 et 2011, passant de 32,3% à 23,7%, tandis que celle du service public s’est effondrée de près de 40% entre les mêmes dates) avec un financement en baisse suite à l’arrêt de la pub en journée. 
    • Ils ont beau sauver la face en se félicitant chacun de leur bilan annuel en 2012, les chiffres ne trompent personne :
      • 5 épisodes de Nos chers voisins dans le TOP 100 et puis c’est TOUT pour représenter la fiction française en 2012 (aucune fiction française longue de 52′ ou 90′ n’est arrivée à atteindre le seuil d’entrée du TOP 100).
      • Une large domination des séries US qui font entre 7 et 10 millions de téléspectateurs en MOYENNE chaque semaine sur TF1, phénomène unique en Europe…
      • Enfin, le genre fiction est essentiellement trusté par les séries étrangères et américaines en particulier qui constituent les meilleures audiences du genre toutes chaînes confondues.
  2. Nos chaînes font donc contre mauvaise fortune bon coeur
    • Si le diffuseur contribue à plus de 73% au financement des devis de fiction, il est alors légitime que celui-ci se sente tout puissant pour dicter sa loi aux producteurs et aux auteurs dont la marge de manœuvre autant que la créativité se réduit à mesure que le diffuseur insiste sur ce qui est important pour lui :
      1. le CASTING (présence de stars) ;
      2. la COMMUNICATION, c.-à-d. l’effet d’annonce auprès du public (d’où la récente polémique en cours sur le salaire des acteurs et le financement du cinéma français lancée par Vincent Maraval dont la dénonciation s’applique dans les mêmes proportions à la fiction française).
  3. De l’argent pour payer les stars mais pas pour payer la recherche et développement
    • La stagnation des rémunérations des auteurs depuis une dizaine d’années pourrait être l’explication du manque de succès des fictions TV françaises. Ce n’est pas que la fiction française soit pauvre (cf. le positionnement haut de gamme de notre fiction), c’est que l’investissement global est mal ventilé.
      • En effet, selon les chiffres donnés par le RPCA, sur une période de 10 ans, les cachets des comédiens principaux ont augmenté de plus de 60%, alors pourquoi une telle augmentation n’a pas suivi sur les scénarios ?
    • C’est que les chaînes plafonnent le prix des scénarios, c’est-à-dire qu’elles n’interdisent pas à un producteur de payer ce qu’il veut mais qu’elles ne le suivent pas à 50-50 s’il dépasse un certain montant (car elles valorisent encore une fois ce qui est important pour elles). Ce sont donc bien les producteurs qui n’investissent pas non plus, se contentant de prendre leur marge sur le budget donné par le diffuseur.
    • En effet, selon la Guilde des scénaristes, l’enveloppe dédiée à l’écriture (droits d’adaptation, minimums garantis, consultants éventuels) s’élève en moyenne à 3,3% du budget de l’œuvre seulement. Le minimum garanti du ou des scénaristes français n’atteint même pas quant à lui, 1% du budget !
    • Les derniers chiffres publiés par la SACD à l’été 2012 dans son rapport annuel sont d’ailleurs éloquents :
      • 90% des scénaristes gagnent moins de 10 000 euros annuels (1% seulement gagnent plus de 100 000 euros annuels).
    • Quand on compare aux statistiques US, ça fait mal : les majors américaines consacrent 15% MINIMUM de leur budget au développement de leurs productions tandis qu’en France, on atteint à peine 5%.
  4. Même avec une volonté de bien faire, les scénaristes français qui travaillent actuellement en TV ne peuvent pas être créatifs
    • Cela commence à la racine : le CEEA (Conservatoire Européen d’Écriture Audiovisuelle) est à peu près la seule école de scénario TV reconnue en France. Elle possède un gros point fort par rapport à beaucoup d’autres formations (outre le fait d’accueillir un séminaire de Cédric sur le High concept, bien sûr) : elle fournit du travail aux scénaristes à la sortie de l’école (normalement). Le conservatoire est donc connu et soutenu par le milieu audiovisuel (à raison).
    • Seulement c’est bien le problème : les jeunes scénaristes qui veulent travailler pour la télévision d’aujourd’hui doivent faire avec les restrictions sur la créativité que leur imposent les chaînes. Le formatage se produit à la base en conséquence logique… On mettrait plus d’argent à l’écriture que le problème ne serait pas réglé en fait, le formatage serait de toutes les façons présent, certains scénaristes stars seraient encore plus riches et nos fictions ne seraient pas meilleures.
    • C’est bien le problème : le gros du marché actuel (hors chaînes payantes ou à niche d’audiences) représente une industrie de COMMANDE qui ne laisse pas de place à la créativité (ou trop peu) car les chaînes majeures de notre fiction, en contrôlant leur investissement, formatent en fait les contenus pour retenir les téléspectateurs (ce qu’elles savent faire de mieux). Et ça marche encore ! Force est de constater que Tf1 a gagné son pari en restant leader et que les autres conservent bon an mal an leur rang dans le PAF. Nos chaînes ne sont donc pas obligées de se réinventer pour conserver leurs audiences (pas encore) et essuient les critiques en se justifiant comme elles peuvent. Elles veulent faire de la bonne fiction, le problème est qu’avec les contraintes du système actuel, elles ne peuvent pas y arriver.
  5. Un cercle vicieux
    • La fiction française est un petit marché qui exporte peu et qui rapporte de moins en moins de recettes publicitaires vue la chute des audiences. Les chaînes font donc régner leur loi mais n’ont en fait aucun intérêt à produire des séries car elles ne gagnent pas d’argent avec, elles en perdent plutôt la plupart du temps. Et quand un programme marche bien, elles n’en profitent même pas car elles ne sont pas co-productrices ou si peu (contrairement à la BBC par exemple).
      • TF1 qui a financé Navarro et d’autres à 80% pendant de longues années par exemple ne voit ainsi pas revenir le moindre centime de retour sur investissement quand cette série assure pourtant l’audience d’après-midi de D8, sa grande rivale…
    • Elles sont donc victimes et coupables en même temps : c’est principalement leur faute si les fictions qu’elles diffusent ne sont pas à la hauteur de l’attente du public mais à leur décharge, si elles étaient pleinement co-productrices, elles seraient plus motivées à faire des programmes de qualité exportables (ce qui explique d’ailleurs la nouvelle tendance des coproductions internationales :
      • les chaînes divisent par deux leur apport et sont par contre associées aux recettes de distribution (ventes à l’export grâce à des produits adaptés pour le marché international).
  6. Un manque de prise de risque
    • Les difficultés actuelles résultent d’une insuffisance de créativité et de prise de risque. Normal aussi puisque les diffuseurs n’ont aucun intérêt à produire de la fiction et préfèrent limiter les risques. Se reposant sur la grande adhésion du public plus âgé à des personnages parfois vieillissants qui assurent même mal encore leurs recettes pubs, nos principaux diffuseurs n’ont en fait pas le choix : à choisir entre se réinventer et explorer de nouvelles voies, voire à proposer de nouveaux talents, ils doivent au contraire prouver (à leurs actionnaires) qu’ils sont de bons gestionnaires en limitant leur risque (la TV est une industrie qui fonctionne sur une équation AUDIENCES-COÛTS-RECETTES, défavorable pour l’instant à l’innovation dans la fiction).
    • La VOLONTÉ est donc bien de part et d’autre à faire une fiction plus riche, plus variée, plus innovante.
      • Nos chaînes ont produit plus de 750 heures de fiction en 2011, mais nous sommes encore loin du compte quand l’Allemagne en produit le triple.
      • Notre volume d’exportation a enfin augmenté en 2011, mais nous sommes des nains à côté des Allemands qui exportent dix fois plus leurs productions.
    • Or pour obtenir le succès, une industrie doit assumer le risque des échecs et savoir investir à perte. Faire un pilote, pratique courante aux États-Unis, c’est prendre un risque, mais c’est aussi un investissement qui a prouvé son efficacité. Malheureusement, les producteurs n’ont pas les moyens de faire un pilote pour chaque série et aucun diffuseur ne veut prendre un risque supplémentaire. L’on revient donc au problème du sous financement chronique de l’innovation dans la fiction.
    • Or, les téléspectateurs préfèrent toujours les originaux à la copie… la boucle est bouclée.
  7. Une trop grande concentration sur la fiction de prime-time
    • Les expériences récentes de l’avant-soirée montrent heureusement qu’il y a des chances de succès pour la fiction française à d’autres heures de programmation (cf. la bonne vitalité des formats courts).
    • Il est possible d’obtenir de fortes audiences hors de la case Prime Time et sur des fictions originales françaises, l’exemple le plus signifiant actuellement, étant Nos chers voisins, Scènes de ménage et Plus belle La Vie
  8. Obligés d’investir, nos diffuseurs y croient pourtant autant que nous à chaque nouvelle série
    • Alors que beaucoup s’inquiètent des restrictions budgétaires de France Télévisions, c’est bien le groupe public qui est leader de la commande et du financement de la fiction en France en investissant chaque année plus ou moins 275 M€, contre la moitié pour TF1. Passés ces deux contributeurs majeurs (qui représentent en gros 75% des investissements !), Canal+ arrive loin derrière en troisième position avec un budget de 55M€ qui distance lui-même largement ensuite M6 et ARTE qui y contribuent chacune pour 27 M€.
    • Et puis c’est tout ! Bien qu’elles investissent environ 500 millions d’euros par an dans notre fiction nationale (chiffre stable depuis quelques années), nos chaînes rechignent ainsi à faire de la fiction. Elles en font deux fois moins que l’Allemagne ou le Royaume-Uni. Nous avons ainsi l’un des plus faible volumes de production européen (en unités de programme) : 700 et quelques en France contre 2500 environ en Allemagne, au Royaume Uni et en Espagne. Cela paradoxalement, élève le coût par programme de notre fiction, en en faisant l’une des plus chères d’Europe… alors que nous sommes les derniers de la classe à l’export (à peine 20 petits millions d’euros par an équivalent au budget de deux séries TF1 et à peine à celui d’une coproduction internationale) 
    • L’investissement de la TNT (1,3 M€ en 2011) et du câble (7,8 M€) dont le CA publicitaire suit une courbe ascendante à 2 chiffres, est d’ailleurs négligeable à moins d’une dizaine de millions d’euros annuels.
      • La fiction française représente ainsi 15% du coût de grille de TF1, plus d’un quart pour FTV, mais est en dessous des 10% pour M6 et des 5% pour Canal+. 
    • Depuis une dizaine d’années, les diffuseurs français honorent péniblement leurs quotas de production d’oeuvres françaises sans chercher à en faire plus. Ce n’est pas ainsi qu’ils veulent faire de mauvaises séries, c’est juste qu’ils rechignent à investir dans un genre, pourtant plébiscité par le public à chaque sondage, qui ne leur rapporte rien d’autre que de la pub et qui suffit à peine à rentabiliser leur investissement, étant donné la chute des audiences.
  9. Nos chaînes sont pourtant les seules à investir en fiction
    • Les diffuseurs français sont d’ailleurs les bailleurs de fonds de la fiction. En effet, si l’on regarde bien, on s’aperçoit que la part diffuseurs dans le financement des programmes de fiction équivaut en moyenne à 73% du devis, un niveau jamais atteint depuis des dizaines d’années. 
    • Des nuances peuvent certes être apportées en analysant le taux de couverture, c’est-à-dire, la contribution de financement de la chaîne dans le devis global : 
      • TF1 contribue presque à 80% du devis total alors qu’une chaîne comme Arte seulement à 56%. Mais tout de même ! On comprend ainsi mieux pourquoi le genre est pesant pour les diffuseurs qui en assument presque seuls l’investissement.
    • D’ailleurs, le poids relatif des autres contributeurs s’est affaibli au cours du temps, les producteurs ne représentant plus que 10% de l’investissement, le reste étant assuré par les aides publiques comme le COSIP ou récemment le crédit d’impôt (qui peut aller jusqu’à représenter 5% du budget total).
    • Les diffuseurs français se retrouvent donc tout seuls à produire un genre qui leur rapporte des cacahuètes.
  10. un système global à réinventer
    • Le manque d’investissement, de financement de l’écriture, de formation, d’ambition et de prise de risque n’est-il pas finalement la résultante du système global ? Tant que les audiences suivent, quand la moindre rediffusion de Navarro, Soeur Thérèse assurent les audiences de la TNT et que la fiction US coûte dix fois moins que la création originale et rapporte cent fois plus… qui aurait donc intérêt à ce que les choses changent à part les nouveaux entrants du métier et le public ?
    • Nul doute en plus que l’accroissement de l’offre de programmes très sophistiqués, comme les meilleures séries américaines, a rendu les spectateurs de plus en plus exigeants. 
    • Nos diffuseurs, s’ils veulent arrêter de perdre de l’argent, vont donc devoir changer de mentalités et trouver un nouveau modèle sur lequel baser leur offre. Le service public scandinave a montré l’exemple et s’est donné les moyens de produire des séries exportables à travers le monde, sans renier pour autant son identité. Il a aussi compris que l’auteur devait être placé au centre du processus créatif
    • Espérons donc que nous puissions en retenir l’idée pour créer un nouveau système vertueux qui permettrait à tout le monde de gagner en faisant de la fiction française.

Que retenir ? Les français ont ainsi parfaitement bien identifié le type de programmes que proposent les diffuseurs aujourd’hui qui, malgré « des positionnements thématiques » différents, ciblent tous en fait la même proie (hormis Canal+ et Arte bien sûr) : à savoir la fameuse ménagère de moins de 50 ans et sa famille (pour maîtriser les secrets de l’écriture pour la famille, cliquez ici).
Les subtilités de communication ne masquent pas la réalité française : un partage de l’audience immuable depuis la création de TF1 en 1987 et qui ne fait plus recette aujourd’hui. S’il y a dix ans, sans effort, la fiction de TF1 (Julie Lescaut, Navarro et compagnie) atteignait facilement les 10 millions à la moindre rediff., aujourd’hui le score moyen des meilleures fictions françaises du PAF se situe plutôt à 6 millions sur TF1 et à 4 millions sur FTV. À 7 millions de téléspectateurs, on parle maintenant de succès (cf. les relatives bonnes performances de No limit, insuffisantes cependant à la faire entrer dans le TOP 100 de l’année). Il faudra donc bien plus que ça pour changer la donne (doit-on souhaiter pour autant que les fictions françaises continuent leurs chutes dans les audiences pour changer le système ?). Certains bons indicateurs nous permettent d’espérer autre chose, notamment la reprise en main du service public et la fin de sa course aux audiences.
Au moins maintenant, on sait ce qu’il nous reste à faire et pourquoi nous en sommes arrivés là, qu’en pensez-vous ?

19 comm. sur « Les meilleures séries sont françaises »

  1. Nicolas Bonin écrit le 15 janvier 2013 à 17:12

    On sait faire mais on baisse les bras et on applique une solution de facilité. C'est curieux comme ce raisonnement dans la fiction se retrouve dans d'autres domaines en France.

  2. Ecrit écrit le 16 janvier 2013 à 16:09

    @Nicolas : oui bien sûr, c'est pour ça que tant que la motivation économique ne primera pas sur le reste, rien ne changera. La bonne volonté ne suffit pas dans nos métiers (hélas), il faut n'avoir pas le choix que d'être les MEILLEURS pour survivre (les quotas nous maintiennent pour l'instant sous respiration artificielle, jusqu'à quand? Bruxelles arrive…). Faut-il alors mourir pour renaître ?

  3. Dominique Papoumoto écrit le 17 janvier 2013 à 08:57

    André Brincourt, romancier, prix Renaudot, prix de l’Académie Française :
    « La télévision deviendra adulte lorsque l’on y établira les programmes en fonction des idées
    et non pas des moyens. L’argent au service de la création et non l’inverse. »
    Il a dit ça en 2002. Le problème n'est pas nouveau

    Steven Van Zandt [ex-Soprano et guitariste de Bruce Springsteen], acteur principal et coproducteur américain, avec Netflix, de la série norvégienne Lillyhammer, a déclaré :
    « Plus on respecte les cultures et les particularismes locaux sans chercher à plaire au monde entier et plus on a de chances de plaire au monde entier ! » Ce qu’ont parfaitement réussi Lilyhammer, Borgen, The Killing ou The Bridge, séries scandinaves tournées dans leurs langues.

    Et bien d'autres citations peuvent appuyer l'excellent dossier, une fois de plus, de Julie Salmon sur l'état de la fiction française.

    Mais les mentalités ne changeront pas tant qu'aucun créateur n'occupera de poste décisionnaire dans la seule télévision moderne au monde presque entièrement gouvernée par des technocrates et des commerciaux qui n'ont jamais eu un devis de production à gérer, un tournage à maîtriser ou un clavier de scénariste sous les doigts !

    Lisez aussi l'interview passionnante de Jean-Pierre Guérin (qui quitte sa société GMT et vient d'obtenir le prix Louis Delluc pour "Les adieux à la reine"), dans la Lettre des Réalisateurs à paraître au FIPA et sur le site du Groupe 25 images dès le 21 janvier…

  4. Ecrit écrit le 18 janvier 2013 à 16:50

    @Dominique : merci pour vos contributions et vos compliments. Pour rebondir sur votre proposition (intéressante) : le fait de mettre des auteurs/créateurs dans les chaînes ne changera pas le problème. Les "suits" ou technocrates comme vous les appelez existent aussi aux US et ce ne sont pas des auteurs qui gèrent les séries scandinaves dans les maisons de prod. ou chez le diffuseur. Il faut juste que les auteurs et les réalisateurs prennent le pouvoir et qu'ils inspirent plus confiance. Dans le rapport de force actuel, c'est difficile voire impossible. Les scénaristes français ne sont pas perçus (à tort et à raison) pour des experts et ils ne peuvent pas refuser les modifications que leur demandent successivement le conseiller de programme, le producteur, son stagiaire, son conseiller littéraire, et tous ceux qui passent dans le couloir, etc. C'est bien toute la chaine qui est malade et ce depuis la racine. A l'arrivée, ça donne ce que nous connaissons trop malheureusement. Pourtant, tout le monde a cru bien faire et y a mis de la bonne volonté. L'enfer est pavé de bonnes intentions…

  5. Anonyme écrit le 7 février 2013 à 13:12

    Bonjour Julie je consulte régulièrement votre site pour en apprendre un peu plus sur la médiocrité des series Françaises, je voulais vous demander si vous contiez toujours faire un article sur la "pauvreté de la valeur de production, du style massacre des postes d'ingénieur du son ou de directeur photo, de la musique, du générique etc." que vous aviez mentionné dans votre article sur la différence entre dr house et Cain. (ça m’intéresse particulièrement ), en tout cas je suis impatient de lire votre prochain article sur les series françaises.

  6. Ecrit écrit le 7 février 2013 à 15:37

    @Anon : Merci de votre fidélité et de votre soutien. Vivant de la création de fiction en France, je n'ai évidemment pas pour objectif de démontrer que notre artisanat est médiocre puisque j'en fais partie. Ma modeste contribution participe à la récente prise de conscience de la profession qu'il est urgent de faire une auto-critique pour nous améliorer. Il existe de belles fictions françaises heureusement, mais elles sont trop rares pour un pays comme la France qui mérite une véritable industrie.

  7. Anonyme écrit le 13 février 2013 à 17:37

    Pourquoi les series et les films français on globalement une photographie moi travaillé que les fictions américaines ou anglaises ? les chef op français sont-ils moins bien formé ou y a t-il un jemenfoutisme de la part des producteurs ? (ou incompétence), le seul truc bien travaillé que j'ai vu récemment c'est les revenants (et je crois que ça a vraiment participé à son succès)

  8. Ecrit écrit le 14 février 2013 à 16:20

    @Anon: Bonjour, Ma théorie sur l'effet « je reconnais-tout-de-suite-l'image-d'une-série-française », c'est qu'on identifie en fait inconsciemment la prise de son avec ambiance, qui tranche avec celle de nos confrères américains (aux US, les « chemins de perche » sont très sophistiqués pour isoler les voix au micro canon). À mon humble avis, l'erreur des productions françaises est donc surtout de faire passer le son en dernier, sans comprendre la formidable économie d'évocation d'une bonne prise de son, fût-elle contraignante.

  9. Anonyme 007 écrit le 14 février 2013 à 17:36

    Complètement d'accord avec Cédric pour le son français des séries (voire aussi pour le cinéma, mais ça me paraît moins flagrant).
    Je me faisais encore la remarque pas plus tard qu'en début de semaine devant "Maison close". J'ai eu un mal fou à "entendre" distinctement des parties entières de dialogues chuchotées, finissant même par m'inquiéter ("Deviendrais-je dur de la feuille?"). Pas moyen de distinguer si le problème vient directement de la prise de son, ou d'une technique de vocalisation mal maîtrisée de certains comédiens… Et j'ai bien peur que le comparatif avec les séries anglo-saxonne ne me soit pas d'une grande utilité puisque je les visionne en VO sous titrée (ceci expliquant peut-être cela).
    Donc je pose la question avant d'aller consulter un ORL : y 'a -t-il un ingé son et/ou un comédien dans la salle? Je serais aussi curieux d'avoir le ressenti d'autres lecteurs de High concept…

    Pour en revenir à l'interrogation très intéressante d' ANon sur la photographie des séries françaises, j'ai l'impression qu'il y a deux écoles (ou plutôt deux exigences).
    Une première, très mainstream, sur les séries les plus grands publics (TF1, FRtv, principalement) qui semble lisser l'ensemble de la DP vers une lumière très étale, très "blanche", comme si il n'y avait pas d'ombres (!). S'agit-il d'une enième injonction des diffuseurs aux prods (attention, je lance le mot "anxiogène"). Toujours est-il que ça donne cette image effectivement fadasse, sans contraste, bref, sans parti pris esthétique, et terriblement bas de gamme. Indépendamment de la qualité narrative, ça gâche terriblement l'ensemble. Encore que j'ai cru apercevoir un réel progrès sur "No Limit" (TF1), concernant la DP et la mise en scène.
    Une deuxième, qui semble privilégier un vrai parti-pris d'auteur, une cohérence esthétique avec le ton général du projet… et là (décidément on y revient toujours) on retrouve Canal+ , son positionnement de "créateurs de séries originales" et la variété de ses DOP ( amusez-vous à comparer l'image de Kaboul Kitchen, Braquo, Maison Close, Mafiosa, Pigalle la Nuit, les Revenants et vous verrez l'écart avec les séries plus mainstream, pour ne pas les nommer…charitablement); mais aussi Arte (Xanadu, Fortunes, Ministères, et même le short "La minute vieille" qui bénéficie d'une belle DP malgré, à mon avis, un concept moyennement drôle…mais c'est une autre histoire).
    Problème d'exigence créative, de prise de risque esthétique, de positionnement d'audience? Je vous laisse le soin de trancher. Et pour finir sur une note malgré tout optimiste, un lien sur un billet datant déjà de plus d'un an, qui pose l'éternel enjeu de l'ambition des séries françaises. Décidément, on n'en sort pas. Ou plutôt, on aimerait pouvoir en sortir…rapidement.

    http://www.lesinrocks.com/2011/05/05/cinema/series-francaises-le-combat-pour-rattraper-les-series-americaines-1116072/

  10. Anonyme écrit le 14 février 2013 à 18:16

    Merci pour votre réponse, c'est vrai que quand on regarde une fiction française il y a vraiment trop une sensation de "réel" je trouve, on a parfois l'impression de regarder du théâtre avec le bruit du parquet qui bruisse bien sous les pas.

  11. Ecrit écrit le 15 février 2013 à 11:01

    @Anon 007: En ce qui concerne le son, c'est d'abord un problème culturel.

    1) Dès l'avènement du parlant, les Américains ont pris l'habitude de « penser post-production », en isolant les voix des comédiens au tournage pour les mixer plus tard à l'ambiance (qui sera elle, refaite majoritairement en studio). Très peu de son direct, pour une maîtrise totale du design sonore. Paradoxe, l'un des plus grands bruiteurs de studio est… français : Jean-Pierre Lelong, qui est par ailleurs un type charmant, a eu 4 oscars (pour deux James Bond, La Cité des enfants perdus et L’Amant de Jean-Jacques Annaud).
    Inconvénient de cette technique : les micros employés pour isoler les voix nécessitent une prise de son au plus près des comédiens, ce qui oblige le directeur photo (ou « DP ») à tenir compte du travail des preneurs de son dans son plan d'éclairage, pour éviter les ombres de perches par exemple.

    En Europe, le design sonore est traditionnellement pensé en amont, pour être obtenu si possible en son direct, dans une logique de la performance de tournage. Durant l'âge d’or du cinéma français, l'ingénieur du son prenait non seulement part aux repérages, mais il était également associé à toutes les décisions qui impactaient le son (comme les choix de décor : un tapis ici pour évoquer les pas de loup du fourbe, un sol claquant là pour marquer les pas de celui qui la quitte etc.)
    Inconvénient : pour fonctionner, cette stratégie nécessite d'inclure le travail du son en amont, ce que font de moins en moins les réalisateurs, soit parce qu'ils sont élevés dans le culte de l'image, soit parce qu'ils n'ont pas assez de temps de préparation.

    2)Notre langue maternelle nous sensibilise à certaines bandes de fréquence (2500Hz aux États-Unis 3000Hz en France, 4000Hz en Chine etc.) Ce point technique, qui s'appelle « l'oreille ethnique », explique pourquoi le mixage des séries américaines nous parait plus rond et grave que les séries françaises.

  12. Anonyme écrit le 15 février 2013 à 14:01

    @Cedric:
    "2)Notre langue maternelle nous sensibilise à certaines bandes de fréquence (2500Hz aux États-Unis 3000Hz en France, 4000Hz en Chine etc.)"
    C'est intéressant ça, en tournant une fiction avec une bande fréquence de 2500Hz ça changerais quoi exactement ? On entendrais moins bien ?

  13. Anonyme écrit le 15 février 2013 à 14:13

    @Anon007: "et là (décidément on y revient toujours) on retrouve Canal+ , son positionnement de "créateurs de séries originales" et la variété de ses DOP" Je suis tout à fait d'accord pour dire que les photos des series(françaises) Canal sont plus varié et plus poussé que la moyenne, mais j'ai l’impression que les photos Américaines sont bien plus travaillées, il y a des téléfilms américains qui passent sur tf1 l'aprem avec des photos plus léché que certaines création original canal.

  14. Anonyme 007 écrit le 15 février 2013 à 22:08

    @ Anonyme : c'est bien possible, je ne faisais qu'un comparatif franco-français.
    Ceci dit, une belle DP ne fait pas tout, cela peut même souligner parfois les lacunes du scénario, ou de la direction d'acteurs.
    C'est ce que j'ai reproché aux "Revenants", malgré l'unanimisme critique qui a fait qu'au moment de la sortie de "l'événement", il semblait interdit de relever quelques trous d'air dans cette belle et ambitieuse série: à mon humble avis, il n'en reste pas moins un certain manque de caractérisation émotionnelle des personnages, un hiératisme dans la mise en scène qui pourrait vite tourner au manièrisme. J'attends cependant avec impatience la suite (son ambition n'en reste pas moins un bon stimulus pour l'ensemble du paysage sériel français).

  15. Ecrit écrit le 16 février 2013 à 10:35

    @anon et 007 : cette discussion très interessante finit par nous montrer qu'au final, belle DP, beau son ou pas, ce qui compte aussi et surtout, c'est ce qu'on nous raconte… Une esthétique très léchée ne cachera pas longtemps une dramaturgie faible, ça peut faire illusion un temps. De toutes les façon, avec la concurrence américaine, maintenant, nous n'avons plus le choix, non ?

  16. Anonyme 007 écrit le 17 février 2013 à 02:00

    Complètement d'accord, Julie. Quand on loue le talent de la concurrence (souvent US, de plus en plus souvent anglaise ET scandinave), c'est rarement pour souligner seulement son esthétique, mais le plus souvent un ensemble cohérente et puissante qui produit de passionnantes et touchantes aventures humaines, tous genres et sujets confondus. Et ça passe toujours par des scénarios de haut niveau d'exigence. Donc forcément par des prises de risques. CQNRAT (ce qu'il nous reste à travailler…;-)

  17. Fabrice O. écrit le 18 février 2013 à 09:05

    "cette discussion très interessante finit par nous montrer qu'au final, belle DP, beau son ou pas, ce qui compte aussi et surtout, c'est ce qu'on nous raconte… Une esthétique très léchée ne cachera pas longtemps une dramaturgie faible, ça peut faire illusion un temps."
    Et mince ! Moi qui croyait qu'en ayant une DP avec des flares que ne renierait pas John Mc Tiernan, un son à 3000 Hz j'allais faire de mon court métrage une bombe !
    Le pitch : Un comédien costumé en braqueur attend devant une banque. Ce qui devait arriver arriva, il se fait arrêter par des policiers.
    Au poste, il doit prouver qu'il est comédien alors qu'il n'a pas de bande démo et que son site est pourris.

  18. Ecrit écrit le 18 février 2013 à 17:53

    @Anon: Il ne s'agit pas de « tourner avec une bande de fréquences données ». L'oreille ethnique est un phénomène de mixage : le rendu d'une bande son n'est pas objectif. Selon notre langue maternelle, on n'entend pas tous la même chose. (Les dialogues des films asiatiques nous paraissent parfois aigus, voire agressifs, tandis qu'ils sont perçus par les spectateurs du marché local comme neutres, voire doux.) La conséquence se joue au mixage : un ingénieur du son doit tenir compte du fait qu'il va mixer instinctivement selon la fréquence de sa langue maternelle, pour un public de sa langue.

  19. Anonyme écrit le 17 mars 2013 à 17:04

    Les seules series valables sont celles de canal +

Laisser un commentaire