Pas de case programme, pas de comédie

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Si en France, la comédie bénéficie d’un savoir-faire et reste une valeur sûre pour faire de l’audience, il demeure extrêmement difficile d’y vendre une série comique. Explications.

Retour sur le colloque « Les spécificités de l’écriture de comédie dans les séries TV » à la Maison des Auteurs-SACD qui s’est tenu le 21 novembre dernier.

Vendre sa comédie sur le papier

Comment vendre une comédie sur le papier sachant l’importance des gestes, du rythme, de l’interprétation ? S’assurer qu’on fait rire, c’est une vraie question. Les sitcoms américains enregistrés en public comme Friends ou encore Big bang theory millimètrent chaque réplique, chaque gag. Quand le public ne rit pas à l’enregistrement, le scénario est renvoyé sur-le-champ en atelier pour le lendemain. En France malheureusement, les limitations budgétaires rendent impossible cette pratique.

Lorsqu’on demande à Frédéric Rosset, créateur d’Irresponsable*, s’il lui a fallu « prouver que sa série allait être drôle », il répond que la pièce maîtresse qui a fait autorité d’un bout à l’autre de la chaîne de production, c’est le pilote…  le pilote écrit (sous forme de continuité dialoguée), pas celui tourné à la Femis, qui mettait ses gags en situation. Il faut savoir qu’OCS n’a jamais demandé à voir le pilote filmé. C’est dire si en France, tout se joue sur le papier.

*Irresponsable, comédie 10X20’ diffusée sur OCS. La bande-annonce:

L’hégémonie du prime time

En 2016, 66 séries françaises ont été diffusées en première partie de soirée — le fameux : « prime time ». Et c’est là où le bât blesse : le format spécifique de la comédie sérielle s’accommode mal de cette case programme. La raison ? Mis à part le short-com dont la France est très friande et qui s’intègre facilement dans les grilles de programmation (Un Gars, Une fille; Vous les femmes…), le standard de la comédie TV est d’environ 26’-30’. Plus long : on perd le potentiel comique.

Frédéric Rosset: « le 26 minutes ( pour de la comédie ) est un format assez naturel. Sans vouloir faire ma Christine Boutin, 52 minutes en comédie c’est quelque chose de très étrange. Et même si on a des exemples de réussite, comme Fais pas ci, fais pas ça et Dix pour cent, (…) partout ailleurs c’est que du 26 minutes. »

Or, les chaînes françaises boudent l’aménagement de cases dédiées à ce format de 26’, notamment et surtout en heures de prime time. Du coup, phénomène typique : on nous envoie quatre épisodes de 26 minutes d’affilée pour équivaloir à une soirée avec deux épisodes de 52 minutes…Pour donner un repaire : en Grande Bretagne, quand on a une série 10 X 30 minutes, on diffuse un épisode de 30 minutes par semaine, soit pendant 10 semaines !

Contraintes budgétaires qui déterminent l’écriture

De fait, la rareté des cases entraîne la faiblesse des budgets alloués.

Antoine Szymalka, producteur d’Irresponsable :
« Il y a cinquante mille euros par épisode, donc cinq cent mille en tout. Après quoi, bien entendu on avait le CNC. La région Ile-de-France est venue compléter un petit peu mais ça reste des budgets dérisoires pour créer 22 minutes par épisode. Je pense qu’un budget Canal+ doit être aux alentours de 400 000 euros sur le même format. On voit donc que c’est forcément très contraignant pour la production à plein d’échelles et notamment aussi pour l’écriture. On ne peut pas avoir pléthore d’auteurs ou monter des ateliers. »

Ainsi, avant de présenter un projet à des producteurs, il fait bon anticiper dès l’écriture certaines contraintes rédhibitoires.

Les décors

C’est le problème numéro 1 de la comédie qui doit fonctionner dans des décors limités et récurrents, qui ne nécessitent pas ou très peu de figuration. Bannis les salles de concert, les places publiques, les extérieurs trop peuplés.

La concision

Il faut élaguer tout de suite les scènes inutiles ou à faible teneur dramatique. « On est à l’os » dit Frédéric Rosset: 12-14 séquences par épisode de 20 minutes. C’est-à-dire, des scènes denses, ramassées, ni trop longues, ni trop courtes.

La virtuosité des scénaristes

Outre ces conditions qui peuvent être déterminantes dans un premier tri sur le volet, une bonne comédie c’est avant tout le résultat d’un savoir-faire scénaristique. Sur ce point, si vous avez besoin d’un coup de pouce, c’est par ici !

Caroline PESENTI, HC

Après des études de Lettres et le Cinéma, Caroline s’envole pour New York où son travail de montage lui vaut sept récompenses et trois nominations aux NY Emmy Awards. En 2016, son premier projet de fiction Les Grands Frères est sélectionné au Festival International du scénario de Valence, et obtient le FAIA du CNC (aide à l’écriture). Son premier court-métrage, Le Mat, est en cours de production.

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