Comment préparer un entretien pour signer sa première option?

Sujet(s) abordé(s) :

Certains d’entre vous commenceront leur carrière de scénariste à la sortie de leurs études en audiovisuel, d’autres plus tard comme ce fut le cas pour moi. Mais dès le premier rendez-vous professionnel, nous sommes tous logés à la même enseigne : que dire pour donner envie ?

Le premier rendez-vous avec un producteur est souvent, pour reprendre l’expression de Cédric, « un numéro de claquettes ». (Pour vous aider à dégoter un RDV, n’hésitez pas à vous reporter à la vidéo pédagogique qui vous donne les clés pour être lu par un producteur.) Apprenez à bien exécuter ce numéro en contournant les pièges ci-dessous et en cernant mieux les attentes de vos futurs partenaires, les producteurs :

Voici les cinq erreurs de débutants à ne pas commettre :

  1. Ne pas savoir jouer au jeu du « name dropping »
    • Lors de votre premier entretien avec un producteur, celui qui conditionnera son engagement à prendre une option sur votre texte, il arrive souvent à un moment ou à un autre qu’il se mette à parler d’autres personnes du métier que vous pourriez connaître en commun. Pourquoi ? Tout simplement pour se rassurer. N’oubliez pas que le monde de l’audiovisuel est un monde de cooptation où personne ne veut être le premier à miser sur un nouveau talent (cf. j’ai déjà parlé de la frilosité ambiante de notre marché et des 4 vérités sur la fiction TV à connaître pour vendre vos projets).

      Mais que faire si vous ne connaissez personne ? Pas de panique, il vous suffit de contourner la difficulté et de placer quelques noms à bon escient (d’où l’expression américaine de « iname dropping/i »).

      Conseil : vous devez avoir en tête quelques noms de grands acteurs de votre secteur. Qui sont les producteurs de cinéma, de court-métrage, de télévision, que vous aimez et avec qui vous aimeriez travailler ? Quels sont les grands chiffres du secteur ? Quelles sont les lignes éditoriales des diffuseurs qui pourraient correspondre à votre projet ? Qui sont les conseillers de programme qui ont travaillé sur les émissions, séries françaises, films que vous regardez ?
      pNous vous proposons a href= »http://www.cedricsalmon.fr/2012/11/production-audiovisuelle-tv-fiction.html » target= »_blank »>une synthèse du marché français de la fiction, mais vous pouvez vous aider des magazines professionnels disponibles en kiosque (a href= »http://www.ecran-total.fr/sommaire-hebdo.html » target=_blank » rel= »nofollow »>Ecran total, Le film français essentiellement) pour vous faire votre propre idée et stocker les noms des producteurs dynamiques et les derniers films ou fiction diffusés sur la thématique qui vous intéresse. Le site du CNC regorge par ailleurs d’études sectorielles qui vous permettront de cerner les grandes tendances de votre secteur.
      Attention à la régurgitation : vous n’êtes pas là pour faire un cours, simplement pour montrer que vous savez de quoi vous parlez et que vous connaissez le marché de manière pro !

  2. Ne pas avoir fait ses devoirs
    • Devant tout producteur connu ou pas, vous devez être en mesure de citer quelques références de ses productions passées. Avez-vous vu ses films ? ses séries ? Un rapide détour par Internet (Imdb, Allociné, Wikipédia, etc.) vous permettra ainsi de connaître les premières informations essentielles.
    • Si vous n’avez rien vu de ses précédentes productions : pas de panique non plus. Vous pourrez glisser au producteur que vous attendiez votre rendez-vous pour vous faire une idée de son univers et regarder ses oeuvres passées avec un oeil plus averti.
    • S’il s’agit d’une petite société de production, vous devez au moins connaître son domaine d’expertise : fait-il du documentaire, de la mini-série ?

    Conseil : n’hésitez pas à lui poser des questions et à vous intéresser à son travail au cours de l’entretien. Le producteur sera ravi de parler de ce qu’il fait et cela vous permettra d’en savoir plus sur lui et de comprendre ce qu’il recherche et pourquoi il vous a donné un RDV. N’hésitez pas à resservir ce que vous avez appris sur lui à cette étape dans votre argumentation pour convaincre lors de la phase de négociation (voir erreur n °5).

  3. Ne pas sortir des lieux communs et des évidences
    • Certaines phrases trahissent les débutants. Or pour être pris au sérieux, vous devez maîtriser certains éléments de langage et vous conduire comme un pro.
    • Évitez ainsi de ressortir votre note d’intention. Un producteur ne s’intéressera pas à vous parce que vous avez un « un univers d’auteur unique, un concept fédérateur ou même un high concept, des personnages attachants ». Tous les auteurs ont une voix unique, des personnages emblématiques (normalement), etc.
    • Par ailleurs, en vous appesantissant sur ces détails, vous pourriez faire croire que votre projet est trop inhabituel ou qu’il sera impossible à vendre. Au contraire, vous devez justement bâtir votre argumentaire sur vos véritables points forts : arène jamais vue, personnages originaux, thématique d’actualité, etc. et montrer ce que vous y apportez de frais, de nouveau, en un mot d’original grâce à votre propre expérience (vous pouvez parler de tel ou tel sujet car vous avez travaillé pendant x années dans tel ou tel domaine par exemple).

    Conseil : restez concret. Le pire que vous pourriez faire serait de rester dans la déclaration d’intention, dans des clichés sur le métier de scénariste ou sur le monde du cinéma qui vous classeront directement dans la case débutant et qui laisseront supposer que votre écriture sera pleine elle aussi des clichés que vous venez de citer.
    Vous n’êtes pas là pour décrire votre projet idéal ou pour divertir votre interlocuteur, vous devez au contraire faire comprendre ce qui vous a motivé à écrire (votre vision du monde sur tel ou tel sujet, un angle original d’un sujet vu et revu par exemple) et en quoi, votre personnalité apporte un plus au projet.

  4. Rappeler ses échecs passés
    • Par manque de confiance ou d’expérience, certains débutants croient servir leur projet alors qu’ils insistent en fait sur des points qui mériteraient de rester cachés.
    • Inutile par exemple de dire que le projet a beaucoup circulé. « untel ou untel a beaucoup aimé (…) cela fait 5 ans que je travaille sur ce projet jour et nuit » sont ainsi des noms de code cachés pour signifier que vous êtes débutant, que vous n’avez écrit qu’un seul projet et que beaucoup de producteurs ont lu mais qu’aucun d’entre eux n’a assez aimé le projet pour s’impliquer. Vous devez faire strictement l’inverse, c’est-à-dire donner l’impression à votre interlocuteur qu’il est le premier à mettre la main sur une pépite et que vous avez beaucoup d’autres bons projets dans votre manche.
    • Inutile aussi d’aller trop vite en besogne en citant tous les acteurs et réalisateurs que vous avez contactés ou auxquels vous pensez pour le projet. Ce n’est pas forcément votre travail en tant que scénariste et si vous avez assez de bouteille dans le métier, vous savez que ce genre de sollicitations n’est efficace que quand un projet est à un stade avancé de production. Si vous en êtes à la première étape, c’est-à-dire celle de l’option, ce genre de déclaration d’intention est à éviter de toute urgence (sauf si par votre réseau personnel, vous connaissez des stars qui pourraient s’impliquer directement sur votre projet bien entendu).
    • Enfin, plus votre name dropping sera disproportionné, plus vous indiquerez par exemple que votre projet a été écrit pour telle ou telle star (qui ne vous a jamais répondu de fait), plus vous montrerez que vous êtes un grand débutant qui n’a pas les pieds sur terre. C’est comme si vous disiez « voici une liste des personnes qui ne veulent pas participer à mon projet. » et moins vous donnerez envie à un producteur.


  5. Tout accepter pour vendre
    • La dernière partie de l’entretien (celle de la négociation de l’option) sert en général au producteur à vous tester. C’est là que vous entendrez probablement des phrases de type : « êtes-vous ouvert au changement sur telle ou telle partie ? J’aime bien votre projet mais j’aimerais changer tel ou tel aspect… Accepteriez-vous un co-auteur plus expérimenté pour vous aider à améliorer l’efficacité générale de votre document ? Vous n’êtes pas très connu, or j’ai besoin d’untel ou untel pour vendre à telle ou telle chaîne » etc.
    • Si lors de cette phase, vous ne comprenez pas que le producteur teste en fait votre expérience et est intéressé par votre projet mais qu’il voudrait bien le faire faire par un autre scénariste plus connu et avec lequel il a l’habitude de travailler, vous êtes en danger. Ce n’est pas toujours le cas, mais il vous arrivera probablement à un moment ou à un autre de faire face à ce genre de demandes. Votre producteur veut mettre lui aussi tous les atouts de son côté pour vendre et un débutant est toujours un problème à gérer pour lui.
    • Il vous faut donc éviter les phrases de type « je suis ouvert à des modifications importantes, changer tel ou tel aspect ne me pose pas de problèmes, je peux tout changer si vous voulez, etc. » qui indiquent que vous êtes prêt à tout pour vendre. C’est encore pire si vous devancez un producteur qui ne vous a encore rien demandé. Laissez-le venir et reformuler clairement ses intentions pour les réfuter.
    • Tout l’enjeu de cette dernière partie est donc de minimiser votre aspect « débutant » même s’il n’y a aucune honte à l’être et de rassurer.
    • Conseil : vous devez faire comprendre à votre interlocuteur que votre projet ne se fera pas sans vous et que vous êtes prêt à repartir avec en cas de rejet de cette première proposition. Pour réussir tout entretien, il faut en effet être prêt à perdre. Si ce producteur veut vous éjecter de votre propre projet au premier RDV, c’est peut-être après tout qu’il n’est pas celui qu’il vous faut ou qu’il n’aime pas assez votre univers pour vous aider à le développer.
      Quelques arguments peuvent ainsi vous servir : c’est bien votre projet qui a motivé le producteur à vous recevoir, c’est votre vision du monde qui lui a plu, vous n’êtes pas fermé à des modifications mais cela viendra sans doute dans un second temps car il vous faut d’abord contractualiser pour bloquer les droits (sous-entendu d’autres producteurs veulent vous entendre pitcher), etc.

Nous croyons sur ce blog que tous les créateurs devraient pouvoir au moins proposer une version de leur projet : que par la suite vous ressentiez un besoin d’être épaulé sur l’une ou l’autre des étapes d’écriture, ou que vous trouviez intéressant de co-écrire avec un scénariste plus expérimenté voire d’abandonner le projet si la direction prise ne vous permet plus de vous y exprimer et de revendiquer votre univers, sont des points qui feront partie de négociations ultérieures. Ne limitez pas ainsi dès le départ votre investissement personnel (c’est bien vous qui êtes parti de la page blanche) en acceptant de partager votre création au pretexte que vous êtes débutant. Des débutants font parfois de meilleurs projets que des scénaristes chevronnés car la vision d’auteur n’attend pas le nombre des années… Pour vous aider à renforcer vos lacunes éventuelles de jeune auteur, n’hésitez pas aussi à faire appel à des script-doctors. Ces derniers vous pointeront les éléments à retravailler sans partager vos droits d’auteur. À bon entendeur ! Qu’en pensez-vous ?

2 comm. sur « Comment préparer un entretien pour signer sa première option? »

  1. Anonyme écrit le 17 avril 2013 à 14:39

    Un très bon billet dans l'ensemble.
    J'ai aimé et je pense que comme nous tous, les débutants veulent aller très vite pour vendre son projet et passer à autre chose. Or, c'est tout le contraire. Une question qui n'était pas dans ce billet :

    Peux-t-on demander au réalisateur, qu'on peut continuer à s'investir dans notre projet et d'écrire tous les épisodes, alors que c'était qu'un simple concept avec des idées ?

  2. Ecrit écrit le 18 avril 2013 à 22:08

    @Anon: y aurait-il des points avec lesquels vous n'êtes pas d'accord? Par ailleurs, je ne suis pas sûre de comprendre votre question. Un créateur peut écrire ce qu'il souhaite, du concept aux épisodes dialogués de sa série. Il n'a pas besoin de l'accord du réalisateur pour le faire.

Laisser un commentaire