Onze conseils pratiques pour améliorer son scénario

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Comment améliorer son projet quand on a déjà passé des heures et des heures dessus ? Je vous propose aujourd’hui onze conseils pour trouver des axes d’amélioration à vos réécritures qui vous permettront je l’espère, d’une part de prendre du recul par rapport à votre création, et d’autre part, de trouver un second souffle.


Il est en effet parfois difficile de savoir pourquoi son histoire ne tient pas alors qu’on a l’impression d’avoir construit une structure convaincante et d’avoir respecté toutes les règles du scénario (cf. 10 commandements pour apprendre à écrire un scénario).
Je vous propose ainsi une petite check list des points majeurs à reconsidérer pour améliorer l’efficacité, la profondeur, en un mot l’intérêt de votre projet.

  1. Mais faites tout d’abord une pause minimale de 15 jours avant de commencer toute réécriture d’envergureIl paraît parfois opportun de réécrire dans la foulée, quand on sent qu’on a de l’énergie, ou que des remarques de lecteurs semblent pertinentes. Cependant, après avoir donné énormément pour sortir une première version digne de ce nom, il faut se donner un peu de mou pour pouvoir engager un travail critique. Tout auteur a envie qu’on admire son bébé et ce, le plus rapidement possible, mais le temps est toujours l’allié du scénariste.

    Astuce : laissez reposer le tout une semaine ou deux, engagez vous dans un autre projet si possible, pour y revenir avec du recul. Car le recul est nécessaire pour ne pas s’enfermer dans des détails et avoir une vision d’ensemble, vous verrez alors plus clairement, les choses qui ne vont pas.

  2. Augmentez l’intérêt pour votre protagonisteBien évidemment, comme je l’ai déjà rappelé, le protagoniste tient votre histoire. C’est lui que nous allons devoir suivre pendant tout le film, alors s’il ne se passe rien, s’il ne veut rien, s’il n’a pas d’ennemis, nous allons vite décrocher. La première piste pour réécrire est ainsi de le rendre complètement actif. Reconsidérez vos scènes, et tous les endroits où il apparait : non seulement, votre personnage principal devra faire des choses, mais ces choses en elles-mêmes devront être intéressantes pour le spectateur. Surprenez-nous, renforcez telle ou telle caractéristique hors du commun, trouvez lui une faille forte.

    Technique : vous pouvez travailler la faille de votre personnage avec la technique du milking par exemple). Bref, vous l’avez compris, si votre protagoniste n’est pas intéressant, quelque soit la force de l’intrigue que vous aurez imaginée, nous ne vous suivrons pas.

  3. Recadenser le rythme de votre histoireTout comme nous devons faire des pauses pour respirer quand nous parlons, vous devez aérer votre histoire pour qu’on puisse la suivre avec plaisir. Évitez de pécher par excès : n’enchaînez pas les scènes d’action les unes aux autres sans leur donner une articulation logique et rythmique. Parfois, certains d’entre vous veulent trop bien faire et bourrent leur récit d’action, en espérant que cela divertira le spectateur. Le résultat atteint parfois l’indigestion. Tout comme la diarhée verbale est à éviter quand vous voulez convaincre, il faut trouver un rythme complexe où scènes d’action et conséquences s’enchaînent sans escalade.

    Technique : votre récit doit avoir des temps forts bien distincts (cf. la technique du break down utilisée sur un épisode du Village français qui vous montre concrètement comment parsemer ces temps forts sur un épisode de 52′.

  4. Rajoutez de la tension à vos lignes narrativesChacune de vos séquences doit contenir du conflit car vous menez une guerre pour tenir en haleine votre spectateur du début à la fin de votre histoire. Vos personnages doivent s’opposer entre eux, sur des enjeux clairement posés.

    Technique : construisez des objectifs réifiés, cf. le 1 de votre 1-2-3), sinon vous prenez le risque de déliter vos intrigues de leur intérêt premier.

    Par ailleurs, une scène sans conflits —qu’ils soient liés à l’ironie dramatique sur un personnage, à une scène d’action, à une dispute, à un mystère, etc.— est une scène qui ne sert à rien. Attention à ne pas tomber dans l’excès inverse, enchaîner des scènes avec des personnages en colère les uns après les autres ne sera jamais suffisant.

    Astuce : c’est le dégré de conflit, d’une scène à l’autre, avec les enjeux impliqués pour les personnages, et la difficulté qu’ils auront à atteindre leur objectif qui fera le sel de votre histoire. Ne mettez pas tous vos conflits au même niveau, parsemez les comme un assaisonnement varié en fonction du rythme et de l’avancée de votre histoire, car c’est la clé d’une histoire réussie. Le spectateur veut sa résolution finale (positive ou négative), mais il lui faudra la savourer et c’est à vous de lui donner une recette forte en émotions.

  5. Éliminez les temps morts scénaristiquesC’est peut-être l’objet premier de toute réécriture, car les scènes qui ne servent pas l’intrigue ou ne la font pas avancer directement (les scènes de description par exemple) sont les véritables points noirs d’un scénario. C’est à cause de ce genre de scène que vos scénarios finissent à la poubelle. Je pense à toutes les scènes d’exposition sans enjeux, à tous ces bavardages de personnages où l’on apprend rien au final. Chaque moment de votre histoire doit rapporter quelque chose au spectateur, écrivez utile ! Quand vous relisez, demandez vous toujours si la scène que vous avez écrite est indispensable au récit, si non, barrez-la et réinjecter les informations que vous vouliez faire passer sur vos personnages dans une autre scène, elle, indispensable.

    Astuce : il ne doit pas exister de temps mort dans votre scénario, car les ventres mous ralentissent le récit, et gènent l’efficacité de vos intrigues. Si vous en avez trop, c’est un indice qui montre que votre récit n’est pas assez tendu, et que les objectifs de vos personnages ne sont pas assez armés (ils manquent d’enjeux ou ne sont pas assez réifiés, trop abstraits, etc.).

  6. Ne vous répétez pasCertains auteurs mettent cinq scènes pour aboutir à un enjeu ou montrer une caractéristique de personnage. Une seule suffit généralement. C’est un défaut de débutant qui ralentit l’histoire. Votre scénario doit avancer toujours plus vite et votre réécriture doit pointer tous les moments qui se répètent, tant sur les émotions des personnages que sur leurs actions. Si vous voulez montrer la faille de votre personnage, faites le sur une scène forte au début de votre scénario, ne la dilluez pas sur quatre moments différents où la faille sera montrée de façons différentes. Cela ne sert à rien. Votre public est éduqué, il comprend les codes cinématographiques. Il faut lui en donner pour son argent, il vous en aimera mieux.
  7. Redimensionnez la profondeur de votre protagonisteParfois, il ne suffit pas de poser un objectif clair, des enjeux forts et des conflits nombreux pour rendre intéressant un personnage et créer de l’empathie. C’est déjà ça, me direz-vous, mais cela ne suffit pas à vous différencier de la masse… Il faut que votre personnage fonctionne comme une vraie personne, qu’il ait de la complexité, pour qu’on puisse croire à son existence, et ce même pour un film d’action. Vous devez pouvoir nous faire saisir concrètement ses différentes facettes, son histoire, ses regrets, ses rêves… soit à travers ce qu’il fait, soit à sa façon de réagir mais jamais à travers ce qu’il dit.

    Technique : montrez nous et ne nous dites rien (les américains le théorisent sous la phrase : show, don’t tell), c’est la clé pour être subtil. Il n’y a rien de plus désagréable que de voir un personnage commenter sa faille, ou raconter son histoire (je m’appelle X, 45 ans, célibataire, sans enfants, longtemps rejeté par ma mère, je blâme les femmes pour compenser mon manque affectif, bla, bla, bla). Vous ne le feriez pas dans la vraie vie, alors ne le faites pas faire à vos personnages parce que cela vous arrange. Soyez original, trouvez une façon saugrenue de faire passer ce genre d’infos, soit dans une scène d’action, soit dans un aftermath, etc.

    Par ailleurs, si vous n’êtes pas capable de donner des détails sur son passé, ses convictions profondes, sa manière de réagir, ses goûts, ses cicatrices, en un mot sa backstory comme disent les américains, c’est que vous n’avez pas assez creusé votre personnage. Il nous paraîtra alors sans relief, ou carrément cliché et nous nous désinteresserons de lui et de ce qui lui arrive.

  8. Renforcez la tâche de votre protagonisteCf. le cours dédié à la tâche, véritable socle de tout scénario. Je me permets juste d’apporter cependant une précision. Si la tâche est une notion pour décrire ce que fait concrètement un personnage dans un film ou une série (il enquête, il change d’identité, il survit, etc.), pour être intéressante, cette tâche doit avoir un rapport avec les enjeux, l’objectif et le thème de votre histoire. Il ne suffit pas ainsi que votre personnage fasse quelque chose pour qu’on s’intéresse à lui. Aller quelque part, se rendre au travail, discuter, prendre un verre, ne sont pas des tâches intéressantes. Votre personnage doit faire quelque chose de plus original ou impliquant pour faire avancer l’intrigue. Sa tâche doit avoir un impact réel sur l’histoire. Toutes les actions qui font que vous avez l’impression qu’il se passe quelque chose mais qui en fait ne sont pas liées directement à l’objectif du protagoniste sont donc à proscrire. Si en éliminant ces fausses actions, vous comprenez que votre personnage n’a plus rien d’intéressant à faire à part exister, c’est que vous n’avez pas de réelle tâche, mais que vous avez trouvé le réel enjeu de votre réécriture : trouver la tâche de votre personnage.
  9. Gardez votre capQuand on ne sait plus au milieu de l’histoire quel est le véritable objectif du héros, ou après quoi il court, c’est en général un bon indice de perte de cap. L’auteur s’est laissé débordé par ses rebondissements, ou a chargé trop de lignes narratives complexes au même niveau et laisse son spectateur perdu dans la confusion. Il faut toujours vous assurer que vous n’avez pas laché la main de votre public en cours de route. Ainsi, à n’importe quel moment de votre histoire, on doit toujours pouvoir savoir quel est l’objectif du héros, ce qu’il compte faire pour l’atteindre et les ennemis qui se dressent sur sa route. Les rebondissements que vous créez (souvent incarnés par les actions des antagonistes) ne doivent jamais remettre en cause ce que vous avez posé au départ, sinon, c’est que vous n’avez pas de véritable objectif ou de ligne de désir claire pour votre protagoniste. Il vous faudra alors repartir du début et recommencer par le 1 le cycle du 1-2-3.
  10. Éliminez les clichésQuand vous avez le sentiment de vous ennuyer durant un film alors que la structure est correcte, c’est que vous êtes surement tombé dans l’écueil du cliché. Un personnage cliché, une action cliché, un méchant cliché, etc… nombreux sont les pièges qui vous guettent dans un scénario. Tout comme votre public, vous avez vu des centaines de films, et tout comme lui, votre tête est remplie de schémas narratifs bien rôdés, que vous avez vus et revus, et qui font tellement partie de vous, que vous ne les reconnaissez même plus comme des clichés. Et pourtant… L’ennemi du scénariste est le cliché. Ainsi, ne doutez pas que toutes les premières idées qui vous viennent quand vous cherchez une tâche ou un personnage par exemple sont cliché. Le personnage du gentil geek, du méchant à cicatrice, du héros macho mais drôle, etc. sont cliché.

    Technique : si vous pouvez vous servir des 8 archétypes de comédie, vous devez absolument vous en éloigner quand vous écrivez dans les autres genres. Cherchez l’original, détournez vous de l’attendu, jouez avec les clichés : cela vous demandera certes plus de travail, mais vous en serez tellement mieux récompensé.

    C’est le sel de l’écriture que de se défier soi-même, et l’une des seules solutions que je connaisse pour se démarquer, alors, zappez les clichés.

  11. Enfin, attention aux fausses bonnes idéesJ’ai hésité à mettre ce dernier conseil, mais il est peut-être celui le plus important à suivre. Certains projets doivent finir dans un tiroir, et chaque scénariste en a toujours quelques uns bien au chaud qu’il n’en fera jamais sortir. C’est que certaines idées ne sont juste pas de bonnes idées, ou pas assez intéressantes en soi. C’est triste à dire, mais si à la relecture, vous arrivez à cette conclusion, ne perdez pas votre temps à reconfigurer votre histoire, elle n’est juste pas assez bonne en soi, peu importe la qualité des personnages ou l’originalité de la tâche que vous essaierez d’obtenir. Parfois, une idée vous semble incroyable, et puis, au fur et à mesure de l’écriture, vous vous rendez compte qu’en fait, vous n’arrivez pas à en tirer quelque chose d’intéressant. Vous avez beau la prendre dans tous les sens, chercher le genre le plus approprié, vous bloquez. Parfois, cela veut juste dire que ce n’est pas une bonne idée au départ.

    Astuce : souvent d’ailleurs, c’est le symptôme d’un mal plus profond : le concept est vague ou pas assez concret (un homme veut découvrir le sens de sa vie à travers un voyage, une femme veut sortir d’un deuil familial, …), le personnage trop antipathique ou déprimant, etc. Un remède simple existe à ce dernier écueil : pitchez votre idée à au moins 10 personnes dont la moitié à des gens qui ne sont pas très proches de vous, et regardez leur réaction. Si leur enthousiasme n’est pas à la hauteur du votre, abandonnez et cherchez une autre idée.

    Cela arrive à tout le monde, ne vous inquiétez pas, c’est juste la routine de tous les scénaristes.

Voilà, n’hésitez pas à partager avec nous les conseils que vous appliquez vous-mêmes lors de vos réécritures, tant cet exercice est difficile et pourtant inhérant au métier d’auteur. Plus vous trouverez du plaisir à réécrire, plus vous avancerez dans votre art, car vous savez bien qu’écrire, c’est toujours réécrire. J’attends avec impatience vos commentaires. Merci, et à très vite pour d’autres conseils.

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