Remakes, adaptations, reboot: où en est la création originale à Hollywood?

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MGM Studios vient d’annoncer que c’est Sam Raimi (Spider-Man, Evil Dead) qui produira le remake de Poltergeist. David Lindsay-Abaire (Rabbit Hole) est d’ores et déjà recruté au scénario, lequel est toujours centré sur une famille qui tente de délivrer sa petite fille d’un esprit maléfique.


Sam Raimi connait le scénariste en question depuis leur collaboration précédente sur Oz : the great and powerful. Cette information fait écho à une autre du même genre : Warner Bros a communiqué sur son projet de remake de la comédie Uptown Saturday Night sortie en 1974. Will Smith et Denzel Washington sont pressentis pour les deux rôles principaux, afin d’incarner deux hommes qui tentent de retrouver un ticket gagnant de la loterie, après un vol à main armée dans une boîte de nuit clandestine. Adam McKay (Anchorman) est en négociations pour la réalisation, sur un scénario déjà écrit par Timothy Dowling (Target). De son côté, Denzel Washington est également pressenti pour jouer dans le remake de la série The Equalizer, sorti en 1985 tandis que le studio FOX vient d’annoncer que le reboot de Daredevil était à nouveau d’actualité. Le scénariste David James-Kelly vient d’être embauché pour réécrire le script, précédemment établi par David Scarpa (Le Jour où la terre s’arrêta encore un remake !). Le nouveau scénario sera issu de l’opus Born Again de Frank Miller, qui faisait partie des numéros 227 à 233 de Daredevil publiés en 1986.
Ainsi, nous voyons là une bonne illustration du phénomène de recustomization permanent qui sévit à Hollywood.

Années après années, les mêmes projets défilent sous des formes différentes.

C’est un véritable défilé ! ­Hollywood est passé maître dans l’art de nous faire du nouveau avec de l’ancien, tant il est évident que les héros déjà connus garantissent de solides recettes dès le premier week-end de sortie. Alors, après avoir épuisé le filon des vieilles séries télévisées des années 1970 comme Starsky & Hutch ou encore Charlie et ses drôles de dames, Hollywood a naturellement pioché dans les années 1980 pour recycler ses anciennes gloires et séduire aussi bien les adultes nostalgiques que les jeunes avides de découvrir des histoires inusables. Mais le fond n’est pas inépuisable, et Hollywood attaque maintenant le filon des années 90 avec des films comme Men in Black, Total Recall, ou encore Lara Croft (Tomb Raider). On pense aussi à Scarface, Les chiens de paille, Highlander, Point Break, Dirty Dancing, Robocop, Suspiria, Old Boy, Bodyguard, Bonnie and Clyde, The Thing, Trois hommes et un couffin, Blade Runner, La Horde sauvage, Evil Dead… Une seule question me hante, mais jusqu’où iront-ils ? On peut aussi se poser la question de fond suivante : cette stratégie sans risques traduit-elle la mort de Hollywood ou de sa création originale ? Ou n’est-ce qu’une tendance lucrative pour un certain type de produits ?
Il faut fournir le monstre, et malgré la fuite des talents vers la TV, l’industrie cinématographique américaine produit encore beaucoup de créations originales.

C’est juste que le remake ou l’adaptation réduit les risques pour les studios.

N’oublions pas qu’un block buster réussi garantit la pérennité d’un studio sur plusieurs années. D’ailleurs le procédé n’est pas nouveau et a été appliqué dans d’autres arts : Picasso dès la fin des années 1950 s’est attaqué aux tableaux de ses artistes favoris (Velásquez, Manet, Delacroix…), Shakespeare a pompé toute l’intrigue de Roméo et Juliette sur celle d’un conte italien. Le problème réside alors plutôt dans la qualité du produit obtenu. Nous en revenons finalement aux basiques. Il y a des bons remakes et des mauvais remakes, qui sont fondés souvent sur des high concepts revisités.
Pour en savoir plus sur la différence entre un low et un high concept, je vous renvoie au cours Le high concept, ou Comment vendre son premier scénario à un producteur.
On peut citer par exemple de belles réussites comme Les infiltrés de Martin Scorsese, La Mouche de David Cronenberg, ou encore L’Armée des douze singes de Terry Gilliam. Vous remarquerez d’ailleurs qu’ils ont été faits par des maîtres de la réalisation qui en ont fait des oeuvres d’art et pas seulement de simples produits de masse. C’est d’ailleurs ce qui fait la force de Hollywood qui a parfois réussi à concilier industrie et art. Elle tente aujourd’hui simplement de s’adapter aux goûts du public. Les remakes traduisent donc une tendance actuelle à la nostalgie car même si les fans de Dirty Dancing crient au sacrilège, beaucoup d’entre eux paieront pour aller voir le remake. Sa qualité dépendra de la somme des talents investie sur le projet. Et vous, quels sont les remakes que vous irez voir cette année ?

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