Rentrée audiovisuelle: 5 tendances à suivre de la fiction française

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C’est la rentrée ! Il manque toujours 100 M€ à FTV pour boucler son budget, TF1 est toujours accro aux Experts, M6 reste sur ses émissions de coaching, la TNT continue de tailler des croupières aux chaînes hertziennes mais n’investit pas en création originale, etc. Pourtant, si l’on regarde bien, il se pourrait que 2013 soit effectivement l’année du changement de notre fiction nationale.

Quand Hollywood tourne en boucle sur ses remakes et adaptations en cascade de ses franchises de superhéros, Spiderman, ou encore Batman,… en France, nous continuons gentiment sur notre tendance nationale favorite : du film d’auteur inexportable et des séries non addictives… pourtant, en sourdine, comme si l’on faisait semblant que rien ne change, des tendances nouvelles sont en train de voir le jour au pays du Fromage. Analysons cela de plus près en quelques points :

  1. Les nouveautés qui s’installent : la fiction daytime low cost
    • Le test de la scripted réalité : tout le monde s’y met. TF1 avait donné le la avec Au nom de la vérité produit par Arthur qui séduit près de 25% de ménagères (dépassant Motus) et lance maintenant Mon histoire vraie (produit par Elephant & cie, la société de production d’E. Chain), sur un format de 13 minutes. En bref, de la fiction quotidienne bas de gamme qui parle du quotidien un peu sordide des Français. France 2 s’y était déjà mise avec Le jour où tout a basculé, florilège de bêtisier et c’est maintenant France 3 qui s’y colle avec Si près de chez vous (produite par 909 production pour France 3 et 13ème Rue) dans un format de 26′ dédié aux faits divers. Bien évidemment, ça marche : non seulement le coût de production est dérisoire et en plus, cela permet de remplir les grilles de façon quotidienne tout en rediffusant sur la TNT. Tout le monde est semble-t-il gagnant. Quid du téléspectateur ? La ménagère s’y retrouve aussi par rapport aux soaps US ou français qui ne prennent pas. On pense à l’échec de Talons aiguilles et bottes de Paille et Lignes de vie, fictions incapables d’assurer cette transfiguration du quotidien. Il semble donc que la fiction du réel ait de l’avenir, surtout pour des chaînes incapables de reproduire le modèle gagnant de PBLV.

  2. Tous sur le format court : la plus grande percée 2012 en termes de volume de production.
    • Des programmes fidélisant : Sur M6, en trois ans, Scènes de ménage a doublé son audience et caracole maintenant à plus de 5 millions de fans quotidiens avec un record à 6 millions en janvier dernier. C’est le programme le plus puissant sur les moins de 50 ans sur sa case horaire. Les autres chaînes ne sont pas en reste. Avec Nos chers voisins, TF1 a surfé sur les 7 millions de téléspectateurs quotidiens pendant l’absence estivale de Scènes de ménage et a choisi de lui consacrer une case horaire récurrente à la rentrée. De même, En Famille, la remplaçante sur M6 de sa grande soeur star a fait en moyenne des performances à 2,5 millions de téléspectateurs, ce qui a conduit la chaîne à la renouveler pour une saison 2. Arte va lancer Silex and the city et s’appuie déjà sur La minute vieille, succès d’audience surtout sur le web. France 2 opte pour un programme court quotidien centré sur Anne Roumanoff, intitulé sagement Roumanoff et les garçons, soit 7′ d’humour sous forme de sketchs, imitations et parodies avant le 20h. TF1 continuera d’ailleurs de miser sur Après le 20h, c’est Canteloup. Enfin, la TNT n’est pas en reste : elle s’intéresse à la fiction aux moyens légers en rediffusant les formats courts des grandes soeurs, comme NT1 avec Que du bonheur et qui va mettre à l’antenne VDM dérivée du site Vie de merde.fr et produite par Jean-Marc Dumontet (le producteur de Nicolas Canteloup). Bref, là aussi, une fiction humoristique, courte, industrialisée, peu chère et enfin exportable. Serait-ce la nouvelle équation mathématique d’une fiction nationale enfin rentable ? M’est d’avis que ce genre de formats va fleurir en 2013 : pas cher, il permet des innovations tout en limitant la prise de risque et surtout de communiquer de façon positive.
  3. De l’innovation pure : webséries et séries transmédia débarquent
    • l’essor de la web série : Canal+ s’y met en grand à l’occasion du lancement de la saison 4 d’Engrenages avec Inside Engrenages qui sera visible sur le site de la chaîne. Le principe est de se prendre pour un webreporter en immersion interactive. Mais, il n’y a pas que ça, Arte s’insère dans le dispositif de The Spiral, une série policière coproduite par 7 chaînes et diffusée dans 9 pays. Les internautes doivent investiguer sur le vol de tableaux dans des musées européens. Beaucoup d’autres ont éclos et parsèment le web. France TV à travers son action sur les nouvelles écritures en coproduit pas moins de quatre à la rentrée et France 4 lancera à l’automne une plateforme dédiée aux web-fictions. En somme de la fiction expérimentale financée à dose homéopathique qui pourrait trouver son public. À suivre donc de façon précise.
  4. La mort des grandes sagas estivales :
    • Quand la passion ne paie plus : d’échecs d’audience en échecs, les sagas ne font plus recettes. France 2 a goûté cet été à l’amère déception d’Inquisitio, France 3 n’a pas mieux fait avec Jeu de dames, qui après un démarrage satisfaisant s’est écroulée sur la fin, comme d’habitude. TF1 qui n’avait pas pris de risques cette année sur une production en propre s’est tout de même crashé avec Smash ainsi qu’Arte avec The Kennedys. Je n’y reviens pas mais même les feuilletons quotidiens Lignes de vie (45 épisodes de 26′) et Talons aiguilles et bottes de paille (26 épisodes de 26′) ont été à la limite de l’accident industriel au vu des audiences. On s’en doutait mais sur une fiction qualitative, le modèle français de production (cher et peu rentable) n’est plus adapté et ne s’est pas encore renouvelé pour proposer des sujets innovants et surtout bien traités. Car sans parler des accidents étrangers, les sagas françaises ont toutes le même syndrome : après un élan de curiosité, elles génèrent chez le téléspectateur de la déception sur le long cours quand il s’agit de maintenir les intrigues et faire vivre des personnages attachants. Pourtant, face au succès éclatant de la septième saison de L’amour est dans le pré, il semble que les Français aiment encore qu’on leur parle d’amour. À méditer.
  5. 2013 ou l’année des coproductions internationales :
    • Un nouveau modèle économique pour être rentable : tout le monde en fait, tout le monde en veut, la copro internationale est la solution aux problèmes structurels de production de la fiction française. TF1 s’y met joyeusement avec Jo, la série construite autour de Jean Reno. Série créée par René Balcer (le showrunner de New York Police Judiciaire et New York Section Criminelle), Malina Detcheva et Franck Ollivier, elle met en scène un grand flic charismatique (low concept centré autour d’une star) qui traitera d’enquêtes au coeur de Paris avec son équipe.
      Pour en savoir plus sur la différence entre un low et un high concept, je vous renvoie au cours Le high concept, ou comment vendre son premier scénario à un producteur.
      À part Canal+ qui en fait son modèle économique de référence, les autres chaînes tentent le coup et le coût sur des projets stars à forte notoriété. Qu’en diront les audiences ? Si cela marche avec Canal+ qui ne complexe plus à l’idée d’aller chercher des savoirs faire étrangers sur une niche qualitative, je ne suis pas sûre que tous les autres projets fonctionnent de la même manière dans des chaînes peu habituées à partager leur leadership. À voir.

Que retenir ? Sur ces cinq premières tendances de la rentrée, nous voyons bien que les groupes audiovisuels sont au taquet pour capter et fidéliser leurs téléspectateurs. L’ère de la TV captive semble être enfin terminée, ce qui laisse augurer malgré la crise, une bonne nouvelle. Nous verrons ces prochains jours d’autres tendances intéressantes à décrypter sur les nouveautés annoncées par nos chaînes préférées. D’ici là, n’hésitez pas à partager avec nous vos ressentis sur ces premières annonces.

Un commentaire sur « Rentrée audiovisuelle: 5 tendances à suivre de la fiction française »

  1. Anonyme écrit le 21 septembre 2012 à 15:43

    Niveau scripted réalité, on peut aussi citer le Hollywood Girls de NRJ12 où les dialogues sont carrément improvisés. Ce qui est intéressant à constater avec cette série, c'est qu'elle touche énormément le public 15-25 ans. Ce modèle scripted réalité est donc capable à priori de toucher tous les publics et peut être adapté à toutes les sauces (attendons nous à une série policière dans ce style très bientôt à mon avis !)

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