Rentrée littéraire: 10 conseils pour envoyer un manuscrit

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Pour améliorer notre discussion sur les meilleures façons de se faire publier par une maison d’édition professionnelle, je vous propose cette semaine de poursuivre mon dernier billet : faire éditer son premier roman en insistant cette fois-ci sur dix conseils concrets d’aide à l’envoi de vos manuscrits.


En effet, même si nous connaissons tous en théorie ce qu’il faut faire et ne pas faire quand on envoie son premier roman, il est parfois judicieux de reprendre les conseils de base à appliquer pour améliorer ses chances et pouvoir sortir du lot. Certains conseils sont facilement applicables tandis que d’autres prennent parfois du temps et des années de dur labeur pour pouvoir être assimilés.

  1. Soyez incollable sur les éditeurs que vous ciblez pour vos envois :
    • Pour être sûr de ne pas vous tromper, traquez le site Internet de l’éditeur en question et faites-vous une idée de son roman type. Le net et les revues spécialisées regorgent d’informations intéressantes et les plus gros éditeurs ne sont pas forcément la panacée. Entre Gallimard et Grasset qui reçoivent de 6 à 8000 manuscrits par an et une petite maison d’édition qui en reçoit moins d’une centaine, vous avez compris que vos chances ne sont pas forcément similaires.
    • Le plus important est ainsi de se renseigner : passez un coup de fil au standard pour savoir si l’éditeur est en recherche est une bonne façon de sécuriser son envoi tout en récoltant le nom d’un destinataire éventuel, qui préférera toujours un envoi personnalisé à un envoi anonyme. À bon entendeur…
  2. Sachez vous situer :
    • En tant qu’auteur professionnel, vous devez avoir un minimum de connaissance du secteur de l’édition et de votre propre positionnement. Avez-vous écrit un livre somme de 700 pages ou un roman court de 200 pages ? Surfez-vous sur une actu chaude ? Un thème particulièrement fédérateur comme la famille dysfonctionnelle ? Êtes-vous sur une niche (ex : SF spécialisée sur les robots) ou au contraire sur une littérature intimiste de type chronique ? Toutes ces questions vous permettront de vous mettre dans la peau de votre éditeur. Chercher à savoir comment il pourra vous marketer (dans un sens objectif) vous aidera peut-être ainsi à réfléchir à qui sera le mieux positionné pour le faire.
    • Une bonne façon de cibler ses envois est à la fois de comparer son propre positionnement à l’ensemble des publications d’un éditeur ainsi qu’à son degré d’ouverture aux nouveautés. S’il n’a jamais publier aucun nouveau roman et qu’il est spécialisé en littérature étrangère (comme beaucoup de maisons d’édition actuelles), ce n’est peut-être la peine de lui consacrer un envoi. Par contre, si vous écrivez pour un genre donné (policier ou fantastique par exemple), vous pourrez mieux cibler des maisons parfois provinciales capables de prendre le temps de vous lire en fonction de leur priorité du moment. L’essentiel est de faire correspondre un positionnement à une cible…
  3. Allez au salon du livre :
    • Un passage au salon du livre pour poser toutes vos questions et éventuellement pitcher votre roman est une bonne façon de sélectionner et de récolter les identités de vos premiers destinataires… Cette démarche est intéressante pour rencontrer des éditeurs plus confidentiels et commencer une première prise de contact.
    • Comme pour tout entretien professionnel, vous devez être préparé, avoir peut-être prévu des exemplaires papier à distribuer et faire aussi sérieux que possible. Le salon du livre se tient une fois par an et rassemble l’ensemble des professionnels du secteur. Il est une bonne opportunité pour vous faire une idée du potentiel de votre idée et récolter des cartes de visite. Vous verrez ainsi précisément qui recherche quoi en fonction du genre, style et cible de votre roman. Avant de vous y rendre, faites dabord une préselection des maisons qui pourraient être intéressées par votre projet et préparez votre pitch. Ce sera aussi l’occasion d’échanger avec de jeunes auteurs en dédicace.
  4. Méfiez-vous du compte d’auteur :
    • Être publié peut-être très facile si vous vous financez vous-même (toutes les pratiques existent mais ce qui est sûr c’est que cela ne vous aidera pas à être reconnu professionnellement), être édité est une autre affaire. Quand l’une est rapide et chère, l’autre peut prendre des années mais elle sera gagnante sur le long terme.
    • Ne renoncez pas et résistez aux sirènes de tous ceux qui prétendent qu’il faut toujours payer pour être lu. Comme travailler gratuitement, ce n’est pas la solution pour devenir professionnel même s’il n’y a rien de déshonorant à le faire.
  5. Utilisez les goûts personnels de vos lecteurs :
    • Misez sur le subjectif : Si vous connaissez personnellement l’univers d’un des lecteurs ou ses goûts, n’hésitez pas à lui envoyer votre manuscrit si celui-ci s’inscrit dans son univers personnel. Certains éditeurs et grands lecteurs de maisons connues ont communiqué sur ce qu’ils attendent. Il n’est ainsi pas difficile de trouver des clés d’entrée car si vous matchez avec leurs thèmes ou une arène qui les intéresse, vous avez a priori plus de chances de le convaincre.
    • Cela peut aussi s’avérer à double tranchant car votre lecteur aura plus d’attentes par rapport à votre oeuvre. Ce conseil est donc à manier avec précaution.
  6. Respectez les usages de base de la profession :
    • Envoyez vos manuscrits sous format standard : imprimés recto seulement, paginés et non reliés dans une police d’écriture classique (Times le plus souvent) en double interligne, taille 14 avec marge à gauche plus importante que celle de droite.
    • Votre envoi peut contenir une lettre d’introduction (mini note d’intention d’une page) qui servira à vous présenter brièvement, à qualifier le thème du projet et à faire un résumé court de quelques lignes de votre manuscrit (N’hésitez pas à utiliser la technique du 1-2-3 pour vous y aider).
  7. Maniez avec précaution l’envoi dématérialisé :
    • Certains éditeurs permettent maintenant d’envoyer des fichiers informatiques. Vérifiez donc bien sur leur site cette possibilité, mais évitez tout envoi de type groupé. Il n’est pas forcément intéressant pour vous d’avoir un fichier qui se ballade dans la nature. De même, envoyer à une centaine éditeurs sans ciblage préalable vous mènera probablement à une centaine de refus.
    • Considérez plutôt chaque maison d’édition comme un individu à convaincre et personnalisez toujours votre envoi en montrant que vous connaissez l’éditeur à qui vous vous adressez. Vous donnerez ainsi de meilleures chances à votre envoi d’être pris au sérieux.
  8. Faites fructifier votre réseau :
    • Comme dans tous les secteurs, les passe-droits sont nombreux dans le monde de l’Édition. Profitez donc au maximum de votre réseau. Vous connaissez personnellement un des lecteurs, votre ami d’enfance est le fils d’un des éditeurs de la maison, votre tante travaille au secrétariat chez l’éditeur que vous ciblez, vous pouvez être recommandé par un auteur connu, vous êtes connu dans un tout autre domaine, etc.
    • Vous avez compris, tout le monde a su exploiter un jour ou l’autre ses pistons, n’oubliez pas de faire fonctionner les vôtres pour attirer l’attention : au mieux vous serez lu avec plus d’attention, au pire vous n’aurez pas diminué vos chances.
    • Pour ceux qui n’en possèdent pas, ne vous inquiétez pas, il existe bien d’autres façons de se démarquer (notamment d’avoir écrit un bon roman par exemple) mais contrairement à d’autres domaines où le piston peut-être mal vu, dans les professions artistiques, il agit au contraire comme un élément complémentaire à votre cooptation dans la grande famille des artistes. Injuste ou pas, cette pratique ne doit pas vous être inconnue. Utilisez-la seulement avec intelligence pour signifier à votre interlocuteur que vous n’êtes pas une oie blanche complète et que vous savez où vous mettez les pieds.
  9. Envoyez par salve et par type de maison d’édition :
    • Groupez vos envois par taille de maisons d’édition : s’il est parfois fastidieux de faire de chaque envoi un envoi personnalisé, une des façons de gagner du temps est de rassembler les éditeurs par taille et par type de ligne éditoriale. En fonction de cette dernière et du nombre de leurs publications annuelles, vous pouvez ainsi vous constituer un petit fichier personnel des éditeurs que vous êtes susceptibles d’interesser. Envoyer à un même type vous permettra ainsi de mieux comprendre ses besoins et de mieux qualifier les retours éventuels que vous obtiendrez.
    • L’intérêt est que vous soyez lu de toutes les façons. N’hésitez donc pas à envoyer à plusieurs éditeurs à la fois (tout en respectant les instructions ci-dessus) pour utiliser les avis précieux de lecteurs professionnels qui auront les mêmes valeurs. Envoyez par salve, dix par dix par exemple en attendant les premiers retours de la salve précédente avant d’envoyer la deuxième. Vous aurez ainsi plus de recul pour recalibrer vos envois et éventuellement réécrire entre deux envois.
  10. Utilisez vos lettres de refus pour réécrire :
    • En moyenne, un munuscrit peut être refusé par plus de cinq éditeurs différents avant d’obtenir une réponse positive. La pauvre JK. Rolling s’est fait refuser Harry Potter à l’école des sorciers, quatorze fois. L’essentiel dans votre démarche est pourtant de pouvoir être lu. Tous les manuscrits envoyés sont en général traités. L’intérêt de cette belle opportunité (cf. une comparaison avec le monde audiovisuel sur ce que cherche un producteur dans un scénario) est qu’elle permet d’offrir à la majorité des recalés, une lettre de refus.
    • Souvent standardisée, elle peut dans certains cas être personnalisée, ce qui est déjà une victoire en soi. Un des lecteurs prendra la peine de vous contacter pour vous expliquer pourquoi il n’a pas retenu votre projet. C’est en soi un extraordinaire encouragement. Soit il vous orientera éventuellement vers une autre maison plus propice selon lui à accueillir votre texte, soit il vous fera des critiques constructives.

Que retenir ? Bien évidemment la construction d’un roman demande la même rigueur que n’importe quel autre récit. Ce n’est pas parce que vous avez plus de libertés (essentiellement en termes de format) que vous devez vous affranchir des règles de base de la dramaturgie. Plus votre travail sera original, percutant, fort et bien écrit, plus vous aurez de chances de passer les différents barrages de lecture. Ainsi, avant d’envoyer votre bouteille à la mer, prenez garde d’avoir en tête ce dernier conseil : pour avoir les meilleures chances, restez dans la moyenne et ne dépassez pas 250 pages pour un premier roman. Vous souhaitant bonne chance pour vos différents envois, n’hésitez pas à partager avec nous vos différentes expériences sur le sujet.

Un commentaire sur « Rentrée littéraire: 10 conseils pour envoyer un manuscrit »

  1. Natacha écrit le 8 septembre 2012 à 16:59

    Prendre des contacts est un des meilleurs conseils. Plus vous aurez de contact plus vous pourrez être guidé dans vos démarches. Contacter par téléphone est une très bonne démarche qui montre à votre interlocuteur que vous ne plaisantez pas que vous n'envoyez pas au hasard. Les salons font rencontrer des professionnels mais aussi et surtout les lecteurs ! il est vraiment précieux d'avoir ce contact, aussi pour avoir des retour sur vos œuvres ce qui est très enrichissant. En tout cas c'est vraiment génial on est au cœur de ce qu'on aime, c'est merveilleux ! Personnellement l'avis de mes lecteurs compte autant que celui de mon éditeur, cela fait vraiment avancer ! Je me souviens de King parlant de sa collection de lettres de refus ! effectivement il ne faut jamais baisser les bras même si ça doit prendre des années, soyez en convaincu, si vous y croyez cela ne peux que marcher !

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