Sherlock, série anglaise symbole d’une réussite nationale

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La masterclass sur la fiction britannique organisée par The media faculty les 27 et 28 mars dernier à Paris nous permet de vous faire un point sur les différences entre les systèmes de production français et anglais.
sherlock serie anglaise exemple

Le succès des séries anglaises n’est pas dû à la langue anglaise


On pourrait croire que si les fictions britanniques s’exportent bien, c’est parce qu’elles sont tournées en anglais, langue internationale. FAUX !

Pour mémoire, le français est parlé par plus de 200 millions de gens dans le monde et nos exportations audiovisuelles représentent un total de 120 millions d’euros, soit dix fois moins que les programmes allemands… dont la langue n’est parlée que par 100 millions de gens dans le monde (cf. notre article Le bilan des exportations audiovisuelles 2012 français et ce que le CNC ne vous dit pas).

Les grands pays européens possèdent tous des entreprises de doublage performantes. Les Américains doublent systématiquement toutes les fictions étrangères (même anglaises !) Le choix de la langue n’est donc pas prépondérant sur les critères d’achat d’une fiction. C’est justement la raison pour laquelle les nouveaux pays émergents comme la Suède, le Danemark ou les Pays-bas n’ont aucun mal à exporter leur production.

Le succès des séries anglaises n’est pas dû à leur volume de production


La France produit certes deux fois moins d’heures de fiction que le Royaume-Uni (768 contre 1375 heures) mais elle en exporte dix fois moins, ce qui est beaucoup plus préoccupant : c’est le contenu qui pêche (cf. notre billet : les séries US ont-elles tué les séries françaises ?). Rappelons qu’au niveau mondial, la fiction est le genre le plus prisé des téléspectateurs : 42% des programmes les plus regardés dans plus de 70 territoires sont de la fiction (37% pour le divertissement, et 21% pour les magazines ou l’information). Contrairement aux séries françaises, les séries anglaises sont reconnues pour leur créativité, ce qui leur permet d’être vendues à l’international tout en étant très prisées sur leur marché local.

56% des séries anglaises diffusées en 2013 étaient des nouveautés (plus de 400 séries originales ont été lancées depuis 2008). En France, nous plafonnons à moins d’une vingtaine de nouveaux projets par an… quatre fois moins que la perfide Albion.

La croissance de ces dernières années au Royaume-Uni est due à une montée en gamme dans la création originale, qui donne les résultats suivants :

  • contrairement à la France, 100% des séries les plus performantes en Angleterre sont locales et sont diffusées par deux chaînes, BBC et ITV, l’une publique et l’autre privée. BBC et ITV produisent le gros contingent des hits mondiaux :

    Sherlock,

    Doctor Who (qui vient de fêter son 50ème anniversaire et qui est vendu dans plus de 75 pays),

    Parade’s End,

    Call the midwife (qui a atteint la plus haute audience pour un drame depuis 2001),

    EastEnders (qui cumule près de 200 heures sur la saison 2012-2013 côté BBC),

    Downton Abbey,

    Mr Selfridge,

    Broadchurch (qui a eu une courbe croissante forte d’audience pendant toute sa diffusion passant de 7,4 à 8,4 M de téléspectateurs en 8 épisodes),

    Coronation Street (qui cumule plus de 250h de fiction sur la saison 2012-2013),

    Plebs (qui a acquis la plus haute audience pour une série comique originale côté ITV).

  • des challengers montent aussi en gamme, tel Channel 4 qui peut compter sur Shameless, Fresh Meat, Utopia (qui a battu tous les records de sa case de diffusion lors de la première, +75%), ou encore Youngers.

  • Il faut aussi compter sur Sky qui produit avec succès Moone Boy, Hit & Miss, The Spa, tandis que Channel 5 lance une nouvelle série policière Evidence, première fiction originale de la chaîne depuis 8 ans.

Le succès des séries anglaises n’est pas dû à l’industrialisation


Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la fiction anglaise n’est pas une industrie : beaucoup de mini séries, peu d’épisodes par saison, une durée plus proche du long métrage que du one hour drama américain… le format des séries britanniques est très proche d’une Joséphine ange gardien

The Fall ? 5 x 60 min.

Sherlock ? 3 x 90 min.

Silent witness ? 4 à 6 épisodes de 120 min par an.

The great train robbery est un 2 x 90 min.

Death Comes To Pemberley est un 3 x 52 min.

Ces fictions sont déjà exportées en Norvège et en Belgique, sans parler de Peaky Blinders qui a explosé les audiences de sa case sur BBC2 (+60%) avec seulement 6 épisodes de 52 min ou The smoke qui a triplé l’audience de Sky1 (sur les 16-34 ans) avec 8 épisodes de 52 min.

Nous sommes très loin des 24 épisodes par saison des US.

Ce faible nombre d’épisodes explique pourquoi les scénaristes anglais n’écrivent pas en atelier d’écriture. Tout comme nous, ils n’en ont pas besoin. Cependant, à la différence de la France, l’Auteur est placé au centre du processus de création et les frontières entre cinéma, théâtre et télévision sont poreuses (le créateur d’Utopia est un metteur en scène de théâtre, celui de Luther est un scénariste de cinéma, etc.) De ce respect du savoir-faire en dramaturgie résulte une meilleure qualité générale :

  • les anglais sont les deuxièmes exportateurs de programmes audiovisuels derrière les États-Unis (Downtown Abbey et Mr. Selfridge sont dans le top des séries étrangères regardées en Norvège, en France et aux Etats-unis) ;
  • les scandinaves sont très friands des séries anglaises au point qu’un quart de l’audience du Danemark est assuré par les séries britanniques ;
  • de nombreuses séries anglaises ont été adaptées aux US avec succès comme The Office, House Of Cards, Doc Martin, Come fly with me, Shameless, etc. D’autres adaptations ont été annoncées : Utopia par HBO ou Broadchurch par France 2.

« TV is changing »


Face à la concurrence des contenus et aux nouveaux usages (cf. notre billet sur la fiction française à l’ère de la TV connectée), la TV anglaise sait s’adapter. Elle propose maintenant une majorité de contenus en différé et cisèle de véritable stratégies digitales pour ses séries.

— Une application mobile a été créée pour lancer la saison 3 de Sherlock sur la BBC.

— Channel 4 a créé un site web et une application mobile dédiée ainsi qu’un jeu in situ pour le lancement d’Utopia.

— Les plateformes de TV de rattrapage deviennent la norme avec Iplayer pour BBC, ITVplayer pour ITV. Channel 4 a le sien également.

— BBC 3 va devenir entièrement on line et annonce le renouvellement de ces séries (comme Bad Education) qui seront disponibles online avant la diffusion TV.

Contrairement à la France où ces procédés sont balbutiant et réservés à une élite de séries (de Canal+ surtout), un monde d’opportunités continue à s’ouvrir pour les fictions anglaises. Dans ce cadre, la BBC vient de signer un partenariat avec Hulu.com, un portail similaire à Netflix, pour promouvoir 2000 programmes de son catalogue. Elle va également produire des séries comme The wrong mans avec Hulu ou Ripper street avec Amazon.

Les opérateurs privés misent aussi sur la fiction : Sky, chaîne challenger, a augmenté de 50% son budget fiction et ambitionne de dépenser 600 Millions de livres sur 3 ans depuis 2011. Nous sommes très loin des 140 millions d’euros de budget fiction de TF1 qui est pourtant notre opérateur majeur.


Bref, s’il ne fallait retenir qu’une chose de cette master classe : le succès local de la fiction est le premier pas vers la reconnaissance internationale !

sherlock master cals serie anglaiseHigh concept remercie The Media Faculty pour son invitation. La masterclass sur la fiction britannique était riche et très bien organisée.
Nous vous encourageons d’ailleurs à vous inscrire à la prochaine : écrire des films et séries d’animation où nous serons présents.

4 comm. sur « Sherlock, série anglaise symbole d’une réussite nationale »

  1. Anonyme écrit le 27 avril 2014 à 14:56

    Merci pour cet article !
    Dommage qu'il y ait plus trop d'article ici.

  2. Ecrit écrit le 27 avril 2014 à 19:05

    @anon: notre emploi du temps a été très bousculé ces derniers temps, mais ne perdez pas patience, beaucoup de nouveaux billets devraient apparaître très bientôt. Julie S.

  3. Ludovic écrit le 28 avril 2014 à 08:50

    Ce que recherche réellement les téléspectateurs se sont des courtes saison, par exemple 12 épisodes pour chaque saison (TeenWolf) ou encore que la toute première saison doit terminer entièrement son enquête pour donner des conclusions rapidement (broadchurch).

    Une série de trop longue saison, on ne sait plus si la série avance réellement ou elle stagne complétement. Les téléspectateurs doivent se sentir perdu. Pour ma part, 12 épisodes pour chaque saison qui permet de garder une bonne qualité, je trouve cela convenable au lieu de 22 épisodes qui dure indéfiniment.

    Où encore de terminer la série sur une seule saison, mais bon, ça va représenter un vrai challenge.

  4. Ecrit écrit le 5 mai 2014 à 18:40

    @Ludovic: merci pour vos précisions! Le nombre d'épisodes peut aussi être une conséquence d'une structure purement bouclée ou plus feuilletonnante. Dans ce dernier cas, il est parfois difficile d'étaler sur plus de 12 épisodes, vous avez raison. Merci de votre fidélité. Julie

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