Comment intégrer un twist à la Sixième sens au climax sans nuire à la structure de son scenario

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Ayant critiqué récemment sur ma page facebook la fin calamiteuse de Dexter en révélant par inadvertance certains détails du Finale, je me suis attirée à juste titre les foudres de certains de mes « amis » qui n’avaient pas encore vu la dernière saison de la série. Cela m’a inspiré mon conseil d’aujourd’hui sur la bonne façon de faire un climax avec une révélation finale, car l’essentiel n’est pas de connaître la fin, mais bien d’avoir profité du voyage.

Un high concept sur le 3 du 1-2-3 n’est pas un high concept !

Comme vous le savez, un high concept peut être fait sur le 1, c’est-à-dire le déclencheur, sur le 2 (que nous appelons tâche) ou plus rarement sur le 3 (climax) du 1-2-3.

Attention : je ne le répèterais jamais assez, dire d’un projet qu’il est un low concept n’est pas un jugement de valeur ! Pour en savoir plus sur la différence entre un low et un high concept, je vous renvoie au cours sur le high concept ou comment vendre son premier scénario à un producteur.

Ce dernier type de high concept repose sur une révélation finale (autrement appelée dans le métier « twist final », terme à ne pas confondre avec la technique de brainstorning qui consiste à « twister » un élément actantiel : pour vous exercer à trouver des high concepts, n’hésitez pas à vous reporter au chapitre dédié de notre cours et à utiliser nos techniques de brainstorming).
Le but de ce type de structure est d’apporter une nouvelle vision, un changement de perspective radical sur la totalité du récit, afin de prolonger l’expérience du spectateur en l’obligeant à se projeter mentalement le film une seconde fois, à la lumière de cette nouvelle information. La position idéale d’un tel twist est donc le plus proche possible du générique de fin et c’est la raison pour laquelle il n’aboutit pas à un high concept commes les autres : il ne peut pas vous servir pour structurer. En effet, vous ne pouvez pas demander à votre spectateur d’attendre gentiment la fin de l’histoire pour comprendre les motivations de vos personnages et jouir du récit.

Solution : écrire deux histoires au lieu d’une

La première histoire doit non seulement cacher les différents inserts de la révélation finale, mais elle doit aussi et surtout tenir les spectateurs intéressés jusqu’à la révélation. Dans ce cadre, c’est bien la première histoire qui est la plus importante à soigner (l’histoire au premier degré). La révélation finale qui donne une clé de lecture pour permettre de relire le récit sous un autre angle (histoire au second degré) n’est là que pour donner un plaisir supplémentaire au spectateur, comme un ajout, ou un TOPPER comme disent les Américains. Je vous en propose quelques exemples ci-dessous.
Vous noterez que sans le retournement final, tous ces pitchs (indépendamment du genre utilisé pour structurer) tiennent parfaitement la route. C’est d’ailleurs comme ça que vous devez raconter ce type de projet à un producteur : votre retournement final devant servir comme le dernier argument pour le convaincre et non pas comme le premier.

  • SIXIÈME SENS :

    Le pitch : le docteur MALCOLM CROWE, psychologue pour enfants, est hanté par son échec vis-à-vis d’un jeune patient perturbé qu’il n’a pas réussi à aider et qui alors qu’il est devenu adulte, vient de faire une réapparition soudaine dans sa vie en se suicidant devant lui. Lorsqu’il rencontre COLE SEAR, un garçon de 8 ans aux mêmes symptômes que son précédent patient, il ne peut s’empêcher de s’intéresser à son cas. Mais le secret de Cole est terrible : le garçonnet prétend être doté d’un sixième sens, une faculté qu’il vit comme une malédiction et qui lui permet de voir des gens morts. Le docteur Crowe se promet alors de tout faire pour aider le jeune garçon à gérer son imaginaire macabre et à trouver une explication rationnelle pour expliquer ses troubles.
    Pour construire vous aussi des enquêtes efficaces même paranormales, n’hésitez pas à consulter le cours comment écrire une histoire policière.

  • FENÊTRE SECRETE :

    Le pitch : MORT RAINEY devrait être devant son ordinateur à écrire un autre de ses romans à succès. Mais son divorce le détruit et le prive de toute inspiration. Tout ce qui touche à la rupture devient un véritable cauchemar et sa page reste blanche. Un jour, un inconnu nommé JOHN SHOOTER se présente à sa porte et l’accuse d’avoir plagié son histoire. L’homme demande réparation. Malgré les efforts de Rainey pour le calmer, l’individu devient de plus en plus vindicatif. Sa notion particulière de la justice pourrait bien le conduire jusqu’au meurtre. Forcé de se lancer dans un affrontement qui va le pousser au bout de lui-même, Rainey va se découvrir des ressources d’astuce et de détermination qu’il n’aurait jamais cru avoir. Il va en avoir besoin, parce que l’étrange Shooter semble le connaître mieux qu’il ne se connaît lui-même…
    Pour comprendre et créer les scènes obligatoires de votre thriller, n’hésitez pas à consulter le conseil gratuit écrire un film dans le canon du genre thriller.

  • UN HOMME D’EXCEPTION :

    Le pitch : en 1947, étudiant les mathématiques à l’université de Princeton, JOHN NASH Jr., un brillant élève, élabore sa théorie économique des jeux. Pour lui, les fluctuations des marchés financiers peuvent être calculées très précisément. Au début des années cinquante, ses travaux et son enseignement au Massachusetts Institute of Technology ne passent pas inaperçus et un représentant du Département de la Défense, WILLIAM PARCHER, se présente à lui pour lui proposer d’aider secrètement les États-Unis. La mission de John consiste à décrypter dans la presse les messages secrets d’espions russes, censés préparer un attentat nucléaire sur le territoire américain. Celui-ci y consacre rapidement tout son temps, et ce au détriment de sa vie de couple avec Alicia. Ce job n’est toutefois pas sans risques : des agents ennemis surveillent ses moindres faits et gestes. Mais personne ne le croit…
    Pour structurer votre drama avec subtilité, n’hésitez pas à vous servir du modèle donné dans nos conseils pour Flight via la définition du héros joué par Denzel Washington ou encore pour Scent of a woman avec la technique de l’objectif réifié.

  • L’ANTRE DE LA FOLIE :

    Le pitch : spécialiste incontesté du roman d’épouvante, SUTTER CANE est devenu une idole. Une foule de lecteurs attend avec une impatience hystérique son nouveau roman : L’antre de la folie… Alors que les éditeurs s’apprêtent à le publier, l’auteur disparaît mystérieusement. HARGLOW, propriétaire de la maison d’édition, charge JOHN TRENT, un inspecteur d’une compagnie d’assurance et LINDA STYLES, une de ses employées, de retrouver Cane d’urgence. En parcourant ses livres, ils découvrent peu à peu des indices. L’enquête les conduit à Hobb’s End. Seul problème : cette ville fictive n’existe QUE dans les romans de Cane…
    Pour savoir comment faire peur, n’hésitez pas à consulter le conseil gratuit dédié pour comprendre les fondamentaux du genre Horreur.

  • FIGHT CLUB :

    Le pitch : le narrateur, sans identité précise, vit seul, travaille seul, dort seul, mange seul ses plateaux-repas comme beaucoup d’autres personnes seules qui connaissent une misère humaine, morale et sexuelle. C’est pourquoi il va devenir membre du Fight club, un lieu clandestin où il va pouvoir retrouver sa virilité, ainsi qu’une sociabilité via l’échange et la communication. Ce club est dirigé par un certain TYLER DURDEN, sorte d’anarchiste mi-gourou mi-philosophe qui prêche l’amour de son prochain.
    Petite devinette pour le dernier : pouvez-vous me dire quel genre majeur a été utilisé ici pour structurer ?

La méthode de Philip K. Dick : « le coup du rat » 

Un des auteurs spécialisés dans ce type de mécanique est Philip K. DICK. Il appelait justement cette révélation finale le COUP DU RAT en référence à un jeu qu’il jouait avec sa soeur. Ils devaient se faire deviner des animaux. Quand Philip sentait qu’il allait perdre, il changeait les règles du jeu en inventant un animal IMAGINAIRE, ce qui lui permettait de gagner à coup sûr.
Il a repris cette métaphore pour qualifier la technique du TWIST final.
Pour bien le réaliser, il vous faut donc d’abord écrire une première histoire avec une structure carrée (votre premier 1-2-3), puis changer les règles du jeu en terminant par une révélation finale (du type : en fait, le héros était en train de rêver, il était dans une autre dimension, etc.) qui va déterminer une seconde histoire (votre deuxième 1-2-3). Bien évidemement, dans cette seconde histoire, vous devez vous assurer que le spectateur retrouve ses petits tout en étant le plus original possible : tous les éléments posés dans le premier 1-2-3 doivent aussi se retrouver dans le second.
Ainsi, plus votre deuxième histoire recollera tous les morceaux de la première en lui donnant un sens différent, plus votre film sera réussi. Vous avez compris maintenant pourquoi l’exercice est particulièrement difficile quand il est déjà dur d’aboutir à une bonne première histoire.
N’hésitez pas à partager avec nous vos films préférés qui utilisent cette structure.

2 comm. sur « Comment intégrer un twist à la Sixième sens au climax sans nuire à la structure de son scenario »

  1. Isaac Frelon écrit le 8 octobre 2014 à 15:31

    Superbe article ! Un très bon Twist est difficile à amener mais c'est d'une efficacité redoutable. J'ai en tête 'remember me' qui n'est pas tout a fait un twist (je pense) mais qui provoque le même type de réaction.Je serais intéressé d'avoir vos avis.

    Isaac

  2. Ecrit écrit le 9 octobre 2014 à 08:54

    Cher Isaac, un twist final permet une relecture globale du film, qui pouvait par ailleurs se terminer sans. C'est un topper, comme disent les Américains, une dernière petite chose en plus pour les spectateurs qui vont ne retenir que ça. "Remember me" rentre bien dans cette case. Ici, le twist ajoute à un film par ailleurs très déjà vu. C'est d'ailleurs peut-être ce qui a aidé à vendre le projet… Merci de votre intérêt, JS

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