Spider – manne financière plutôt qu’artistique

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Beaucoup de fans de la franchise, de Marvel et de l’univers des Comics en général se sont posés des questions quand Sony a annoncé la nouvelle d’un nouveau Spiderman. Aujourd’hui que le premier film de la future trilogie est sorti en salles, et qu’il bat tous les records, nous ne sommes pas prêts d’en avoir fini avec les reboots.


Nous sommes habitués avec Hollywood à des stratégies purement marketing, comme celle des remakes que j’avais évoquée dans un précédent billet : Remakes de remakes, adaptations sur adaptations, reste-t-il une place pour la création originale à Hollywood ?, et cette année nous voyons éclore avec le reboot de la franchise Spiderman, un nouveau pari fait par les studios pour faire vivre leur catalogue et capitaliser sur des marques fortes. En effet, bien loin d’être rassasié par les 2,5 milliards de dollars qu’avait rapporté à l’époque la première trilogie…

Sony a fait le pari de relancer l’homme araignée comme si de rien n’était

Avec un budget équivalent à celui de Spiderman 3 (environ 260 millions de dollars), Sony s’est donné les moyens de son ambition et d’ailleurs, le premier opus a déjà rentabilisé son investissement. Il s’offre même le luxe de battre The Avengers qui détenait jusque là le record d’exploitation sur le premier WE. Mais peut-on justifier d’une telle sortie sur le point de vue artistique ? En d’autres termes, y’avait-il un intérêt ou une urgence à relancer une franchise récemment exploitée et avec succès ? Le jeune réalisateur, Marc Webb (nom prédestiné ?) a beau s’escrimer à justifier sa vision plus sombre, plus contemporaine, plus agressive de l’histoire, c’est toujours la même. Certes, Kirsten Dunst est remplacée par Emma Stone (Gwen Stacy), une lycéenne espiègle et mature, tandis que Tobey Maguire est repris par Andrew Garfield (28 ans) pour jouer au lycéen torturé, plus agressif, moins geek, presque sans failles. Il est sarcastique et déjà adulte (normal vu son âge…) quand la piqure de l’insecte le transforme en héros. Le réalisateur insiste d’ailleurs sur la capacité du jeune héros à avoir une attitude de petit vaurien, d’ado rebelle, de gamin en costume, amusant en même temps que blessé. Bref, un personnage moins profond que le précédent qui supplante par des répliques comiques, les interrogations existentielles de son prédécesseur. Alors pour ceux qui s’attendent à du nouveau et de la fraicheur, c’est raté. L’histoire familière du héros est la même et son oncle meurt dans les mêmes conditions.

Pas de nouveau territoire, ni d’angle subversif pour exploiter une autre vision du super héros

Artistiquement, c’est pauvre, considérant les moyens mis pour fabriquer le produit, même si le savoir-faire hollywoodien a toujours de quoi nous scotcher. C’est lisse, bien produit, on ne s’ennuie pas, mais y’a comme un hic, comme un low concept…
Pour en savoir plus sur la différence entre un low et un high concept, je vous renvoie au cours Le high concept, ou comment vendre son premier scénario à un producteur.
Je ne doute pas d’ailleurs que ce reboot précoce soit le prélude à d’autres qui vont suivre à un rythme plus ou moins dynamique des autres franchises qui ont besoin d’être rentabilisées et exploitées, jusqu’à les épuiser ? Pensons à Star Wars, la première trilogie : même si George Lucas a su exploiter son oeuvre avec des milliers de prequels, spinoffs, dérivés en tout genre, il n’a jamais officiellement opté pour un reboot de la série originale. Il a certes étoffé l’univers et géré la marque Star Wars, mais il a permis à des générations de fans de graviter autour d’une franchise originale qui depuis 35 ans continue de séduire grands et petits. Il y a donc d’autres façons de faire vivre une marque que de tirer dessus jusqu’à la corde. Espérons que les prochains reboots sauront réinventer les personnages à défaut de l’histoire et que nous aurons un intérêt (et pas seulement une vaine curiosité) artistique de découvrir ce que des scénaristes de valeur pourront injecter de nouveau. Et pourquoi pas un Spiderman noir ou asiatique ? Qu’en pensez-vous ?

6 comm. sur « Spider – manne financière plutôt qu’artistique »

  1. Fabien H. écrit le 8 juillet 2012 à 15:24

    Un Spider-Man afro-américain a d'ailleurs vu le jour l'an dernier (uniquement en comics, cependant), dans l'univers parallèle de la gamme "Ultimate" de Marvel qui réinvente l'origine de certains personnages, voire tue pour de bon certains héros majeurs dont Peter Parker.
    Ce nouveau personnage est en indirectement lié au casting du nouveau film, puisqu'il y a 2 ans un mouvement s'était formé autour de Donald Glover (Community) afin qu'il ait l'occasion de passer ne serait-ce qu'une audition. Peine perdue, mais à défaut de costume, on a pu voir ce dernier en pyjama de l'homme araignée dans le season premiere de la s2 de Community en clin d'oeil.
    Le concept d'un Spidey black trainait dans les cartons depuis quelques années, et avec le décès annoncé de Parker, c'était le moment ou jamais.
    Ce spider-Man afro-américain fait partie, il me semble du même univers parallèle que l'incarnation ciné actuelle des Avengers (ou au moins de la version comics ayant inspiré le film, où Nick Fury prenait les traits de Samuel L. Jackson bien avant Iron Man et compagnie).

    Comment justifier une telle sortie?
    Avant l'artistique, avant même le marketing, c'est un simple problème de business: Sony était contractuellement obligé de produite un film Spider-Man au plus tard en 2013, sans quoi c'était Marvel Studios qui récupérait les droits. Le même genre de menace qui a poussé la WB et DC à mettre en chantier le prochain reboot de Superman.
    Un des problèmes de cette incarnation actuelle, plus que le fait que l'on n'ait pas laissé refroidir la saga, c'est que ce sont en partie les mêmes scénaristes qui sont intervenus sur la saga Raimi qui officient à nouveau.

    Le scénariste original de cette nouvelle incarnation, c'est James Vanderbilt, qui a été pitcher à Sony cette nouvelle version, sans les personnages habituels (Harry, Mary-Jane), lorsque les execs cherchaient à repartir de zéro.
    C'était loin d'être sa première aventure avec l'homme araignée, puisqu'il avait précédemment travaillé sur le Spidey 4 de Raimi (dont un des traitements découverts n'était pas des excitants, d'ailleurs) avant que le projet ne prenne l'eau… et qu'il était question qu'il travaille également sur les deux épisodes suivants (5 & 6) de la seconde trilogie Raimi/Maguire.

    Ce dernier a le mérite de maitriser son sujet, mais il aurait peut-être fallu confier le bébé araignée à d'autres mains, moins attachées au personnage, sans pour autant répéter les erreur de développement des années 80-90, où quasiment tous les scénaristes majeurs avaient eu à soumettre/pitcher/écrire leur version.
    Tant mieux pour Vanderbilt, ceci dit, puisqu'il rempile pour la suite!

    Plus que Vanderbilt, c'est également l'implication de Papy Sargent (Alvin Sargent, 85 ans, bref, un petit jeune qui débute) qui fait que ce nouveau Spider-man ne tranche pas assez avec la précédente saga. Sargent avait participé à la réécriture de tous les Spidey de Raimi, produits par sa femme, Laura Ziskin, et par Avi Arad, à qui Marvel doit rien de moins que sa survie. Ziskin travaillait d'ailleurs sur le nouveau film au moment de son décès, l'an dernier.

  2. Fabien H. écrit le 8 juillet 2012 à 15:30

    2/2
    Si nous n'avons pas fini de voir des reboots de sagas iconiques, en tous cas, cela ne devrait pas venir de Marvel Studios/Disney, qui, à l'inverse de tant d'autres, a réussi à mettre sur pied une stratégie cohérente, maîtrisée, basé sur ses franchises…
    …Même si le cas Hulk est quand même assez problématique (3 acteurs en 9 ans, Zak Penn amené à remanier son script de 1993 peu après la sortie de la version Ang Lee, script qui a donné 15 ans après naissance au Hulk d'Edward Norton), Marvel est probablement un cas d'école quant à la gestion réussie d'un univers constitué de plusieurs franchises.
    Il y a certes les deals déjà établis avec d'autres studios (Sony pour l'univers de l'homme araignée, les X-Men pour la Fox), mais ceux-ci ont déjà été rebootés et continuent sur leur lancée: trilogie+Venom pour Spidey, la suite de First-Class & X4/X5 pour l'équipe des mutants.

    C'est désormais vers DC qu'il faudra se tourner l'an prochain, et se poser cette question: est-ce un oiseau, est-ce un avion, un mec qui vole en collants, ou la première pierre d'une série d'adaptations/reboots réussis?

    Pour finir (je voulais faire court pourtant, quelque chose me dit que c'est râté…) si on peut râler éternellement sur les reboots et adaptations à répétition, il n'en reste pas moins que ces multiples incarnations, même si nombre d'entre elles sombrent dans l'enfer du développement, donnent du travail à foison (ainsi que des chèques confortables, dans la majorité des cas) à un très grand nombre de scribes…

  3. Ecrit écrit le 9 juillet 2012 à 09:10

    Cher Fabien, vous avez tout à fait raison. Hollywood est une industrie qui ne s'embarrasse pas d'états d'âmes, et qui fait fructifier ses "assets". J'espère un jour que nous aurons de quoi lancer en France, des marques aussi fortes et internationales pour faire travailler beaucoup de scénaristes (français). En attendant, il est intéressant d'analyser et de suivre cette tendance, et d'en tirer quelques leçons comme vous le faites si bien. Merci pour votre éclairage documenté qui vient compléter mon analyse. A bientôt sur le blog.

  4. Fabien H. écrit le 21 juillet 2012 à 14:28

    "À bientôt sur le blog"… et dans le voisinage!
    Une partie des ces informations sur le développement de "Spider-Manne" (belle trouvaille, d'ailleurs!) ainsi que de toute la franchise aurait dû apparaitre sur une plate-forme consacrée à la fiction et à ses coulisses, dont le lancement a été repoussé à la mi-août, soit un peu trop tard pour être dans l'actu de l'homme-araignée.
    Autant prévenir: si en fin d'été vous entendez parler d'un quelconque "Scribe", vous saurez d'où ça vient 😉

  5. Fabrice O. écrit le 9 août 2012 à 09:44

    Dans une super interview pour FilmoTV sur Youtube, le réalisateur Pascal Laugier explique la stratégie actuelle des studios américains. L'idée est de produire peu mais des blockbusters (Spiderman 6, Transformers 12, Batman 30) que toute la planète va voire en même temps.
    Le syndrome du tout fédérateur cher à la télévision française se serait-il exportéchez L'oncle Sam ? L@_@L

  6. Ecrit écrit le 9 août 2012 à 12:09

    @Fabrice : oui, surtout aussi d'exploiter un catalogue qui leur coûte cher… mais qui peut rapporter gros !

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