Partagez 20 convictions de Stephen King sur l’écriture

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Tout le monde connaît Stephen King ! C’est normal, c’est l’un des auteurs les plus édités au monde avec une cinquantaine de romans à son actif, tous des bestsellers, vendus à plus de 350 millions de copies (qui lui valent plus de 40 millions de dollars de droits d’auteurs annuels, ça fait rêver !). Rien que pour vous, quelques conseils du maître à consommer sans modération.


Voici un petit digest d’Écriture : Mémoires d’un métier que je recommande à tous les auteurs de l’écrit et de l’image.

  1. La motivation à écrire doit se suffire à elle-même : Si vous cherchez le succès, l’argent, la notoriété en écrivant, vous faites fausse route. Ce qui doit motiver un auteur avant tout, c’est le simple plaisir qu’il trouve à créer des histoires. La plupart d’entre nous le feraient gratuitement d’ailleurs, s’ils n’avaient pas à payer le loyer ou à payer l’école de leurs enfants. Bien sur que les avantages en nature (honneur, prestige, etc.) ou en argent ne sont pas négligeables, mais ils ne sont pas l’essentiel. Tout ça s’efface devant l’excitation que procure la simple idée de pouvoir créer une histoire à partir de rien et de divertir un public avec. Le reste n’est que du bonus.
  2. Écrire est un acte de partage : il ne s’agit pas d’une simple activité professionnelle qui rapporterait de la notoriété en plus. Au final, il s’agit d’enrichir la vie de ceux qui vont vous lire, et par ce fait, d’enrichir votre propre vie. Quand vous écrivez, posez-vous toujours la question du destinataire final : comment vais-je l’éblouir, lui raconter une histoire qui va le scotcher à son siège ? On n’écrit pas pour soi. Si vous gardez toujours en tête l’idée de partage, vous n’aurez jamais de problèmes de réception, car dès le départ, votre oeuvre aura été conçue pour être lue par d’autres.
  3. Choisir un sujet d’écriture ne peut être dicté uniquement par le marketing : même si certaines idées sont dans l’air du temps, ou d’autres populaires, vous ne réussirez jamais à plaire à tout le monde en même temps. Il faut donc toujours essayer de cibler son public, et de savoir ce qui pourrait lui plaire autant qu’à vous-même. Dans ce cas là, vous serez toujours sûr de plaire au moins à une partie des gens à un moment donné.
  4. Écrire est un acte engagé : certains d’entre nous abordent l’angoisse de la page blanche de façons différentes (avec anxiété, colère, joie, excitation, désespoir, etc.) mais tous les auteurs affrontent ce moment parce qu’ils sont convaincus et motivés. Ils ne sont jamais indifférents. Que vous ayez envie de changer le monde, déclencher un buzz, créer une polémique, vous devez toujours aborder l’écriture avec respect et conviction.
  5. Il y aura toujours des milliers de façons de traiter un sujet qui vous est cher : ce n’est pas parce que vous avez écrit plusieurs fois sur un sujet qu’il faut le chasser de votre esprit en vous disant que vous avez eu votre compte, ou que vous n’avez plus rien à dire dessus. L’univers d’un auteur ne se réduit pas à une thématique car un seul sujet contient en lui-même un millier de façon de l’explorer. L’auteur est un explorateur, il ne s’arrête pas à sa première découverte, mais continue toujours à creuser dans différentes directions.
  6. Arrêtez de regarder la télévision ! Valable surtout pour les débutants. Lire, explorer, aller au théâtre, voir une exposition vous enrichiront bien plus que la culture cathodique prémachée et remachée. Pour cultiver votre univers, il faut sortir des sentiers battus, et cela commence par se lever de son canapé.
  7. Lire et écrire sont les deux seules activités qui permettent de s’améliorer en tant qu’auteur : tout auteur doit se nourrir d’exemples et d’idées couchés sur le papier par d’autres, c’est essentiel pour se forger sa propre voix. Il doit aussi écrire au maximum pour apprendre de ses erreurs. Tous les auteurs devraient lire au moins un livre par semaine et écrire un feuillet (une demi-page) par jour.
  8. Écrire requiert de la solitude : si vous ne pouvez vous passer d’un contact permanent avec le monde extérieur, ou d’être entouré, il faut peut-être penser à changer de métier. L’écriture est un art de vivre et non l’inverse. Se déconnecter de temps en temps pour être en phase avec son artiste permet souvent de s’améliorer en tant qu’auteur.
  9. Écrire, c’est être connecté à une transcendance : que vous soyez croyant ou pas, l’écriture vous plonge dans un lien particulier avec le sacré. Dieu pour les uns, inspiration pour les autres, les auteurs ne sont pas juste des machines à écrire, ils véhiculent des pensées, des idées dans une sorte de magie télépathique qui les dépasse parfois. Il est important d’en prendre conscience et de l’accepter comme une partie du job.
  10. Le fond est aussi important que la forme : un livre, des paragraphes prennent concrètement un espace mental. Une histoire n’aura pas la même saveur sur cent pages ou sur deux cents. Il est aussi de la responsabilité de l’auteur de travailler sa forme graphique. C’est une des dimensions de l’écriture.
  11. Écrire comme on parle n’est pas écrire : écrire c’est redéfinir sa façon de penser. Ce n’est pas parce que certains auteurs ont réussi à trouver un style très proche de l’oralité, que vous pouvez le faire sans y réfléchir. Même pour un dialogue, l’écrit est une illusion de réalité, un travail maîtrisé. Les mots ne doivent pas être choisis au hasard, sinon vous risquez de vous perdre dans un style sans saveur ou tout simplement vulgaire.
  12. Écrivez porte fermée, et réécrivez porte ouverte : quand vous entamez un projet, vous êtes vulnérable car vous n’êtes pas sûr de vous. Ne laissez jamais les autres vous atteindre pendant cette période au risque de vous décourager complètement. Travaillez seul jusqu’à ce que vous soyez arrivé à une forme satisfaisante. Ce moment atteint, vous serez en mesure de partager votre oeuvre avec les autres et vous pourrez alors encaisser les critiques.
  13. Il est parfois bon de perdre du temps sur des navets : cela vous permet de reconnaître quand votre oeuvre commence à y ressembler. Les chefs d’oeuvre nous tirent parfois vers le haut, mais comprendre concrètement ce qui ne marche pas et son résultat peut aussi être un excellent moteur. Se confronter aux échecs des autres permet de limiter les siens.
  14. Écrire n’est pas se complaire dans une posture : Beaucoup d’auteurs débutants pensent qu’une bonne histoire dérive forcément d’un talent particulier, comme un don du ciel que certains auraient par nature et d’autres pas. C’est faux. Une bonne histoire provient d’un travail, d’heures passées à en expérimenter tous les aspects, et d’années d’expérience. Comme il faut forger pour être forgeron, il faut écrire beaucoup pour être un bon auteur. Une bonne histoire se voit au temps passé et à la sueur sur la page.
  15. Écrire c’est prendre le risque d’être critiqué : plus vous aurez du succès, plus les critiques pleuvront. Vous serez accuser de tous les mots, les langues se déchaineront. Cela fait partie du métier. Plus une histoire est bonne et populaire, plus on vous crachera dessus. Mieux vaut le savoir avant et mieux vaut ça que l’indifférence.
  16. Écrire, c’est expérimenter la censure : la critique dans les pays libres est l’autre nom de la censure. Beaucoup de critiques tenteront de vous faire taire, de vous faire voir le monde comme eux. Il est important de s’en méfier et de ne pas céder à leurs attentes, quitte à se rendre impopulaire ou à se faire encore plus critiquer.
  17. Écrire c’est essayer : tant que vous n’avez pas déroulé une idée jusqu’au bout, vous ne pouvez pas savoir ce qu’elle vaut. Parfois vous arrivez à un résultat intéressant, parfois non. Un auteur fait sans arrêt de la Recherche et Développement, et il a beaucoup de déchets. Il faut apprendre à laisser de côté les projets qui ne marchent pas ou dont vous n’êtes pas satisfait. Seuls ces deuils vous permettront d’avancer.
  18. Écrire, c’est utiliser sa propre expérience du monde : comme on ne parle bien que de ce que l’on connaît, il est utile de chercher des décors familiers, d’évoquer des idées et des intérêts que l’on a personnellement éprouvés. Notre expérience enrichit notre oeuvre et vice versa, car le public sait reconnaître l’authentique du superficiel. Plus vous connaissez un univers, mieux vous en parlerez dans vos oeuvres.
  19. Rien ne sert de vouloir être le meilleur, il faut simplement être un bon auteur : laissez au public le soin de vous juger, votre part du travail est de faire le meilleur projet possible, grâce à votre technique et à la somme de travail que vous y aurez consacré. L’objectif est toujours de donner son maximum, le reste n’est pas dans vos mains. Pour être un auteur génial, il faut d’abord commencer par être un bon auteur, un auteur compétent qui maîtrise son art, et ça, ça ne s’acquiert pas sur le coin d’une table.
  20. Un grand auteur sait décrire avec précision les effets et les causes de ce que le commun des mortels trouve génial, horrible, ou juste tellement drôle…Il sait aussi en reproduire les effets à volonté : car ce qui différencie le professionnel de l’amateur, c’est justement la maîtrise de l’art de la visualisation, et la capacité à transformer du vague en du concret, à raconter une histoire de façon claire et évidente avec des mots choisis, à produire du génial, étrange, horrible avec du sens, un début, un milieu et une fin car si vous êtes capables de maîtriser les effets, votre public vous en sera toujours reconnaissant.

Vous l’avez compris, Stephen King n’est pas un amateur, c’est un auteur expérimenté qui a cherché toujours à écrire la meilleure histoire possible à chaque fois. Écrire c’est donc inlassablement réécrire et réécrire. Écrire c’est donc aussi apprendre l’humilité, pour peut-être s’approcher un jour des grands maîtres qui nous ont tant inspirés. Stephen King vous a-t-il donné envie de devenir des auteurs épatants ? La réponse est oui pour ce qui me concerne. Et vous ?

5 comm. sur « Partagez 20 convictions de Stephen King sur l’écriture »

  1. Fabrice O. écrit le 25 mai 2012 à 07:04

    Pas grand chose à ajouter à part qu'il a raison. Et on voit avec le conseil 14 que l'écriture c'est avant tout du travail et non un don tombé du ciel. Je crois que Chabrol écrivait tout les jours. Cédric avait dit aussi qu'il écrivait un texte par jour.
    On devrait faire une série sur un écrivain. Certains auteurs font un travail d'enquête digne de détectives ou de journalistes.

  2. Ph. Lafitte écrit le 30 mai 2012 à 08:09

    @ Fabrice. Tes deux dernières lignes de commentaires me font penser à une série désopilante (qui s'est, malheureusement interrompue à la troisième saison, récemment, sur HBO): Bored to Death, créée par Joanthan Ames, avec Jason Schwartzman dans le rôle-titre. Le pitch: un écrivain fraîchement redevenu cléibataire, glandeur, amateur de marijuana et de whisky, s'improvise détective privé à la Raymond Chanlder (qu'il vénère) en espérant que ça lui redonne l'inspiration qu'il pense avoir perdu.

    Oui, "Ecriture" est un livre qui fait du bien. Parce qu'il rassure et qu'il stimule à la fois, et qu'il nous apprend plein de choses sur ce puits sans fond qu'est l'écriture, de manière concrète. On peut le lire d'une traite, mais on peut aussi y piocher de passionnants extraits, tout simplement pour relancer l'envie dans les moments de baisse de régime. Un bon carburant.

    Je rebondis sur une autre trajectoire et recommande la très belle autobiographie "romancée", de Jim Harrison, "En marge" (en poche chez 10/18), son parcours d'écrivain mais aussi de scénariste (ses détours par Hollywood valent justement le détour) et gastronome rabelaisien, dingue de bonne chair et de vins français.

  3. Fabrice O. écrit le 30 mai 2012 à 13:48

    Merci Ph, faut que je me procure cette série, ça a l'air marrant ! Faudrait aussi que je lise du Stephen King !!

  4. Anonyme écrit le 15 juin 2012 à 07:22

    En 15:" Vous serez accuser de tous les mots". Surtout des gros!
    Je ne serai pas le premier à vous jeter la pierre, étant moi-même nul en orthographe mais quel beau compliment pour un écrivain d'être accusé d'avoir créé tous les mots.
    Je dévore votre blog.Amicalement.Eric

  5. Ecrit écrit le 15 juin 2012 à 07:34

    Merci Eric ! Quel beau lapsus orthographique ! J'ai eu beau relire, celui-ci m'a échappé, peut-être qu'il est signifiant pour moi qui adore les mots et non pas les maux… Mais oui, bien sur, l'orthographe est très importante, et Cédric et moi essayons au maximum de ne rien laisser passer. Merci et à très vite sur le blog.

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