Comment injecter du suspense dans vos histoires policières, etc.

Sujet(s) abordé(s) :

Un procédé fondamental qui rendra palpitantes vos intrigues policières : l’insert.

Les uns l’appellent l’implant ou l’effet d’annonce, les autres le set up. Pour les auteurs de polar l’usage est généralement de l’appeler : l’insert. Le procédé reste le même et nous allons voir qu’il s’avère fondamental en dramaturgie. L’insert peut être local, au sein d’une scène, comme il peut être un élément essentiel de tout un scénario, la structure même de toute une histoire.

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Exemple d’insert — The Godfather (M. Puzo, F. F. Coppola)

Écoutons ce qu’en dit mon collègue consultant, Cédric Salmon, dans cet extrait audio tiré de la journée de formation High Concept, Écrire et vendre le genre policier :

L’insert est donc est l’introduction subtile de personnages, manies, objets, faits en apparence anodins, mais qui joueront un rôle important plus tard dans le récit : c’est alors le paiement de l’insert. L’exposition de l’histoire est évidemment le moment où s’accumule le plus d’inserts, mais le procédé peut intervenir à tout moment et concerne tous les aspects de votre fiction.

Tout élément important doit avoir été inséré au préalable

Pour qu’un rebondissement soit bien accepté par le lecteur ou le spectateur, il est en effet nécessaire de le préparer en commençant par révéler « la potentialité » de la chose au public. Il faut le suggérer, sans pour autant préciser son importance future.

Les éléments importants de votre histoire doivent toujours être exposés, sauf bien sûr dans le cas où vous voulez produire un choc, un coup de théâtre. (Vous devrez alors tout de même préparer le spectateur à un tel changement, un petit quelque chose dans l’air va bientôt bouleverser le cours de l’histoire et ébranler le protagoniste.)

Si la fonction première de l’insert est de rendre les choses plausibles – une situation découle logiquement de la précédente; rien ne doit tomber du ciel, notamment dans le cadre du genre policier ! – l’insert permet également de créer deux effets extrêmement importants : le suspense et la surprise, les deux émotions les plus puissantes au cinéma. En effet, bien utiliser un insert, c’est faire ressentir au spectateur que cela va bientôt produire des obstacles, du conflit. Ainsi l’anticipation est à son comble et des hypothèses s’élaborent… C’est le suspense. (A vous de surprendre ensuite le public, lorsque l’événement arrive.)

Voici un nouvel extrait audio tiré de notre journée de formation dédiée au polar et au suspense :

Comment faire un bon insert ?

    • Il faut s’arranger pour que votre insert ait une double fonction : une fonction de normalité et une fonction de révélation, d’usage insoupçonné. Plus vous glissez votre insert en contrebande — un fait négligeable perdu parmi d’autres faits qui accaparent l’attention du spectateur –, plus vous créerez la surprise du paiement. Il faut que le spectateur puisse se dire : « c’était à prévoir, j’aurais du y penser ! »

      Insert : Quoi de plus normal qu’un instituteur porte des lunettes ? Paiement : les lunettes du professeur sont munis d’une caméra. L’instituteur est un espion.

    • « Ne fais surtout pas ça ! » ou « Voilà ce qu’il faut faire. » sont des inserts très efficaces. Après le premier, le protagoniste fait évidemment tout ce qui lui était interdit, tandis qu’après le second, les choses se passent autrement…Brillante illustration tirée du Parrain. Francis Ford Coppola y consacre de longues minutes à l’insert du meurtre… autant de suspense quand l’évènement a enfin lieu :

    7 erreurs d’insert dans une fiction policière

    1. « Téléphoner » ses inserts. On ne doit pas sentir l’effet à venir ni se douter que ce détail va servir plus tard à quelque chose.

    2. Oublier de se servir d’un insert. Un insert crée une attente à laquelle il faut répondre. Tout ce qui a été semé doit être récolté, généralement avant la fin. On peut éventuellement réserver un paiement pour la toute fin, ce que les américains appellent le topper, mais il n’aura plus d’incidence sur le cours de l’action :

      « J’ai passé tout le film à retrouver un assassin et à prouver sa culpabilité. L’homme est emprisonné et condamné. A la toute fin, avant de vous quitter, je vous apprends, par un détail qui aura été inséré discrètement bien avant, que c’est moi l’assassin. »

    3. Récolter ce qui n’a pas été semé au préalable. Cette règle s’applique autant aux situations, aux objets, qu’aux caractères. Évitez les Deus ex machina. Si c’est le cas, il faut être créatif et bien le préparer :

      Votre héros est très croyant et c’est sa bible que vous aurez montrez plusieurs fois qui arrête la balle de revolver qui devait le tuer. Vous n’étonnerez personne.

      En revanche, si la balle n’a pas tué votre personnage, mais a dangereusement déréglé son pacemaker, cette nouvelle situation est surprenante et donc plus acceptable. C’est un Deus ex machina maquillé.

    4. Arrêter le cours de la narration pour faire un insert.

    5. Faire un insert en même temps que son paiement.

      Votre personnage est perdu dans la ville, il ne sait pas où aller. Il se rappelle en flash-back que sa mère lui a donné un papier en l’embrassant : le numéro de son oncle. Votre personnage l’appelle.

      Aucun effet. Pas de suspense, ni de surprise. Et surtout, aucun sens !

    6. Trop d’inserts. Vouloir tout dire tue le paiement.

    7. Promettre une scène que l’on ne peut pas tenir.

    Pour aller plus loin

    En analysant un scénario complet à l’aune de ce procédé, on s’aperçoit qu’un histoire n’est, fondamentalement, qu’une succession d’inserts suivis de paiements. Nouer et dénouer. Deux mouvements, jusqu’au dénouement. C’est dans ce ficelage et dé-ficelage que l’histoire est en action. On passe d’un état à un autre. Un récit, et particulièrement une histoire policière, n’est qu’une succession de scènes préparées par une succession d’inserts, cette construction préparant le paiement final, la résolution. La révélation du sens de toute cette accumulation de sens.

    Pour prendre encore un peu de recul, il est intéressant de remarquer que le processus de la commercialisation d’un film est également un gigantesque insert :

    • L’affiche et la bande annonce sont des effets d’annonce. Oui, ce sont bien des inserts, même s’ils ne sont pas faits par l’auteur.

    • Le titre est aussi un insert, un effet d’annonce, et pas des moindres ! Il se révélera comme les autres. C’est encore plus évident lorsqu’il est tiré d’une réplique du film. (On peut ressentir facilement son impact lorsqu’un titre est mal traduit et annonce quelque chose qui n’a plus rien à voir avec le récit.)

    • Dans une saga, les premiers volets auront des paiements dans les épisodes suivants et ainsi de suite. Jusqu’à épuisement. Ce procédé est largement utilisé dans les séries TV.

    Notez que sam. 09 déc. 2017 se tiendra dans les locaux de High Concept la journée de formation Écrire et vendre le genre policier : toutes ces techniques de suspense par inserts n’auront plus de secrets pour vous !

    A très bientôt sur le blog  !

4 comm. sur « Comment injecter du suspense dans vos histoires policières, etc. »

  1. Cédric Salmon écrit le 7 novembre 2016 à 16:12

    « Le titre est aussi un insert, un effet d’annonce, et pas des moindres ! Il se révélera comme les autres.  » Je ne l’avais jamais envisagé sous cet angle, merci Marco 🙂

  2. Naser malek écrit le 7 novembre 2016 à 18:37

    Bonjour, j’ai un diplôme en scénario et je voudrais me lancer à écrire des scénarios plus spectaculaires alors si vous pouvez me renseigner sur l’inscription à votre niveau
    Cordialement

  3. Fassar Maurice écrit le 24 décembre 2016 à 03:00

    M. Cédric Salmon, peut-on dire que l’insert correspond à la notion lexicale de « setup and pay off » ou de » préparation-paiement »? Peut-on dire que ces 3 termes signifient la même chose???
    Je cite votre avant-dernier paragraphe:
    « Dans une saga, les premiers volets auront des paiements dans les épisodes suivants et ainsi de suite. Jusqu’à épuisement. Ce procédé est largement utilisé dans les séries TV »…
    Cela me rappelle la saga Harry Potter. Meme si un roman et non un scénario, l’écrivaine J.K Rowling a écrit un récit très cohérent avec plein d’inserts et paiements (notamment avec la notion d’Horcruxes). Ces objets étaient présents dans les premiers tomes (la pierre philosophale, le journal de Tom Jedusor, La coupe de feu, etc.) et ce n’est qu’au dernier tome de la saga que l’on découvre à quoi ils servent réellement dans le récit (paiement)…
    Ai-je bien compris vos explications M. Salmon ou est-ce que je me trompe?

  4. Cédric Salmon écrit le 29 décembre 2016 à 12:55

    @Maurice : Bonjour et merci de suivre le blog du scénario. Vous avez tout à fait raison, l’article de Marco se réfère bel et bien à la technique de préparation-paiement (« setup/payoff » en anglais), dont vous citez un bel exemple. A bientôt sur le site 🙂

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