À qui envoyer vos projets de fiction chez TF1?

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Que se passe-t-il chez TF1 ? Alors que le cours de bourse chute, les fictions TV du groupe ne se sont jamais aussi bien portées… La baisse de la part d’audience globale, la chute des recettes publicitaires, le départ de Laurence Ferrari du JT, ne semblent pas concerner la création audiovisuelle. Pour nous auteurs, c’est donc un paradoxe intéressant à analyser pour comprendre quoi proposer à la chaîne leader du PAF.


Le groupe TF1 détient à fin 2011, une chaîne généraliste (TF1) et 14 chaînes thématiques (TMC, LCI, Eurosport France, Série Club, TF6, etc.). Il développe parallèlement des activités de régie publicitaire, de télé-achat, de co-production cinématographique et audiovisuelle, de vente de licences de marques d’émissions (Ushuaïa, Koh Lanta, etc.), d’édition de jeux, de magazines, etc, mais cet équilibre financier apparaît aujourd’hui menacé. En effet, les bouillons d’audiences se multiplient (pensez donc que le JT de TF1 est rattrapé dangereusement par celui de France 2) et qui dit recul de la part d’audience, dit baisse des tarifs publicitaires, dit perte de la suprématie si longtemps détenue. TF1 pourrait-elle alors redevenir une chaîne comme les autres ? Quand Martin Bouygues, le PDG du groupe de BTP propriétaire de TF1, s’investit personnellement dans le recrutement du nouveau présentateur du JT, c’est que les choses vont mal : comment enrayer la chute continue des audiences (de 30% à 23% entre 2006 et 2012) et par ricochet, celle du cours en Bourse (de 28 euros à 5,90 euros entre 2008 et 2012) ? Surtout que l’on sait bien que TF1 est une chaîne au fonctionnement très conservateur, où beaucoup de collaborateurs ont au moins vingt ans de maison et qu’elle est rétive au changement, paralysée devant le moindre écart éditorial. Simple malaise du leader qui prend de plein fouet la concurrence, ou crise plus large de l’ensemble de l’audiovisuel ?

La ligne éditoriale pour 2012-2013

Un peu des deux sans doute : l’arrivée des nouveaux acteurs perturbent le jeu traditionnel, on pense aux nouvelles chaînes de la TNT, à l’information avec le primat du hard news de BFM ou i-télé, mais aussi aux droits sportifs, sérieusement attaqués par la chaîne Bein Sport d’Al-Jazira ; ce qui explique paradoxalement que la fiction française ne soit pas encore touchée. Les nouveaux acteurs TNT et même du câble (Orange par exemple) n’en produisent qu’à des doses infinitésimales, et les concurrents traditionnels restent sur leur position cf. mon billet sur À qui envoyer vos projets de fiction à la rentrée chez France Télévision ? Du coup, la fiction TF1 se porte relativement bien sauf exception. Les comédies du lundi restent leader, après Camping Paradis ou Vive la colo !, nous en avons eu encore un exemple avec les estivants d’À dix minutes des naturistes qui ont offert cette semaine à la chaîne privée la première place des audiences comme d’habitude avec 6,74 millions de téléspectateurs (25,6% de part de marché auprès de l’ensemble du public, et 26% sur les ménagères). De même pour le cinéma où les films français performent tranquillement, ce qui incite la chaîne à poursuivre son investissement : près de 45 millions d’euros pour une vingtaine de films français avec un investissement moyen de 2 millions d’euros et une ligne éditoriale spécifique. Chaîne populaire et familiale, TF1 cherche surtout à investir sur des films qui ne soient pas segmentant, qui plaisent à un public féminin mais aussi à toute la famille. De ce fait, la moitié des films coproduits par TF1 sont des comédies mais tous les films ont l’ambition de réunir au moins 1 millions de spectateurs en salles et de pouvoir attirer un large public en prime-time. Ceci expliquant cela.Pour la fiction, même combat, l’ambition est aussi de rassembler pour capter la plus grosse part du gâteau sur des héros transgénérationnels plus ou moins lisses, capables de rassembler et d’émouvoir.
À peu de choses près, la même que les années précédentes : créer des rendez-vous avec le public dans la durée pour les séries, ainsi que des événements plus ponctuels sur des mini-séries ou des unitaires tout en surfant sur les nouveaux formats avec la création d’un feuilleton quotidien, des formats courts comme je vous le précisais dans mon dernier billet le nouvel eldorado pour rassembler la famille en prime time.

En dehors des événements, des formats courts, et du soap, deux cases indéboulonnables restent figées

  1. le lundi comédie avec des fictions familiales, des héros attachants, de l’émotion, de l’amour, des voyages et du rêve, de la fantaisie sans trop d’impertinence. Pour exemple, on peut se référer à des séries de 90′ comme Une famille formidable (Panama Productions), Joséphine ange gardien (DEMD), Camping Paradis (JLA), Clem (Telfrance) à qui j’avais consacré un billet sur cet unitaire devenu Clem, la série, mais aussi en 52′ avec des séries plus récentes sur des cibles plus « quadra » comme Vive la colo ! (Marathon, projet « greenlighté » pour une saison 2), Doc Martin (Ego Productions pour une saison 2), ou encore Mes amis, mes amours, mes emmerdes (SAMA Productions pour une saison 3).
  2. Sur la case du Jeudi policier, on retrouvera des séries et des mini-séries qui impulsent un rythme et accentuent la tension sans brusquer. Ces séries doivent être des rendez-vous saisonniers avec des héros charismatiques, impliqués, ténébreux ou lumineux, mais rassurants et familiers. Bref, la une peut compter sur des vieilles marques qui ont fait leurs preuves comme Section de recherches (Auteurs et associés qui a rempilé pour une saison 8) et à qui j’avais consacré un billet pour illustrer la fin de la crise de la fiction française, ou encore R.I.S police scientifique (TF1 Production – Saison 7), Julie Lescaut (GMT), mais aussi des créations plus récentes en 52′, toujours sur le même moule avec un peu plus d’angoisse et de modernité dans les thématiques pour séduire une cible plus jeune (pour rappel, la moyenne d’âge du téléspectateur de TF1 est de 49 ans, contre 61 ans pour France 2) avec Flics (GMT), Profilage (Beaubourg audiovisuel – saison 3), Interpol (TF1 productions – saison 2). Enfin, une petite place est laissée à des séries policières plus légères (comédie policière light) comme Les Virtuoses (GMT), ou encore Affaires étrangères – Cuba (Les films de l’astre).

Ainsi, si TF1 s’est adapté aux différents bouleversements qu’elle a dû subir en modifiant ses stratégies initiales (notamment en jouant sur la multitude des chaines qu’elle offre, et en diversifiant ses services), elle reste sur ses positions sur la fiction. Leader du genre, avec des séries devenues des marques phares, l’objectif est aujourd’hui de rester sur le même cap tout en industrialisant la filière. C’est tout à fait possible pour les séries longues (le soap, le format court par exemple), qui permettent de faire baisser les coûts jusqu’à 30% par rapport à une fiction unitaire dont le modèle est celui du cinéma. Les séries comiques et policières assurent ainsi le succès du groupe, qui s’il a un jour envisager d’arrêter Section de recherche ou Julie Lescaut en a recommandé de plus belle au vu de leurs dernières audiences.
Apprenez vous aussi à créer une série avec le cours écrire une série tv, les quatre ingrédients d’une bonne bible de série.
Vous savez maintenant à qui envoyer vos fictions si vous voulez travailler pour TF1. Motivés… ? Qu’en pensez-vous ?

8 comm. sur « À qui envoyer vos projets de fiction chez TF1? »

  1. Fabrice O. écrit le 14 juin 2012 à 07:31

    Bonjour Julie !

    Mon envie de ne pas regarder les fictions de TF1 persiste. Je dirais même plus elle signe ! C'est peut être parce que je ne fais pas partie du public cible. J'ai moins de 49 ans.
    Je doute que mon idée de militante écolo qui se fait enlever par des aliens soit assez lumineuse pour la ménagère.
    Pour le moment l'innovation fictionnelle ne fait pas partie du vocabulaire de TF1. Je préfère certaines tentatives de FTV comme Les oubliées, dans une moindre mesure le Chasseur. J'aimais bien aussi Police District. Sans oublier les productions Canal +.
    J'ai la larme à l'oeil quand je pense que France 3 n'a pas voulu de la série de Cédric, Un flic en prison.
    Création fictionnelle française repose en paix.

  2. Anonyme écrit le 14 juin 2012 à 10:41

    Un diagnostic bien optimiste que celui-ci. TF1 a brutalement arrêté le développement de sa quotidienne pour l'année prochaine pour des raisons à priori essentiellement financières… Personnellement, je ne suis pas franchement certaine qu'il y ait là un signal positif quant à l'avenir de la fiction chez TF1.. Mais wait and see…

  3. thierry écrit le 14 juin 2012 à 12:06

    Ils devaient faire le remake de "ma sorcière bien aimée".
    (abandonné, semblerait-il…ouf!)
    Rien que pour avoir eu cette idée, un carton rouge s'impose 🙂

  4. Dominique Privé écrit le 15 juin 2012 à 09:44

    Bonjour et merci Julie.
    Dommage que "anonyme" ne développe pas un peu plus son commentaire qui pourrait nous éclairer autrement sur la politique fiction de TF1. Quoiqu'il en soit c'est toujours très intéressant cette plongée dans les méandres des chaînes.
    Pour un flic en prison, je rejoins Fabrice… et me pose la question peut on vraiment, aujourd'hui proposer autre chose que de la comédie familiale en format court ? Ou des sosies de séries HBO qui ont cartonné ?

  5. Fabrice O. écrit le 15 juin 2012 à 13:31

    Je rebondis sur les propos de Dominique et me pose à peu près la même question que lui … peut-on aujourd'hui proposer des séries high concept françaises aux chaînes généralistes ? Quelque chose me fait dire que non parce que :
    – nos chers décideurs sont frileux
    – pour avoir du The Wire ou des Mad Men il faut que l'on rentre dans une logique industrielle de production des séries.
    – changez la place des scénaristes dans le paysage fictionnel français.
    – changez aussi le point de vue des téléspectateurs français sur la fiction française.
    Internet est-il la fenêtre (du 4 ème étage) par laquelle les jeunes créateurs peuvent faire bouger les choses ?

  6. Ecrit écrit le 16 juin 2012 à 10:58

    Cher Dominique, Cher Fabrice,
    S'il est parfois légitime de se poser ce type de questions, car après tout, le marché de la fiction existe bel et bien avec ses propres règles (que je détaillerai à la rentrée dans une série de posts dédiés et que j'ébauche ici avec ce genre de billet) : à la création d'un projet, d'autres questions nous assaillent parfois. Mon projet est-il faisable dans l'économie TV actuelle? Mon projet est-il bankable? Peut-il fédérer toute la famille? Correspond-t-il à la ligne édito de la chaîne que je vise? Est-il adapté au marché? etc. Personnellement, je ne crois pas qu'un high concept ait moins de chance de séduire qu'un low concept si l'on se place au niveau des attentes du marché. Tous les professionnels du scénario TV le savent bien : la vraie problématique du marché fiction TV actuel est qu'il est un marché de commande essentiellement. En gros, les chaînes demandent à des producteurs avec qui elles travaillent de leur fabriquer des fictions sur mesure (souvenez-vous des discussions sans fins avec vos partenaires pour trouver un héros comme ci, ou comme ca, transgenerationnels and co…). Conséquences : un marché fermé qui refait les mêmes fictions avec les mêmes acteurs, réalisateurs, etc. cf. l'interview de Florence Ménidrey qui décrit bien ce syndrome. Et mes amis, dans ce système, la seule chance que vous avez de percer, si vous ne faites pas partie du cénacle et si vous ne souhaitez pas faire de la commande (c-a-d. travailler sur les bonnes vieilles séries existantes que je mentionne ci-dessus), c'est bien de créer des high concepts. Cédric et moi en sommes la preuve vivante. Certes, nos projets mettent parfois plus de temps pour se faire, mais nous vivons de nos créations et nos projets sont dans les tuyaux (Cédric a co-crée Odysseus qui va arriver à la rentrée sur Arte). Tous les producteurs de la place de Paris ont besoin de se faire plaisir aussi (en dehors de leur projet "vache à lait") et, ne vous y trompez pas, ils choisissent bien des high concepts (parfois sans le savoir). C'est vrai que le complexe de l'oncle Sam braque certains dès qu'ils entendent le mot "high concept", ou à l'américaine, etc., tout votre art est donc de ne pas évoquer le mot qui fâche pour vous amener à vanter la puissance de votre histoire, ou l'originalité de vos personnages… Je vous jette là quelques high concepts qui se sont faits : Case départ, Hollywoo, David Nolande, Envoyés très spéciaux, Greco, Hard, Jeff et Léo, flics et jumeaux…. L'exécution de ce type de projet est encore une autre histoire, inutile de rappeler que la fiction française n'est pas une industrie comme je l'évoquais dans une interview, condensé de ma thèse professionnelle. Cela ne veut pas dire qu'en France on ne sait pas les faire, ou que nous savons moins bien les faire que les low concepts. C'est juste que comme ils génèrent plus d'attentes et que les mécaniques ont besoin d'être bien rodées pour fonctionner, nous sommes plus déçus quand ils sont ratés. D'ailleurs il existe beaucoup de high concepts américains ratés, mais dans la sélection qui nous parvient, on ne retient que les bons. Cédric et moi croyons donc vraiment à la puissance du high concept pour faire la différence, et si vous suivez bien tous nos conseils contenus dans le pack formation série TV, je ne doute pas que vous arriverez à vous imposer. Convaincus?

  7. Ph. Lafitte écrit le 17 juin 2012 à 13:34

    Très intéressants échanges, as usual, ici, et ton idée, Julie, de développer prochainement des posts dédiés à l'actualité du marché me semble indispensable, pour mieux comprendre comment s'inscrire dans une logique pré-existante, tout en arrivant à tirer son épingle d'un jeu complexe, avec ce petit "plus" que peut générer des propositions "high concept" (même si j'ai bien compris qu'il ne fallait JAMAIS prononcer le mot tabou…;-).
    Une réflexion concernant le marché de commande traditionnel. J'imagine que pour cette part essentielle du marché, les producteurs font surtout appel à des scénaristes qui ont déjà fait leurs preuves sur ce type de série et n'ont donc pas spécialement intérêt à faire appel à de nouvelles plumes pour développer des schémas déjà bien rodés (si je me trompe, faites moi signe). Ca exclue donc les "jeunes " ou de nouveaux scénaristes qui n'ont pas d'autre choix que de s'inscrire dans la voie étroite des projets dits "pour se faire plaisir", comme tu l'expliques, Julie, et que je désignerais plutôt comme des "projets-vitrines", en terme d'enjeux : pour le producteur, ça entretient ou développe sa réputation de "dénicheurs de jeunes talents"; pour la chaîne, ça l'inscrit dans une logique créative (cf Canal+ et son positionnement de "créateur de séries originales") ou plus pointue (cf. Arte qui lance parfois des projets plus risqués que la moyenne, quitte à les stopper en cas de plongée d'audience). Espérons toutefois que les gros fournisseurs de fictions (TF1 et France Télévision) s'inscrivent progressivement (non, vite!) dans cette logique de la réputation, sachant que la course aux parts de marché semble définitivement dévolue à une autre époque. On peut rêver (il faut rêver…un minimum).
    C'est là que le "high concept" doit pouvoir faire la différence… l'interrogation restant de savoir jauger jusqu'à quel point une chaîne "mainstream" a la volonté de s'inscrire dans une logique de réputation (aka de créativité pour se démarquer de la concurrence). Quelques projets emblématiques semblent nous dire que c'est possible ("Les beaux mecs" sur Fr2, que j'avais particulièrement aimé, par exemple). Restons optimistes.
    J'espère aussi que les prochaines réflexions de cette rubrique permettront de cerner davantage ce flou artistique entourant les lignes éditoriales des chaînes…

    Une dernière remarque (amicale) pour Dominique: j'aimerais bien que l'on soit déjà capable de proposer des "sosies de série HBO"… ça signifierait non pas qu'on veuille copier servilement ce qui, de toute façon, n'est pas transposable (Six pieds sous terre à Bécon-les-Bruyères, par exemple? Encore que…;-), mais qu'on a la volonté ET la capacité de s'inscrire, en tant qu'auteur, dans un projet ambitieux sur le plan narratif,sur celui des personnages, sur son univers, etc. Si on en était déjà là, ce serait peut-être un début d'indice que "ça bouge" un peu plus que la moyenne (non?).
    Si je me réfère à la littérature, il est essentiel d'avoir, non pas des modèles à suivre servilement, mais des références ambitieuses qui ont valeur d'héritage, d'apprentissage et de motivation. Même si je ne suis ni Garcia Marquez ni Céline ni Jonathan Franzen, je veux au contraire tirer mes lectures vers le haut pour que ça me serve, même à une plus modeste échelle. Je connais peu (pas, en fait) de romanciers qui se contentent de lire du Harlequin ou des auteurs "mineurs" (pour ne pas les nommer) pour pouvoir faire ses gammes et progresser dans son écriture; je pense que ça doit être la même démarche pour les scénaristes. Enfin j'espère.

  8. Fabrice O. écrit le 19 juin 2012 à 06:42

    « Par ma foi ! il y a plus de quarante ans que je produis du High Concept sans que j'en susse rien, et je vous suis le plus obligé du monde de m'avoir appris cela. » s'écria Mr Jourdain producteur à la télévision.

    Vous avez raison avec Cédric de ne pas rentrer dans le jeu des scripts de commandes.

    "Personnellement, je ne crois pas qu'un high concept ait moins de chance de séduire qu'un low concept si l'on se place au niveau des attentes du marché. "

    Je suis pessimiste mais à y regarder un peu plus attentivement la situation a évolué. Il y a les tentatives que vous avez cité, donc c'est déjà ça. Ce n'est pas le désert total. Un gros travail de fond est nécessaire. En tant que spectateur, j'aimerais bien que les mentalités changent plus rapidement chez les décideurs.

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