Créer une histoire: une note sur l’intention

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Si rédiger une note d’intention vous donne des sueurs froides, ce billet est fait pour vous :o) Pour laisser le temps de commencer notre atelier d’écriture en ligne aux nouveaux arrivants, j’ai en effet le plaisir de confier le cours de cette semaine à mon collègue et ami, le réalisateur et scénariste Marc-Olivier Louveau.


Spécialisé dans la spiritualité zen autant que dans les films d’action, Marc-Olivier a gentiment accepté d’animer sur notre blog un cycle 100% original, dédié à la problématique complexe du thème d’un scénario. À raison d’un chapitre par mois, vous apprendrez à ses côtés comment utiliser les techniques de la méthode HIGH CONCEPT sans jamais perdre le sens de votre histoire ou votre univers d’auteur en route. Bonne lecture, bande de veinards ! ;o) Cédric

LA TYRANNIE DU SENS

de Marc-Olivier Louveau

Avant d’écrire une histoire, il faut connaître le SENS de cette histoire.

Sens (nom masculin — latin sensus) : signification.
Certains vous diront que le sens est intrinsèque à l’histoire. D’autres vous diront que pour les messages, il y a la poste. Moi, je vous dirais seulement qu’en matière de scénario (et c’est aussi valable pour d’autres types de narration), il n’y a rien sans le sens car tout dépend de lui… Le choix de l’histoire, la structure, les personnages, la psychologie, les histoires secondaires, les charnières dramatiques, les objectifs, les sous-objectifs, la scène centrale, les lieux, les décors, les costumes, le casting, le choix du support de filmage, la lumière, la musique, le montage, le traitement des images : le sens détermine tous les choix dans le processus de création d’un film.
Tout ce qui le compose, jusqu’aux plus petits détails, aura été pensé pour totalement l’exprimer.
Il est donc impératif de savoir ce que vous voulez dire avant de commencer à écrire une histoire, même si elle est tirée d’un fait réel. C’est incontournable. C’est long, fastidieux, mais tellement important. Tout se passe tellement mieux après.
Action !

Une bonne façon de procéder est de raconter son histoire en deux phrases, qui répondent à deux questions : Quoi et Pourquoi.

  • Quoi ? exprime l’action du film, la dramaturgie. Ce qui se passe ;
  • Pourquoi ? exprime la psychologie de l’action, la thématique du film.

Pour exemple, le plus simple possible :

  • Je sors fumer (action).
  • Pourquoi ? (le sens de l’action). Parce que… je suis en manque, j’ai un rendez-vous avec le soleil, c’est le seul moment où je peux voir les jambes de la secrétaire asiatique, je n’aime pas fumer à l’intérieur, on vient de m’apprendre que j’ai le cancer du fumeur, j’ai toujours soif, parce que c’est là que j’élabore l’assassinat de ma femme…

Autant de possibilités pour une même action d’avoir des sens différents. Autant de possibilités de raconter une histoire.
Pour appréhender toute l’action d’un film, qui comme on le sait, doit être aussi une seule action, un seul mouvement (voir le cours vidéo

15 comm. sur « Créer une histoire: une note sur l’intention »

  1. Anonyme écrit le 2 octobre 2012 à 02:58

    Bien que selon l'article il est conseillé d'aller puiser dans notre intérieur pour trouver le sens de l'action, il n'est pas plus concret et judicieux de dire qu'il faut trouver un sens « universel » aux actions choisies pour impliquer d'emblée le téléspectateur/lecteur ? Cela se fait depuis Homère sans parler des contes ou même des textes religieux…
    De plus le sens « universel » permet de faire le pont entre l'histoire racontée et le point de vue de l'auteur. Ainsi les étapes seraient ( je prends en exemple L'enfer de Chabrol ) :

    1. Action : le héros suit sa femme sans que cette dernière le sache
    2. Sens/Motif : car le héros la soupçonne de le tromper avec tous les hommes qu'elle rencontre
    3. Thème : la jalousie pathologique
    4. Regard de l'auteur ( vison personnelle ) : l'auteur veux démontrer que la femme est un être vile selon son expérience personnelle car il a souffert de sa relation avec sa mère.

    PS: désolé du cliché pour le numéro 4

    S.

  2. Tristan Pichard écrit le 2 octobre 2012 à 08:02

    Lumineux, et très bien dit. L'erreur de beaucoup d'auteurs débutants (que j'ai commise moi-même) est de croire qu'ils découvriront le sens de leur histoire en cours de route, que c'est un chemin qu'ils défrichent pour le futur lecteur (ou spectateur). Rien n'est plus faux, si on veut être surpris par la fin d'un récit, il vaut mieux lire ceux des autres pas les siens. Certains pensent qu'ils vont s'ennuyer s'ils connaissent le fin mot de leur intrigue (il y a toujours des surprises au cours de la rédaction pourtant)mais les plus nombreux n'ont simplement pas d'idée précise et se disent qu'ils verront bien le moment venu. Ils partent à l'aventure avec un bon élément déclencheur et c'est tout. On peut toujours commencer à rédiger pour voir où ça nous mène mais, le plus souvent, pas très loin. Parfois, il faut le faire malgré tout (plutôt que de rester bloquer) mais en sachant qu'on devra peut-être renoncer à des pages et des pages de travail. Il m'est arrivé de mettre à la poubelle vingt ou trente pages (avec de bons passages) car je n'allais pas dans la bonne direction. Mieux vaut passer plus de temps sur les travaux préparatoires et bien penser sa fin que de partir à l'aveuglette. Vivement la suite.

  3. Ecrit écrit le 4 octobre 2012 à 12:19

    Toutes les histoires ont été racontées depuis longtemps. Et ce qui fait l'originalité d'une histoire, c'est le pourquoi de cette histoire. C'est comme les pommes, on les peint depuis des siècles.

    Toutes les histoires sont universelles, car elles racontent des histoires d'hommes et de femmes qui n'ont pas changé depuis des siècles, peu importe le continent et la culture. Leurs préoccupations sont les mêmes. Le point de vue de l'auteur au sens large est ce qui fera qu'une même histoire devient banale ou originale.

  4. Anonyme écrit le 5 octobre 2012 à 11:52

    Marc-Olivier Louveau : Merci pour ces indications particulièrement utiles pour rédiger une note d'intention.

    Cédric Salmon : Bonjour Cédric et bravo de laisser les clefs du blog à d'autres auteurs car c'est enrichissant pour nous de découvrir des approches différentes ( même si on attend avec impatience votre prochaine vidéo sur la créativité^^). En ce qui me concerne, je suis un lecteur du blog depuis presque le début donc j'en profite au passage pour vous remercier. En effet, écrivant déjà auparavant mais n'ayant aucune connaissance technique en matière de méthode d'écriture, vos cours m'ont permis de gommer de nombreuses lacunes et de mieux structurer mes récits. A ce titre, je ne sais pas si vous avez entendu parler de la master-class de Christopher Voegler qui aura lieu les 29,30 et 31 octobre à Lyon. Bien que la prestation financière pour assister à la master-class constitue pour moi un investissement important ( je suis encore étudiant), je songe y assister. Toutefois, j'aurai voulu savoir si vous pensez, comme je l'ai beaucoup entendu, qu'il s'agit vraiment d'un grand évènement à ne surtout pas rater pour ceux qui veulent perfectionner leurs technique en matière de structure.

    Merci
    Cordialement
    Maxime P.

  5. Ecrit écrit le 10 octobre 2012 à 09:24

    @Maxime P: Merci de votre fidélité. À titre personnel je ne considère par la conférence de Vogler comme un évènement à ne pas louper (puisque je n'y vais pas), mais il est toujours intéressant d'enrichir sa boîte à outils de scénariste. À mon humble avis cependant, le plus difficile pour un auteur n'est pas de trouver de NOUVEAUX outils, mais bel et bien de savoir quel outil employer à chaque étape de développement : la dramaturgie est vaste, c'est même une jungle, chaque méthode contredisant celle des autres dans un soucis de positionnement marketing. Truby contredit Syd Field, qui contredit McKee etc. C'est pourquoi j'ai créé HIGH CONCEPT, qui est une synthèse des techniques US et FR les plus efficaces à chaque étape de développement (d'ailleurs n'hésitez-pas à nous faire une petit digest à votre retour). Bonne conférence ! :o)

  6. Anonyme écrit le 19 octobre 2012 à 08:38

    Merci de votre réponse.

    Maxime P.

  7. Roxana écrit le 1 décembre 2012 à 06:39

    @M-O
    Merci de votre approche. Elle me touche particulièrement puisqu'elle traite de près le problème qui me nargue depuis pas mal de temps. Le sens. J'avais auparavant écrit à Cedric et Julie essayant d'expliquer cela ou de trouver une réponse à ma problématique d'écriture. Je pense en effet que ma question à ce moment là était tout simplement mal posée. Merci à eux de vous donner la parole dans ce blog. En effet, c'est surtout cela qui me bloque dans l'écriture. Je ne manque pas de matière, ni d'inspiration, ni de courage…L'histoire est vraiment belle mais je nai pas ce sens pour un fil directeur pour une structure pour une fin.
    Enfin, le problème n'est pas que je n'ai pas de sens en fait mais que j'en ai plein et que je ne sais pas lequel choisir ou si on peut en choisir plusieurs en même temps. Ou le cas échéant, comment choisir celui qui pourra être le plus appréciable.
    Comment faire pour que quelque chose de très particulier et personnel puisse trouver le regard des autres dans toute son amplitude?
    Si vous avez des idées pour travailler cela en profondeur à part attendre, ça serait sympa!
    Merci.

  8. Marc-Olivier Louveau écrit le 12 janvier 2013 à 05:20

    "Créer c'est se créer" disait le poète allemand. C'est la seule "voie" : vous écouter. C'est le plus dur et ce qui demande le plus de sincérité avec soi-même. Aller au fond de soi. La réponse est là. Au fond de vous. Et le sens principal de votre histoire est forcément dans votre texte. Peut-être encore trop caché, inconscient. Il faut aller le débusquer.

  9. Roxana écrit le 1 mai 2013 à 05:25

    Merci de votre réponse. Ca déblaye une partie du début. Il est vrai que la création nous donne le sens du réel…

  10. Ecrit écrit le 3 mai 2013 à 10:34

    @Roxana: Bonjour,

    Votre création doit donner du sens au réel grâce à la tension qu'à brillamment décrit ici mon collègue Marc-Olivier, entre la proposition thématique —votre approche d'une vérité, d'une réalité— et la proposition dramatique, c.-à-d. la pure fiction.

    C'est pourquoi AMHA le réalisme n'est pas la volonté de borner la fiction à un quotidien ennuyeux, soi-disant partagé par tous. Le véritable réalisme, comme l'écrit Stevenson dans son essai Les porteurs de lanternes, « toujours et partout, est celui des poètes qui savent où la joie prend sa source et lui prêtent une voix bien au-delà du chant ».

  11. Roxana écrit le 3 mai 2013 à 17:24

    Je suis vraiment très touchée par ce que vous me dites vous deux. @Marc-Olivier: les mots amples comme " débusquer" a bien fait son effet, comme une aide neutre dans un sens et généreuse de l'autre, ce qui est extra: ça a fait son effet immédiat. @Cédric merci aussi. Le chant du poète est en effet à mon avis une façon de se " débarasser" de ce qui le hante dans le bon sens du terme et de le donner au dela……quant à la joie…….je pourrais penser à la joie de la création……je ne sais si dans sa perfection mais dans sa totalité… peut être….. je penserai à cela…. Tx

  12. roxana écrit le 3 mai 2013 à 18:25

    ceci dit, je suis d'accord sur la relation entre la thématique et la proposition dramatique..mais ma proposition dramatique n'est pas une fiction, c'est une réalité qui dépasse la fiction, ou en tous cas ma version de la réalité, le drame même, puisque c'est une histoire disons vraie….qui dépasse les lois de la réalité que nous vivons quotidiennement. Je peux l'appeler fiction dans le sens où c'est mon regard sur l histoire mais sinon….quel serait alors la relation entre le thème et le drame?

  13. Ecrit écrit le 13 mai 2013 à 17:19

    @Roxana: Heu… là j'avoue que vous m'avez perdu… (Les vacances m'ont surement ramolli le cerveau !) Est-ce que vous pourriez reformuler votre question svp ? :o)

  14. Rox écrit le 20 mai 2013 à 15:58

    j'ai peut être mal compris mais je voulais dire " pourquoi la proposition dramatique est considérée comme pure fiction?" mon histoire étant plutôt un récit du réel.

  15. Rox écrit le 20 mai 2013 à 16:13

    du coup, si on en reste au récit….quel est l'importance du sens? faut-il se limiter aux faits ou faire miroiter un sens en dessous?

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