Valeurs de production françaises et américaines: l’Arnacœur VS N.Y. Miami

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Une grande différence dans le traitement de séquences similaires existe entre la production française et la production américaine. La preuve par l’exemple.

Il est intéressant de noter une grande différence entre les Américains et les Français dans le traitement de séquences similaires. En voici un bel exemple avec la scène finale –de climax– de « l’Arnacœur » (film écrit par Laurent Zeitoun, Jeremy Doner et Yoann Gromb), qui rend probablement hommage au film « New-York Miami » (écrit par Robert Riskin).

Résumons ces deux films.

L’Arnacœur (2010) : Alex (Romain Duris), un « briseur de couples » professionnel, gère avec sa sœur et son beau-frère, une société spécialisée dans le sauvetage de femmes malheureuses en amour. Son principe est de ne jamais s’attaquer aux femmes comblées dans leur couple. Mais quand il se retrouve soudain acculé financièrement et menacé de mort par ses créanciers, Alex n’a d’autre choix que d’accepter de détruire un couple qui s’aime, et cela avant dix jours, date de leur noce. Les choses se compliquent quand Alex tombe amoureux de la belle Juliette (Vanessa Paradis)…

New-Yorm Miami (1934) : Peter Warne (Clark Gable), un journaliste insolent, vient d’être congédié du journal qui l’emploie. Quand il rencontre par hasard dans un bus — reliant Miami à New York — Ellie Andrews (Claudette Colbert) qui s’est échappée de l’emprise de son père milliardaire pour retrouver l’aviateur avec qui elle s’est secrètement fiancée, Peter veut faire un scoop et obtenir la récompense promise. Il se met donc à sympathiser avec la jeune femme qui vient de se faire voler tout son argent. Pour l’aider, il doit même se faire passer pour son mari. Les choses se compliquent quand ils tombent amoureux l’un de l’autre…

Différence de traitement du climax

À la fin, nos deux héroïnes sont sur le point de se marier avec l’homme dont elles ne sont plus amoureuses. Mais jugez par vous-même…

(Pour afficher les sous-titres en français, cliquez sur l’icône notée « CC », en bas à droite du lecteur vidéo.)

  • Vous remarquerez que dans « New-York Miami », la scène va jusqu’au moment où le prêtre entame la cérémonie de mariage en prononçant la formule solennelle alors que dans « l’Arnacoeur », Juliette (Vanessa Paradis) s’enfuit avant même que le prêtre ait commencé à parler. Il en résulte, pour la version française, moins d’émotion.

    Les scénaristes américains, eux, vont beaucoup plus loin, ils étirent au maximum la tension dramatique. Ce qui entraine, je trouve, une catharsis plus forte pour le spectateur.

  • De la même manière qu’ils gèrent leur climax en l’étirant jusqu’à l’extrême, les Américains mettent plus de moyens à l’image que nous ne le faisons en France – c’est ce qu’ils appellent la production value. Nous Français, sommes plus minimalistes, nous aimons fabriquer des scènes à moindre coût. Il s’agit sans doute d’une question d’ambition.
    Chez nous, les producteurs sont contents quand le directeur de production a réussi à faire des « économies » sur le budget. Un bon directeur de production français est celui qui saura dépenser le minimum !

    Mais on demande aux productions américaines de dépenser en intégralité l’enveloppe budgétaire qu’on leur confie. L’argent est mis à l’image en priorité. Etre un bon gestionnaire pour eux, c’est ne pas dépasser l’enveloppe mais aussi l’utiliser en intégralité. La différence est fondamentale.

Et vous, avez-vous remarqué des différences dans la manière de présenter le climax dans certaines reprises de films français par les Américains ? Avez-vous des exemples à nous faire partager ?

Frédérique CHARLOTTE, HC

Jeune scénariste de cinéma disposant d'une large expérience dans l'assistanat de casting figuration et dans l'administration sur de gros films internationaux (Befikre, War Machine, Renegades, RED 2, The smurfs 2, Midnight in Paris, Chéri, etc.), Frédérique a cosigné un long métrage qui est en cours de financement.

5 comm. sur « Valeurs de production françaises et américaines: l’Arnacœur VS N.Y. Miami »

  1. Jean-Christophe Hervé écrit le 23 février 2018 à 15:53

    Peut-être aussi que le coup de la mariée qui s’enfuit juste avant de donner sa réponse au prêtre était une nouveauté en 1934, et que depuis le film de Capra on l’a vu 250 000 fois… Et que c’est donc devenu un gros cliché auquel les auteurs de l’Arnacoeur ont peut-être voulu échapper…
    Comparer deux films si éloignés dans le temps peut avoir ses limites 😉

    • Frédérique CHARLOTTE écrit le 25 février 2018 à 19:15

      Merci pour votre message. Je constate que vous êtes sûrement un cinéphile, et je doute qu’une majorité de personnes aient vu New-York Miami comme vous.
      En effet, il est fort probable que les auteurs de l’Arnacoeur n’aient pas voulu « copier » intégralement la séquence de NY Miami, mais mon intention était essentiellement de mettre en lumière le fait que les Américains savent mieux que nous, Français, traiter le CLIMAX. Ils font toujours « monter la sauce » de l’émotion à son paroxysme. Et en termes de moyens financiers, ils mettent le paquet. Même si ces deux films sont séparés par de nombreuses années dans le temps, la séquence vidéo montée met parfaitement en lumière mon propos.
      En tout cas, la méthode high concept donne des clefs intéressantes pour gérer cette étape dramaturgique, malheureusement trop souvent un écueil pour nous autres auteurs.
      (PS :Cela ne m’empêche pas de trouver que l’Arnacoeur est un bon film.)

  2. Laura Martinet écrit le 26 février 2018 à 18:34

    bonjour, pardon mais je suis assez d’accord avec Jean-Christophe Hervé , il n’est pas nécessaire d’avoir vu New-York Miami (que personnellement je n’ai jamais vu) pour trouver que la mariée qui dit non sur l’autel, c’est devenu un gros cliché de nos jours. On sait à l’avance qu’elle va dire non donc l’émotion n’est pas forcément plus forte pour le spectateur si on attend la dernière minute. En plus, quand on compare les deux séquences, à titre perso, je ne trouve pas que l’Arnacoeur soit en dessous. On est ému depuis le début par le couple Duris-Paradis, l’émotion s’est jouée bien avant et elle est payante dans cette séquence. Enfin ça n’est que mon avis .

  3. Frédérique CHARLOTTE écrit le 27 février 2018 à 11:32

    Chers collègues, merci de votre intérêt pour mon article. Mais n’en déformez pas la substance: je n’ai jamais écrit qu’il aurait fallu copier le climax de NYM, j’ai dit que ce dernier allait plus loin dans le conflit et qu’il était donc plus satisfaisant, de fait. Il est évident que nous essayons toujours de terminer nos scénarios de façon originale, différemment des grands maîtres tels que Capra, mais en l’espèce je trouve que c’est un refus d’obstacle. Il n’y a aucun conflit. La vidéo parle d’elle-même. Et puis vous passez sur ma deuxième remarque, la plus importante pourtant: que pensez-vous des valeurs de prod de cette scène ? (Sachant que l’Arnacoeur n’est pas un petit budget.) Regardez à quel point la scène de Capra est cinématographique…
    Mais bon, pour trancher le débat, j’ai peur qu’il nous faille attendre 90 ans pour voir si l’Arnacoeur vieillit aussi bien !

  4. Elisabeth Salel écrit le 27 février 2018 à 18:06

    L’article traite de la valeur de production de chacun des films, il est indéniable que dans le climax de New-York-Miami, on en a pour son argent! Mariage grandiose, orchestre et chœur, centaines de figurants, marié sur le starting-block, curé et enfants de chœur, poursuite des invités après la mariée qui court avec un voile de 10m de long à travers un immense parc, camionnette pétaradante, le tout filmé par une batterie de caméras!… ce petit «non» a tout de suite un impact phénoménal.

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