Écrire un court-métrage: le rôle prépondérant de la structure

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Comment écrire un court-métrage pour propulser votre carrière ? Voici quelques conseils tirés de l’expérience de Dan Gurskis, dont l’ouvrage The Short Screenplay : Your Short Film from Concept to Production est une mine de conseils pédagogiques et une source d’inspiration que je vous propose de commenter ici en l’associant à mon expérience personnelle.


En effet, même s’il s’inscrit dans une économie spécifique avec très peu de moyens, le court-métrage peut vous permettre comme à Cédric, avec La muse de Monsieur Botibol de constituer une véritable carte de visite professionnelle pour démarcher des producteurs.

  1. Avant toute chose, sachez déterminer le format de votre court-métrage : De votre séquence d’ouverture à votre générique, un court-métrage est avant tout un film d’un certain nombre de minutes. Lié à l’histoire du cinéma, il a permis à Charlie Chaplin, Buster Keaton, ou encore aux Frères Lumières de proposer du divertissement sur un moment court. Mais que veut dire exactement court dans court-métrage ? Dan Gurskis a identifié quatre types de court-métrage :

    • Le court-court : entre deux et quatre minutes. Construit sur une seule action dramatique (un déclencheur) et toujours une résolution simple (un trois la plupart du temps). Cette durée convient particulièrement si vous écrivez un court-métrage comique. En comédie, on appelle ça un gag avec une amorce et une chute. (Retrouvez l’explication de la base de la mécanique du rire en cliquant ici). Il s’agit concrètement d’une ou deux scènes de quelques pages.
    • Le court conventionnel : 7 à 12 minutes. Cette durée vous permet d’explorer une action dramatique, un 1-2-3 si vous préférez avec une tâche. Même si vous ne pouvez suivre qu’une seule action dramatique (un personnage avec un objectif subit un déclencheur et doit trouver une résolution à son problème), cette longueur vous permet d’utiliser un ou deux rebondissements. Il s’agit concrètement d’un document qui contient entre cinq et huit scènes (une quinzaine de pages selon le genre choisi).
    • Le court-moyen métrage : de 20 à 25 minutes. Cette longueur vous permet d’explorer une action dramatique complexe avec de multiples retournements de situation. Il peut contenir une intrigue principale (celle du protagoniste) et des intrigues secondaires (c’est le format par excellence de la sitcom). Il s’agit d’un document de douze à quinze scènes majeures d’une vingtaine de pages (ou plus si vous êtes en comédie où le rythme est plus rapide).
    • Le long-court métrage : trente minutes ou plus. Il s’agit d’un mini film en soi, construit sur un 1-2-3 développé, une intrigue principale et des intrigues secondaires avec de multiples retournements de situations. Il contient entre vingt et trente scènes au maximum pour un document d’une trentaine de pages.

    Entre ces différentes catégories, il existe bien sûr d’énormes différences de structure même si parfois les durées sont proches. La durée maximale d’un court-court est de quatre minutes, tandis que la durée minimale d’un court-métrage conventionnel est de sept minutes. Entre les deux, une différence de structure à connaître pour ne pas vous rater.

  2. Dans un court-métrage, pensez toujours en termes d’économie dramatique : La plupart des court-métrages sont fondés sur une économie d’expression artistique : les scènes doivent être emblématiques parce qu’il n’y a tout simplement pas assez de temps pour développer des nuances et tout montrer. Cette limitation est la source de votre challenge dramaturgique : vous n’avez qu’une seule chance pour convaincre, ça passe ou ça casse. Voici quelques conseils pour vous aider à casser la baraque :
    • Restez centré : votre unité dramatique doit être claire et précise. Un protagoniste, un déclencheur, un plan, un ou plusieurs obstacles (plus votre conflit sera clair et évident, plus vous maintiendrez une tension, plus votre intrigue sera efficace) et une résolution. Ne tentez pas de résumer la vie de votre personnage ou de le caractériser en nuances par une longue exposition, allez droit au but avec le maximum de conflits possibles.

    • Cadrez le champ de l’action : compressez l’action sur un minimum de temps. L’intrigue d’un court-métrage est toujours resserrée dans le temps (évitez les périodes longues pour caractériser votre action). Plus vous augmenterez la tension dramatique, plus l’énergie sera concentrée, plus vous serez efficace. N’hésitez pas à vous aider d’une horloge ou d’un compte-à-rebours (les Américains appellent cela un Time Lock) pour assortir la compression temporelle d’un enjeu visuel. Votre personnage doit agir sous une durée de temps précise sinon… il risque de… La tension et l’objectif vous aideront ainsi à mieux structurer.
    • Limitez le nombre de personnages : vous n’avez tout simplement pas le temps de connecter votre audience à un trop grand nombre de personnages. Établissez un contrat clair avec votre spectateur sur un ou deux personnages maximum. Dès que vous en dépassez trois, cela ne sent généralement pas bon.
    • Montrez au lieu de dire, les Américains appellent cela Show don’t tell : dans un temps réduit, vous devez absolument maîtriser l’art d’être visuel, de raconter une histoire en images plutôt que par de longs dialogues qui ne feraient que ralentir votre récit.
    • Milkez au maximum votre histoire : étant donné le temps court dont vous disposez, ne perdez pas de temps à poser de nouveaux éléments toutes les cinq minutes mais réutilisez chaque partie de votre courte exposition dans chacun des éléments que vous voulez exposer. Demandez-vous toujours si vous ne pouvez pas réutiliser soit une caractérisation de personnage, soit une action, car dans un court-métrage, même le plus petit détail compte.
  3. Travaillez toujours votre concept avant d’écrire votre court-métrage : Si l’on peut penser qu’un court-métrage s’écrit plus vite qu’un long, il ne faut surtout pas négliger sa construction conceptuelle qui seule, peut vous permettre de ne pas disperser vos talents. Le court-métrage requiert de la précision et il est important d’avoir clairement en tête votre concept avant d’aborder la continuité dialoguée.
    • Ne vous servez pas d’effets spéciaux pour masquer les trous de votre structure : contrairement à un long-métrage, le court-métrage s’inscrit toujours dans une économie artisanale. Évitez les effets et concentrez-vous sur l’histoire que vous voulez raconter, car, qui que vous soyez, vous ne ferez jamais StarWars en dix minutes.

    • Travaillez votre concept avec une ligne narrative claire : évitez les multiples sous-intrigues qui ne servent pas directement l’intrigue principale. Si vous arrivez à construire une intrigue principale digne d’intérêt, cela vous servira amplement à peupler le court temps dont vous disposez et à concentrer vos spectateurs sur votre personnage principal.
    • Tentez au maximum de proposer un high concept : le film court ne supporte pas bien la dispersion. N’oubliez pas d’ailleurs que vous êtes en concurrence avec des milliers d’autres court-métrages. Si vous voulez sortir du lot, votre narration doit être la plus claire possible, la plus dramatisée possible et la plus originale possible. Un high concept vous propulsera immédiatement en tête de la liste et s’il est bien réalisé, vous permettra surement de vous démarquer.
  4. En conclusion, voici une liste d’erreurs de débutant à éviter : Afin de donner à votre court-métrage les meilleures chances de se démarquer, vous devez être original : il ne s’agit pas de réinventer la dramaturgie mais de vous appuyer sur elle pour construire une histoire personnelle qui vous ressemble et qui parle au plus grand nombre. Dans cette optique, quelques lots communs sont à éviter, tant sur les rebondissements les plus souvent usités que sur les types de personnages :
    • La mort comme résolution finale (qu’elle soit accidentelle, résultant d’un meurtre ou d’un suicide, etc.) : faire mourir votre personnage à la fin de votre court-métrage n’est pas forcément une bonne idée. Non seulement, cet élément dramatique est très souvent usité, mais il est pauvre de sens la plupart du temps. Plus votre personnage sera actif et aura à subir des obstacles, plus vous créerez de l’empathie. Sa mort prématurée ne pourrait que vous couper du spectateur, déjà habitué à ce genre de résolutions anticipées des conflits par ailleurs.
    • La menace par arme à feu : comme la mort, montrer un personnage avec un pistolet pointé sur lui est un lieu commun du court-métrage. Vous pouvez trouver mieux pour challenger votre personnage.
    • Trop de serial killer tue le serial killer : attention à l’utilisation de cette thématique, mille fois traitée ces dernières années. Si vous n’arrivez pas avec un axe complètement innovant sur le sujet, mieux vaut l’éviter.
    • Faire une parodie : bien sûr, cela a donné par le passé d’excellent petits films amusants, mais la mode est passée et il vous sera difficile d’exprimer un point de vue très original par ce prisme sans tomber dans la caricature, ou les clichés du genre. Trouvez-vous plutôt une voie personnelle pour exprimer votre point de vue sur le monde.
    • Ce n’était qu’un rêve : il est parfois tentant d’amorcer la chute d’une histoire en s’aidant du rêve ou du fantasme. Un personnage vit un cauchemar puis se réveille dans son lit… ouf ! Bien sûr à éviter aussi, ce système a été déjà fait cent fois. Si vous ne l’utilisez pas d’une façon différente, vous allez droit dans le cliché du court-métrage d’étudiant.

Que retenir ?

La liste fournie ici n’est bien sûr pas exhaustive et il existe encore une multitude de clichés sur le court-métrage dont je ne me fais pas l’écho. Mais vous avez compris le sens de ces mises en gardes : comme tout projet artistique dans un monde concurrentiel, pour réussir à faire un court-métrage réussi et à vous démarquer, vous devrez avoir une vision personnelle sur un sujet et le traiter d’une façon originale en vous servant des outils dramaturgiques de base qui servent à construire toute histoire. Un bon concept, clair et innovant, vous donnera les meilleures chances de tirer votre épingle du jeu de l’exercice difficile que constitue le film court.
N’hésitez pas, d’ores et déjà, à partager vos expériences de court avec nous.

4 comm. sur « Écrire un court-métrage: le rôle prépondérant de la structure »

  1. Fabrice O. écrit le 2 août 2012 à 20:31

    J'ai eu l'occasion de voir une séléction de courts métrages fiancés par le CNC et force est de constater qu'aucun des réalisateurs n'ont suivi vos conseils ! ~_^
    Tarantino est très fort pour écrire des courts métrages ! Il part du principe que chaque scène de ses films se suffise à elle même. J'ai revu une des scènes de Pulp Fiction où Jules doit faire face à deux braqueurs dans un snack. Un pur régal. une histoire qui se suffit à elle même. Ca à l'air très simple comme scène mais au final très dur à écrire.

  2. Ecrit écrit le 3 août 2012 à 08:41

    @Fabrice O: Tout à fait d'accord ! J'ai eu le plaisir d'être invité une fois comme juré du festival international du court métrage de Cergy, et il m'a sauté au visage que la différence entre les gagnants et les autres, à 80% du temps, ce n'était pas le travail de l'image mais en effet la technique (ou plutôt l'absence de technique, hélas) du scénario.

    Comme la nouvelle en littérature, le format court est un exercice difficile, car il demande de maîtriser la dramaturgie tout en étant concis. Mais vu "l'état" du marché, je pense qu'il n'est pas compliqué de faire déjà la différence avec un minimum d'efforts dans l'apprentissage du scénario :op

  3. Fabrice O. écrit le 3 août 2012 à 10:07

    J'ai hâte de repasser derrière la caméra et d'envoyer mon prochain film en festival. Je suis curieux de voir comment les spectateurs vont réagir.
    J'ai eu l'occasion d'être dans un festival cet été et là encore, les courts métrages que j'ai vu ne brillaient pas par leurs histoires. Des fois j'ai l'impression que les réals ne se cassent pas trop la tête concernant leurs histoires. Quand il y a des producteurs j'ai l'impression qu'ils ne savent pas lire et analyser des scripts. S'ils le savaient, ils demanderaient des ré écritures. C'est peut être ce qui explique "l'état" du marché.

  4. Nils Calasanzio écrit le 30 août 2012 à 12:44

    Bonjour,

    ce weekend je suis tombé sous le charme de certains court-Métrages d'animation sans aucun dialogue (ou alors vraiment très très peu) qui semblent basiques d'un point de vue narratif, et toujours ancrés sur un concept qui propose une sorte de « Jeu » ou « Construction » comme routine de vie et métaphore/morale.

    Exemple1: «Balance » (1990/Allemagne/Prix Oscar du meilleur court-Métrage) (des robots humanoides doivent pour survivre rester en équilibre sur une table) (Ici : http://www.youtube.com/watch?v=z6XGiAOjkrE)

    Exemple2 : « La maison en petits cubes » (2008/Japon/Prix du court-métrage d'Annecy) : une maison composée de cubes superposés dont chacun résume une tranche de vie d'un vieil homme. (Ici :http://www.youtube.com/watch?v=0V9BYAZP3yU)

    Je pense que c'est une sorte de «corrélatif objectif» (« Montrez, ne le dites pas !») : un objet qui résume en lui même le concept et la beauté du film.. ? Et qui nous permet de créer des court très simples, mais qui s'expliquent rapidement.

    C'est comme si ces objets étaient le « noyau » du high-concept et nous permettaient de créer rapidement un univers diégétique plus condensé et abordable ? (D'ou la possibilité d'éviter des dialogues ou des personnages supplémentaires). En effet, quand le spectateur « comprend » le jeu, il saisit ses règles, sa métaphore, et assimile le concept sans avoir besoin d'aucune ligne de dialogue, ni de grands rebondissements du récit. Dans ces cas il s'agit toujours d'une histoire très simple (qui s'éloigne nettement de la réalité de tous les jours) c'est souvent un récit très original, et le message est tout de suite assimilable.

    Autre exemple du genre, le magnifique "Father and daughter" de Dudok De Wit : http://www.youtube.com/watch?v=HQfOFVMth5Q.

    Est-ce que c'est effectivement une technique propre à l'écriture pour court-métrage d'animation ? Bien entendu j'imagine qu'elle est peut-étre applicable le live-action (mais ça doit étre bien plus compliqué à réaliser?).

    Cette technique ne pourrait pas soutenir tout un long métrage (Je crois), voilà pourquoi j'ai tendance à penser que c'est une des possibles méthodologies narratives du court d'animation…?

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